Gaza, Trump et la paix incertaine : le Maroc s’engage pour une paix réelle, une partie du monde s’interroge – Par Hassan Zakariaa

Gaza, Trump et la paix incertaine : le Maroc s’engage pour une paix réelle, une partie du monde s’interroge – Par Hassan Zakariaa

Pour Rabat, la stabilisation et la reconstruction de Gaza doivent ouvrir la voie à un processus réel de paix, fondé sur la solution à deux États (Nasser Bourita, première rangée, deuxième depuis la droite) (Photo AFP)

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À Washington, lors de la réunion inaugurale du “Conseil de paix” convoqué par Donald Trump, le Maroc a affiché un soutien clair à l’initiative américaine pour la reconstruction de Gaza. Entre promesses financières, déploiement d’une force internationale et réactions contrastées d’Israël et du Hamas, la relance diplomatique se dessine sur fond de tensions régionales et d’équilibres fragiles.

Le président argentin Javier Milei observe le président de la FIFA Gianni Infantino pendant son discours lors de la réunion inaugurale du Conseil de la paix a mis en avant un volet pour le moins inattendu : la reconstruction de stades pour de 75 millions de dollars, en partie financé par la Fifa, pour relancer le football à Gaza. (Photo AFP)

Par Hassan Zakariaa avec MAP et AFP

Le texte N°1 marque un positionnement diplomatique fort du Royaume. À Washington, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a affirmé que le Roi Mohammed VI soutient l’action du Président Donald Trump pour la reconstruction de Gaza et appelle à l’avènement d’un processus réel de paix au Moyen-Orient. Une déclaration qui inscrit le Maroc dans une dynamique de relance politique autour du dossier palestinien, tout en réaffirmant son rôle singulier à travers la présidence du Comité Al Qods.

Un soutien assumé à l’initiative américaine

Devant les participants du Conseil de paix, Nasser Bourita a souligné que le plan proposé par Donald Trump a permis d’obtenir un cessez-le-feu, de mettre fin à une guerre tragique et de sauver des vies. Il a évoqué une approche pragmatique et tournée vers l’avenir pour la reconstruction de Gaza, ravagée par deux années de conflit.

Agissant sur très hautes instructions royales, le Maroc s’est engagé à appuyer les efforts du Conseil, notamment dans les domaines de la sécurité, de la santé et de la promotion de la tolérance et de la coexistence. Cette implication s’inscrit dans la continuité de l’action humanitaire et diplomatique menée par le Royaume en faveur des Palestiniens, tout en soulignant la nécessité de satisfaire les conditions de la deuxième phase du plan américain.

Le chef de la diplomatie marocaine a insisté sur la préservation de la stabilité en Cisjordanie et sur l’appropriation du processus par les Palestiniens eux-mêmes, à travers leurs institutions légitimes. Pour Rabat, la stabilisation et la reconstruction de Gaza doivent ouvrir la voie à un processus réel de paix, fondé sur la solution à deux États.

Un Conseil de paix aux ambitions mondiales

La réunion inaugurale, présidée par Donald Trump, a rassemblé près d’une cinquantaine de pays, en présence du vice-président J. D. Vance et du secrétaire d’État Marco Rubio. L’Union européenne y participait en tant qu’observatrice. Dans un contexte d’escalade militaire avec l’Iran, le président américain a voulu afficher son leadership sur la scène internationale.

Plusieurs pays, principalement du Golfe, ont promis plus de sept milliards de dollars pour la reconstruction de Gaza. Washington a également annoncé une contribution américaine de dix milliards de dollars pour le fonctionnement du Conseil de paix, doté d’une mission plus large de prévention et de résolution des conflits.

