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Energie : Prudence face aux déclarations de Trump, encadrement des prix, télétravail, exonérations… les États multiplient les mesures
Affichage lumineux indiquant les prix dans une station-service à Essen, le 9 mars 2026.
Encadrement des prix, rationnement du carburant, télétravail, mobilisation de stocks stratégiques ou réorganisation des approvisionnements : les réponses se multiplient alors que l’incertitude persiste sur l’évolution du marché pétrolier mondial. La forte hausse des prix du pétrole et du gaz sur les marchés internationaux, alimentée par les tensions au Moyen-Orient et les perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz, pousse ainsi de nombreux gouvernements à prendre des mesures d’urgence pour protéger leurs économies. De l’Asie à l’Europe, les autorités tentent d’atténuer l’impact de la flambée énergétique sur les ménages, les entreprises et les transports.
Le gaz européen perd 15% après les propos de Trump sur la fin de la guerre
Le prix du gaz européen a reculé d'environ 15% mardi, dans la foulée de ceux du pétrole, après des propos de Donald Trump assurant que la guerre avec l'Iran est "quasiment" finie. Peu après le début de la cotation à 07H00 GMT, le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne, s'affichait en baisse de 14,61%, à 48,21 euros le mégawattheure.
Le marché a fait une timide volte-face après une déclaration inattendue de Donald Trump en fin de journée lundi, assurant que la guerre est "quasiment" finie.
Wall Street prudente face au repli du pétrole
La Bourse de New York évolue en ordre dispersé mardi, restant sur ses gardes malgré la baisse des cours du pétrole, les investisseurs ne sachant quelle direction prendre face aux signaux contradictoires sur la guerre au Moyen-Orient.
La veille, Donald Trump a assuré que la guerre avec l'Iran était "quasiment" finie. Le président américain a aussi ouvert la porte à des levées de sanctions sur le pétrole "pour réduire les prix".
La réaction des marchés ne s'est pas fait attendre: les cours du brut ont plongé, tandis que Wall Street a été portée par ces propos.
"Cela signifie-t-il que tout va pour le mieux? On ne peut pas l'affirmer avec certitude", relève David Morrison, de Trade Nation.
Pour Sam Stovall, de CFRA, "l'incertitude demeure, car le ministre (américain, ndlr) de la Défense, Pete Hegseth, a déclaré aujourd'hui que la journée serait marquée par d'importants bombardements".
Le ministre a aussi décliné toute précision sur la durée envisagée du conflit.
De son côté, l'Iran a menacé mardi le président américain, en rejetant ses avertissements de la veille et en promettant que plus aucune goutte de pétrole ne sortirait du Moyen-Orient "jusqu'à nouvel ordre".
La fin du conflit "n'est pas encore là et beaucoup de choses pourraient encore mal tourner dans les mois à venir", prévient Sam Stovall.
"Je ne conseillerais donc pas aux investisseurs de se précipiter pour acheter des actions dès maintenant, car je pense qu'il y a encore beaucoup d'incertitudes", ajoute-t-il.
L'analyste estime toutefois que le marché a fait preuve d'une "robustesse étonnante" face à la guerre, le S&P 500 ayant reculé d'environ 1,3% depuis les premières frappes menées par Israël et les Etats-Unis en Iran.
Dans ce contexte, sur le marché obligataire, le rendement des emprunts de l'Etat américain à 10 ans évoluait autour de 4,12% vers 13H45 GMT contre 4,10% la veille en clôture.
Outre les soubresauts géopolitiques, les investisseurs attendent plusieurs données sur l'inflation aux Etats-Unis cette semaine, en particulier l'indice des prix à la consommation (CPI) mercredi.
Si ces données "montrent des signes supplémentaires de pressions inflationnistes, cela pourrait sonner le glas des anticipations de baisse des taux cette année", juge David Morrison.
Au tableau des valeurs, la chaîne américaine de produits de santé Hims & Hers continuait d'être portée par l'accord trouvé avec le laboratoire danois Novo Nordisk, spécialiste des traitements anti-obésité. Depuis le début de la semaine, le titre a bondi de plus de 50%, à 24,92 dollars.
L'enseigne de grands magasins Kohl's était propulsée (+8,21% à 16,01 dollars) grâce à des résultats partiellement supérieurs aux attentes pour le quatrième trimestre.
Le géant de l'informatique à distance (cloud) Oracle (-0,65% à 150,65 dollars) était en baisse à quelques heures de la publication de ses résultats.
Une flambée mondiale alimentée par les tensions géopolitiques
Néanmoins, dans l’incertitude, la hausse brutale des prix de l’énergie provoquée par les tensions croissantes au Moyen-Orient et les perturbations du commerce maritime dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour les exportations pétrolières du Golfe, déferle sur le monde. La voie maritime assure le transit d’environ un quart du pétrole mondial et d’une part importante du gaz naturel liquéfié, est prise en otage qui oppose Israël et les Etats Unis à lIran.
