International
Golfe : Le cessez-le-feu sous pression des échanges d’attaques
Cette superposition des deux photos montre en haut le Liban détruit par les attaques israéliennes, paye pour Téhéran, tandis que l’Iran, en bas, baigne dans le cessez-le-feu
Les tensions restent vives au Moyen-Orient malgré le cessez-le-feu annoncé entre les États-Unis et l’Iran le 8 avril. Washington et Téhéran s’accusent mutuellement d’avoir violé la trêve après de nouveaux échanges de frappes dans le détroit d’Ormuz, tandis que les Emirats arabes unis affirment avoir intercepté des missiles et drones venus d’Iran. En parallèle, les négociations restent bloquées, les combats se poursuivent au Liban et les marchés pétroliers demeurent sous tension.
Une trêve fragilisée par les affrontements dans le détroit d’Ormuz
Le cessez-le-feu conclu début avril entre Washington et Téhéran traverse une nouvelle zone de turbulences. Alors que Donald Trump continue d’affirmer que la trêve « tient toujours », les affrontements militaires se sont intensifiés autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures.
Les États-Unis ont annoncé avoir mené des frappes contre des installations militaires iraniennes après une attaque visant trois destroyers américains traversant le détroit en direction du golfe d’Oman. Selon le commandement américain pour le Moyen-Orient, les navires auraient été pris pour cible par des missiles, des drones et de petites embarcations iraniennes. L’armée américaine affirme avoir intercepté les attaques, neutralisé les menaces et frappé plusieurs sites militaires iraniens liés aux opérations contre ses forces, notamment des bases de lancement de missiles et de drones ainsi que des centres de commandement et de renseignement.
Washington assure qu’aucun navire américain n’a été touché. Donald Trump a minimisé l’attaque iranienne., qualifié de « broutille », tout en avertissant l’Iran qu’il s’exposerait à des représailles beaucoup plus violentes s’il refusait de signer rapidement un accord avec les États-Unis.
Téhéran présente une version radicalement différente des événements. Le commandement militaire iranien accuse les États-Unis d’avoir violé le cessez-le-feu en prenant pour cible un pétrolier iranien ainsi qu’un autre navire à proximité du détroit d’Ormuz. Selon les autorités iraniennes, les forces iraniennes auraient immédiatement riposté en attaquant des bâtiments militaires américains et en leur auraient infligé des dégâts importants.
Quelques heures plus tôt, la télévision d’État iranienne avait rapporté des explosions dans un port situé sur l’île de Qeshm, dans le détroit d’Ormuz. Depuis le début de la guerre, le 28 février, l’Iran maintient un contrôle strict sur ce corridor maritime par lequel transite une part importante du pétrole mondial.
Les Emirats arabes unis ont également annoncé que leur défense aérienne était intervenue vendredi matin contre des missiles et drones tirés depuis l’Iran. Le ministère émirati de la Défense a indiqué que ses systèmes de défense étaient engagés dans des opérations d’interception, sans fournir davantage de détails. Téhéran n’avait pas réagi officiellement à ces accusations dans l’immédiat.
Des négociations toujours dans l’impasse
Malgré la poursuite des hostilités, Washington continue d’afficher sa volonté de parvenir à un accord durable avec la République islamique. Donald Trump a évoqué de « très bonnes discussions » au cours des dernières quarante-huit heures et estimé qu’un accord de paix restait « très possible ».
Le président américain avait déjà annoncé, quelques jours auparavant, la suspension temporaire de l’opération militaire américaine destinée à permettre à des centaines de navires bloqués dans le Golfe de franchir le détroit d’Ormuz. Cette suspension devait accompagner les efforts diplomatiques menés notamment par le Pakistan, devenu un intermédiaire actif entre les deux capitales.
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a affirmé que son pays restait en contact permanent avec Washington et Téhéran et s’est déclaré convaincu que l’actuelle trêve se transformera en cessez-le-feu durable. Islamabad joue un rôle de médiateur depuis plusieurs semaines dans un conflit qui a déjà provoqué des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et profondément perturbé l’économie mondiale.
Mais malgré ces initiatives, aucune percée diplomatique n’a encore été enregistrée. La seule session de négociations directes organisée à Islamabad il y a près d’un mois n’a débouché sur aucun compromis. L’Iran affirme toujours examiner la proposition américaine transmise par les médiateurs pakistanais, sans donner de calendrier précis pour sa réponse.