La deuxième phase du plan prévoit le retrait progressif des troupes israéliennes qui contrôlent une partie du territoire palestinien et le déploiement d’une force internationale de stabilisation. Selon le général américain Jasper Jeffers, cinq pays se sont engagés à fournir des troupes : l’Indonésie, le Maroc, le Kazakhstan, le Kosovo et l’Albanie. L’Indonésie pourrait mobiliser jusqu’à 8.000 soldats dans une force susceptible d’atteindre 20.000 hommes.

Sur le terrain civil, un nouveau Haut représentant pour Gaza, le diplomate bulgare Nickolay Mladenov, a annoncé le recrutement d’une force de police palestinienne. L’Égypte et la Jordanie se sont engagées à former ces policiers.

Israël et Hamas, des lignes rouges opposées

Des manifestants protestent devant l'Institut américain pour la paix alors que le président Donald Trump préside la réunion inaugurale du Conseil pour la paix à Washington, DC, le 19 février 2026. (Photo AFP)

Malgré ces annonces, les divergences demeurent profondes. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a réaffirmé qu’aucune reconstruction ne saurait intervenir sans la démilitarisation préalable de Gaza. Israël exige le désarmement du Hamas comme condition sine qua non.

Le mouvement islamiste palestinien a, de son côté, posé ses propres exigences. Dans un communiqué publié à Gaza, il affirme que tout arrangement doit commencer par l’arrêt total de l’agression israélienne, la levée du blocus et la garantie des droits nationaux palestiniens, notamment le droit à l’autodétermination.

Le Hamas estime que la tenue du Conseil de paix, alors que les violations du cessez-le-feu se poursuivent, impose à la communauté internationale de prendre des mesures concrètes pour ouvrir les points de passage et permettre l’entrée sans restriction de l’aide humanitaire.

Ces positions antagonistes illustrent la fragilité du processus. Après plus de quatre mois de trêve, les échanges de tirs et les frappes sporadiques témoignent d’une paix encore précaire.

Le football comme levier symbolique ?

Au-delà des infrastructures vitales, le Conseil de paix a mis en avant un volet inattendu : la reconstruction des installations sportives. Donald Trump a annoncé la création d’un fonds de 75 millions de dollars, en partie financé par la Fifa, pour relancer le football à Gaza.

Le projet prévoit la construction de cinquante mini-terrains à proximité d’écoles et de zones résidentielles, cinq terrains de dimensions standards, une académie de la Fifa et un stade national de 20.000 places. Gianni Infantino, président de la Fifa, a salué un partenariat destiné à soutenir la reconstruction dans les zones post-conflit.

Si l’initiative peut paraître symbolique, elle souligne la volonté d’inscrire la reconstruction dans une perspective sociale et culturelle, au-delà des seules considérations sécuritaires.

Une recomposition diplomatique

Le Conseil de paix ambitionne également d’intervenir dans d’autres régions en conflit, ce qui suscite des interrogations quant à son articulation avec les Nations unies. Donald Trump a critiqué l’ONU, estimant qu’elle n’avait pas réalisé son potentiel, tout en affirmant que son initiative ne visait pas à la remplacer mais à la stimuler.

Certains alliés traditionnels des États-Unis se sont montrés réservés. La France a exprimé des critiques sur la participation européenne, invoquant une ambiguïté sur le périmètre de l’organisme. D’autres dirigeants, à l’image du Premier ministre albanais Edi Rama, y voient un moyen de dynamiser la gouvernance internationale.

Dans ce paysage contrasté, le positionnement du Maroc apparaît mesuré mais déterminé. En soutenant l’initiative américaine tout en rappelant l’exigence d’un processus politique crédible et d’une solution à deux États, Rabat cherche à conjuguer pragmatisme diplomatique et fidélité à ses constantes.

La reconstruction de Gaza ne saurait se réduire à un exercice financier ou militaire. Elle suppose un cadre politique stable, une gouvernance palestinienne consolidée et un engagement international cohérent. À Washington, le Maroc a choisi d’accompagner cette dynamique, convaincu que la stabilisation de l’enclave peut ouvrir la voie à une paix plus durable au Moyen-Orient.