La fermeture partielle de ce corridor énergétique et les incertitudes liées à la sécurité des flux ont entraîné une forte volatilité sur les marchés pétroliers. La semaine dernière, le prix du baril de Brent a bondi d’environ 27 %, tandis que le brut américain West Texas Intermediate progressait de plus de 35 %.
Face à cette situation, les États cherchent à limiter les répercussions économiques et sociales de la crise énergétique. Les économies asiatiques apparaissent particulièrement exposées, en raison de leur dépendance structurelle aux hydrocarbures importés du Golfe.
Encadrement des prix pour protéger les consommateurs
Plusieurs gouvernements ont décidé d’intervenir directement sur les prix des carburants afin d’éviter une hausse trop brutale pour les ménages et les entreprises.
À Taïwan, les autorités ont activé un mécanisme d’urgence permettant d’absorber 60 % de l’augmentation des prix de l’essence et du diesel. Taipei a également renforcé la réduction de la taxe sur les produits pétroliers afin d’atténuer l’impact de la hausse.
Le Premier ministre Cho Jung-tai a indiqué que ces mesures visaient à « alléger le fardeau financier des citoyens » dans un contexte d’instabilité énergétique mondiale.
La Corée du Sud a pour sa part annoncé la mise en place d’un système de plafonnement des prix des carburants. En Europe, plusieurs pays ont également adopté des dispositifs similaires : la Croatie a plafonné les prix de l’essence et du gazole, tandis que la Hongrie applique un mécanisme comparable.
En Asie du Sud-Est, la Thaïlande a décidé de limiter le prix du diesel pour une période de quinze jours afin de contenir l’inflation dans les transports et les chaînes logistiques.
Le Vietnam a adopté une approche différente en supprimant temporairement les droits de douane sur les carburants importés jusqu’à la fin du mois d’avril, dans l’objectif de réduire la pression sur les prix domestiques.
Télétravail et économies d’énergie encouragés
Au-delà des mesures financières, plusieurs gouvernements cherchent à réduire la consommation d’énergie par des ajustements dans l’organisation du travail et de la vie publique.
En Thaïlande, les autorités ont recommandé aux fonctionnaires de privilégier le télétravail lorsque cela est possible. Les administrations ont également reçu instruction de régler les systèmes de climatisation à un minimum de 26 degrés Celsius afin de limiter la consommation électrique.
Le Vietnam a adressé des recommandations similaires aux entreprises privées en les incitant à favoriser le travail à distance pour réduire l’usage des carburants dans les déplacements quotidiens.
Aux Philippines, les services publics ont adopté une semaine de travail de quatre jours pour diminuer les besoins énergétiques liés aux transports et au fonctionnement des administrations.
Au Bangladesh, les universités ont fermé plus tôt que prévu pour la pause du Ramadan afin de limiter la consommation d’électricité. Les autorités ont également décidé de renoncer cette année aux illuminations publiques prévues pour la fête nationale et pour l’Aïd el-Fitr.
Restrictions et tensions autour du gaz
Dans certains pays, la gestion de la crise énergétique passe par une réorientation des approvisionnements.
En Inde, deuxième importateur mondial de gaz naturel liquéfié pour les usages domestiques, le gouvernement a décidé d’augmenter la production de gaz de cuisine tout en réservant en priorité les volumes supplémentaires aux ménages.
Cette décision a suscité l’inquiétude du secteur de la restauration. L’Association nationale des restaurants d’Inde a indiqué que plusieurs fournisseurs avaient suspendu les livraisons de gaz aux établissements de restauration.
Selon l’organisation, toute interruption prolongée de l’approvisionnement pourrait entraîner la fermeture d’une grande partie des restaurants et des hôtels.
Les autorités indiennes ont annoncé la création d’un comité chargé d’examiner les demandes des secteurs professionnels afin d’ajuster les livraisons de produits énergétiques.
Rationnement et tensions dans certaines économies
Dans plusieurs pays d’Asie, la hausse des prix s’accompagne de tensions visibles dans les stations-service.
Au Bangladesh, pays de 170 millions d’habitants qui importe environ 95 % de ses hydrocarbures, les autorités ont instauré un rationnement du carburant. Les motocyclistes sont désormais limités à deux litres par plein.
Cette mesure a provoqué de longues files d’attente et des incidents dans plusieurs stations-service. Une altercation entre clients et employés a entraîné la mort d’un homme dans le district de Jhenaidaha.
Face à la situation, l’armée a été déployée autour des principaux dépôts pétroliers et la police patrouille aux abords des stations-service.
