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Crise énergétique : l’AIE libère 400 millions de barils pour stabiliser les marchés, des mesures d’urgence dans plusieurs pays
La libération annoncée mercredi s’inscrit dans une série d’actions collectives déjà menées par l’agence pour stabiliser le marché énergétique mondial. Depuis sa création, l’AIE n’a déclenché ce mécanisme d’urgence qu’à six reprises.
Face aux perturbations majeures du marché pétrolier provoquées par la guerre au Moyen-Orient et les tensions autour du détroit d’Ormuz, les pays membres de l’Agence internationale de l’énergie ont décidé de libérer 400 millions de barils de pétrole provenant de leurs réserves stratégiques. Cette mesure exceptionnelle, la plus importante jamais prise par l’institution, vise à atténuer les effets immédiats de la crise énergétique mondiale et à limiter la volatilité des prix du pétrole et du gaz.
Une décision exceptionnelle face à la crise
Les 32 pays membres de l’Agence internationale de l’énergie ont approuvé à l’unanimité la libération de 400 millions de barils de pétrole issus de leurs réserves stratégiques. L’annonce a été faite par le directeur exécutif de l’agence, Fatih Birol, lors d’une déclaration vidéo destinée à rassurer les marchés énergétiques internationaux.
Selon lui, cette décision constitue la plus importante libération de stocks d’urgence jamais réalisée depuis la création de l’AIE en 1974. L’objectif est de compenser la perte d’approvisionnement liée à la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, l’un des principaux couloirs énergétiques du monde.
Chaque jour, environ 15 millions de barils de pétrole et près de 5 millions de barils de produits pétroliers transitent habituellement par ce passage stratégique reliant le Golfe Persique au reste du monde. Au total, près d’un quart du commerce mondial de pétrole transporté par voie maritime dépend de ce corridor.
Dans ce contexte, la perturbation des flux énergétiques a rapidement provoqué des tensions sur les marchés, poussant les pays consommateurs à agir de manière coordonnée pour éviter un choc énergétique majeur.
Des stocks mobilisés pour calmer les marchés
Les stocks d’urgence détenus par les pays membres de l’AIE dépassent aujourd’hui 1,2 milliard de barils. À ces réserves s’ajoutent environ 600 millions de barils supplémentaires détenus par l’industrie pétrolière dans le cadre d’obligations imposées par les gouvernements.
La libération annoncée mercredi s’inscrit dans une série d’actions collectives déjà menées par l’agence pour stabiliser le marché énergétique mondial. Depuis sa création, l’AIE n’a déclenché ce mécanisme d’urgence qu’à six reprises.
Des libérations coordonnées avaient notamment été décidées lors de la guerre du Golfe en 1991, après les ouragans Katrina et Rita en 2005, durant la guerre civile libyenne en 2011 et à deux reprises en 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Selon Fatih Birol, la libération actuelle vise principalement à atténuer les effets immédiats de la crise. Toutefois, il a souligné que le retour à des flux énergétiques stables dépendra avant tout de la reprise du transit maritime par le détroit d’Ormuz.
Des mesures d’urgence dans plusieurs pays
Parallèlement à la mobilisation des stocks stratégiques, de nombreux gouvernements ont adopté des mesures d’urgence pour limiter l’impact de la flambée des prix de l’énergie sur leurs économies.
Dans plusieurs pays asiatiques, particulièrement dépendants des hydrocarbures du Golfe, les autorités ont mis en place des dispositifs visant à stabiliser les prix du carburant et à réduire la consommation énergétique.
Taïwan a activé un mécanisme d’urgence permettant d’absorber une grande partie de la hausse des prix de l’essence et du diesel, tout en réduisant les taxes sur les produits pétroliers. La Corée du Sud a instauré un système de plafonnement des prix des carburants, tandis que la Thaïlande a temporairement limité le prix du gazole.
En Europe également, certains gouvernements ont annoncé des mesures similaires. La Croatie et la Hongrie ont décidé de plafonner les prix de l’essence et du diesel afin de protéger les consommateurs contre la volatilité des marchés.
Dans le même temps, plusieurs pays ont modifié leur fiscalité sur les importations énergétiques. Le Vietnam a notamment supprimé temporairement les droits de douane sur certains carburants afin d’alléger les coûts pour les entreprises et les ménages.
Réduction de la consommation et mesures de sobriété
Au-delà des interventions sur les prix, plusieurs gouvernements ont également encouragé des politiques de sobriété énergétique.
En Thaïlande, les autorités ont recommandé aux administrations publiques de privilégier le télétravail et d’augmenter la température minimale des climatiseurs dans les bâtiments officiels afin de réduire la consommation d’électricité.
Le Vietnam a également incité les entreprises à favoriser le travail à distance lorsque cela est possible.
Dans certains pays, les mesures ont été plus strictes. Aux Philippines, les administrations publiques ont adopté une semaine de travail de quatre jours pour réduire la consommation d’énergie. Au Bangladesh, les autorités ont décidé de fermer plus tôt les universités afin de limiter la demande d’électricité.
Le gouvernement bangladais a également suspendu les illuminations prévues pour certaines célébrations nationales afin de préserver les ressources énergétiques.
Tensions sur l’approvisionnement en gaz
La crise énergétique actuelle affecte également les marchés du gaz naturel. En Inde, deuxième importateur mondial de gaz de pétrole liquéfié, le gouvernement a décidé d’augmenter la production destinée aux ménages tout en limitant les approvisionnements destinés aux restaurants et aux hôtels.
Cette décision a suscité l’inquiétude des professionnels de la restauration, qui redoutent des interruptions d’approvisionnement susceptibles d’entraîner la fermeture de nombreux établissements.
Face à ces préoccupations, les autorités indiennes ont mis en place un comité chargé d’examiner les besoins des secteurs économiques les plus affectés.
Rationnement et tensions locales
Dans certains pays, les tensions sur les approvisionnements ont conduit à des mesures de rationnement. Au Bangladesh, la distribution de carburant est désormais limitée, provoquant de longues files d’attente devant les stations-service.
Des incidents ont été signalés dans plusieurs villes, poussant les autorités à déployer l’armée autour des principaux dépôts pétroliers. La police a également renforcé sa présence autour des stations-service pour prévenir d’éventuels débordements.
Ces mesures illustrent l’ampleur des tensions provoquées par la crise énergétique actuelle.
Des marchés toujours sous tension
Malgré les mesures prises par l’AIE et les gouvernements, les marchés pétroliers restent marqués par une forte volatilité.
Les investisseurs suivent notamment avec attention les discussions entre les grandes puissances économiques. Les chefs d’État et de gouvernement du G7 ont ainsi prévu de se réunir afin d’examiner d’autres mesures susceptibles de stabiliser les marchés énergétiques.
Les prix du pétrole ont déjà connu de fortes fluctuations ces derniers jours. Le Brent de la mer du Nord s’échangeait autour de 87 dollars le baril, tandis que le brut américain WTI dépassait les 83 dollars.
Si la libération des stocks stratégiques a contribué à ralentir la hausse des prix, les analystes estiment que l’évolution du marché dépendra principalement de l’évolution de la situation géopolitique et de la reprise éventuelle du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.