Téhéran accuse les États-Unis de chercher à obtenir sa « reddition » à travers les pressions militaires et économiques. Washington, de son côté, maintient le blocus des ports iraniens instauré à la mi-avril et insiste sur la nécessité d’un accord rapide pour éviter une nouvelle escalade.
Le blocage du détroit d’Ormuz continue de peser lourdement sur le trafic maritime international. Selon l’Organisation maritime internationale, près de 1.500 navires et environ 20.000 membres d’équipage restent toujours immobilisés dans la région. Cette situation alimente les inquiétudes des marchés et des grandes puissances importatrices de pétrole.
Dans ce contexte, l’arrivée vendredi en Corée du Sud d’un premier pétrolier ayant traversé le détroit d’Ormuz a été perçue comme un signe d’accalmie partielle. Le navire, transportant environ un million de barils de brut, représente près de la moitié de la consommation quotidienne sud-coréenne selon plusieurs sources du secteur énergétique.
Le front libanais toujours actif
Pendant que les tensions se poursuivent dans le Golfe, le Liban continue de subir à la place de l’Iran et reste un autre foyer majeur du conflit régional. Malgré le cessez-le-feu officiellement en vigueur, les combats continuent entre le Hezbollah et l’armée israélienne dans le sud du pays.
Les autorités libanaises ont annoncé que des frappes israéliennes avaient fait au moins douze morts jeudi, dont deux enfants. Vendredi, la Défense civile libanaise a également indiqué qu’un secouriste avait été tué dans une nouvelle frappe israélienne dans la région de Kfarchouba. La veille déjà, un ambulancier affilié au Comité islamique de la santé, proche du Hezbollah, avait perdu la vie.
Le Hezbollah affirme poursuivre ses attaques contre les positions israéliennes dans le sud du Liban. Le mouvement chiite pro-iranien avait officiellement engagé le Liban dans le conflit le 2 mars en soutien à Téhéran.
Sur le plan diplomatique, les États-Unis tentent parallèlement de maintenir un canal de dialogue entre Israël et le Liban. De nouvelles discussions directes entre représentants des deux pays sont prévues à Washington les 14 et 15 mai.
Deux séries de négociations avaient déjà eu lieu dans la capitale américaine en avril. Il s’agissait des premiers échanges directs entre responsables israéliens et libanais depuis plus de trois décennies. Les deux pays restent officiellement en état de guerre depuis 1948.
Le président libanais Joseph Aoun a toutefois posé plusieurs conditions à toute rencontre éventuelle avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Selon lui, un accord de sécurité et l’arrêt des opérations israéliennes au Liban doivent précéder toute avancée politique.
Les tensions diplomatiques s’étendent également à l’Irak. Bagdad a rejeté des accusations américaines visant un haut responsable du ministère irakien du Pétrole, soupçonné d’avoir facilité l’exportation de pétrole iranien sous couverture irakienne afin de contourner les sanctions américaines. Les autorités irakiennes dénoncent des accusations dépourvues de preuves.
Le pétrole reste sous pression
L’évolution du conflit continue d’alimenter l’instabilité des marchés énergétiques mondiaux. Après une forte baisse jeudi, les cours du pétrole sont repartis à la hausse vendredi matin sur les marchés asiatiques.
Le baril de Brent dépassait les 101 dollars tandis que le WTI américain s’approchait des 96 dollars. Les marchés restent extrêmement sensibles à toute évolution concernant le détroit d’Ormuz, passage essentiel pour les exportations énergétiques du Golfe.
Les États-Unis et plusieurs pays arabes du Golfe ont par ailleurs appelé le Conseil de sécurité des Nations unies à condamner l’Iran pour les entraves à la liberté de navigation dans le détroit. Washington, soutenu notamment par l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Qatar, Bahreïn et le Koweït, réclame une résolution internationale exigeant la fin du blocage maritime.
Mais cette initiative se heurte déjà à la menace d’un veto russe, Moscou refusant de soutenir un texte jugé trop favorable aux positions américaines.
Dans ce contexte de tensions persistantes, le cessez-le-feu apparaît de plus en plus fragile. Les opérations militaires se poursuivent, les négociations avancent difficilement et les conséquences économiques du conflit continuent de se faire sentir bien au-delà du Moyen-Orient.