Des scènes similaires ont été observées dans d’autres pays de la région. Au Vietnam, des milliers de motocyclistes patientent parfois pendant des heures pour faire le plein. Les prix de l’essence sans plomb y ont augmenté d’environ 20 % en dix jours.
Dans les Philippines, de longues files de voitures, de taxis et de motos se sont formées devant les stations-service alors que les consommateurs tentent d’anticiper de nouvelles hausses.
Au Pakistan, les prix du carburant ont été relevés d’environ 20 %, provoquant également des afflux dans les stations-service.
Restrictions de circulation et gestion des réserves
Certains gouvernements ont adopté des mesures plus strictes pour préserver leurs réserves énergétiques.
En Birmanie, les autorités ont instauré un système de circulation alternée. Les véhicules dont les plaques d’immatriculation se terminent par un chiffre pair peuvent circuler les jours pairs, tandis que les autres sont autorisés les jours impairs.
Cette mesure vise à réduire la consommation d’essence dans un contexte de pénurie.
En Chine, la situation apparaît pour l’instant plus stable, bien que des files sporadiques aient été signalées dans certaines villes comme Nankin ou Shenyang.
Pékin a toutefois relevé les prix de détail de l’essence et du diesel, enregistrant la plus forte hausse en quatre ans. Les prix ont augmenté respectivement de 695 yuans et 670 yuans par tonne.
Les autorités chinoises ont également demandé aux grandes compagnies énergétiques nationales de maintenir un niveau élevé de production et d’assurer la fluidité des chaînes d’approvisionnement.
Dans le même temps, plusieurs raffineries ont reçu instruction de suspendre temporairement certaines exportations de carburants afin de préserver l’équilibre du marché intérieur.
La Chine dépend fortement du Moyen-Orient pour ses importations énergétiques : cette région représentait environ 57 % de ses importations directes de pétrole brut en 2025.
Ajustement des approvisionnements internationaux
Face aux perturbations du marché, plusieurs pays cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement.
Taïwan a mis en place un plan d’ajustement incluant l’anticipation de cargaisons de gaz naturel liquéfié, l’achat sur le marché au comptant et l’approvisionnement auprès de fournisseurs asiatiques.
Les autorités de Taipei affirment avoir sécurisé les livraisons pour les mois de mars et d’avril.
La Corée du Sud a annoncé avoir obtenu une livraison d’urgence de quatre millions de barils de pétrole brut via des ports des Émirats arabes unis ne nécessitant pas de passer par le détroit d’Ormuz.
L’Inde continue quant à elle d’importer du gaz en provenance de Russie afin de maintenir la stabilité de son approvisionnement.
Sur le plan international, les ministres des Finances du G7 ont indiqué être prêts à recourir aux réserves stratégiques de pétrole si la situation l’exige, tout en précisant qu’aucune décision immédiate n’avait été prise.
Au Japon, les autorités n’excluent pas une telle option, mais soulignent que toute action devrait être coordonnée à l’échelle internationale.
Les gouvernements européens se tiennent également prêts à intervenir. Au Royaume-Uni, la ministre des Finances Rachel Reeves a indiqué que Londres pourrait libérer des réserves stratégiques afin de limiter l’impact sur l’inflation.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré que le gouvernement surveillait étroitement l’évolution des marchés en coordination avec la Banque d’Angleterre et les partenaires internationaux.
Les déclarations américaines et la question du détroit d’Ormuz
Aux États-Unis, la crise énergétique est étroitement liée aux développements géopolitiques dans le Golfe.
Le président Donald Trump a déclaré que l’armée américaine pourrait prendre le contrôle du détroit d’Ormuz « lorsque le moment sera venu », soulignant l’importance stratégique de ce passage pour le commerce mondial de l’énergie.
Le chef de l’exécutif américain a également évoqué la possibilité de lever temporairement certaines sanctions pétrolières visant des pays producteurs afin de contribuer à la baisse des prix sur les marchés internationaux.
Selon Washington, ces mesures viseraient à stabiliser l’offre mondiale dans un contexte de forte volatilité des prix.
Une crise énergétique aux répercussions mondiales
La flambée des prix du pétrole et du gaz souligne la vulnérabilité persistante des économies mondiales aux chocs géopolitiques affectant les routes énergétiques.
Pour de nombreux pays d’Asie, dont les économies reposent fortement sur les importations d’hydrocarbures, la crise actuelle rappelle l’importance de la diversification énergétique et de la sécurité des approvisionnements.
Dans l’immédiat, les gouvernements tentent de contenir les effets de la hausse sur les consommateurs et les entreprises.
L’évolution de la situation au Moyen-Orient devrait toutefois rester, selon les analystes, le principal facteur déterminant pour les marchés énergétiques dans les semaines à venir.