chroniques
Golfe : les prémices d’un nouvel ordre régional -Dr Samir Belahsen
Les Emirats parieraient que la demande pétrolière va piquer plus tôt que prévu. Ils préfèrent investir sur le moyen et court terme, monétiser rapidement sans subir les fameux quotas OPEP+. Ils projettent de passer d’ici 2027 à une production de 5 millions de barils par jour pour pouvoir accélérer leur diversification, Intelligence Artificielle, finance, ports
Le retrait des Émirats arabes unis de l’OPEP, annoncé le 1er mai 2026, intervient dans un contexte de recomposition régionale marqué par la guerre israélo-américaine contre l’Iran et par des tensions internes au Golfe. Cette décision, à la fois politique, sécuritaire et économique, met en évidence une contestation du leadership saoudien, une redéfinition des alliances et une stratégie émiratie axée sur l’anticipation du déclin de la demande pétrolière et la diversification économique. Elle ouvre plusieurs scénarios d’évolution, entre fragmentation, bipolarisation et recherche d’un nouvel équilibre régional sous influence américaine.

Samir Belahsen
Le retrait des Émirats arabes unis de l’OPEP ? « Un non-événement, un non-événement, un non-événement, le pilier fondamental de l’OPEP parmi les pays arabes est le Royaume d’Arabie Saoudite. C’est tout, le dossier est clos avec eux »
Le président Abdelmajid Tebboune sur le retrait des EAU.
« C’est génial. Je le connais très bien, Mohammed, et il est très intelligent, et il veut probablement, peut-être, suivre sa propre voie » ; « Je pense qu’au final, c’est une bonne chose pour faire baisser le prix de l’essence, faire baisser le pétrole, faire baisser tout »
Le président D. Trump
Un nouvel ordre naît toujours d’un déséquilibre majeur. Depuis le début de la guerre Israélo américaine contre l’Iran beaucoup d’éléments semblent indiquer qu’on est en train de vivre un basculement.
Oui, un nouvel ordre est en cours de configuration au sens Kissingerien, ce qui n’implique ni paix, ni stabilité…
Le retrait des Emirats Arabes Unis de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole est un premier basculement, il dévoile plusieurs ruptures.
C’est une victoire du président Trump qui a toujours prôné un marché pétrolier plus libre sans contester la légitimité juridique ou politique de l'organisation.
La rupture plus politique que pétrolière
Que signifie le retrait des Emirats Arabes Unis de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole le 1er mai 2026 ?
Ce n’est pas une simple décision technique. C’est MBZ qui annonce : MBS ne décide plus pour nous.
Sept ans auparavant, le deuxième poids lourd du Golfe, le Qatar, avait décidé de s’émanciper. Le leadership saoudien est encore contesté de l’intérieur. L'Equateur et l'Angola avaient eux aussi quitté le navire.
(L’Arabie Saoudite produisait, en 2024, 9 millions de barils/jour ; l’Irak 3,8 ; l’Iran 3,2 ; les EAU 2,9 et le Koweït 2,4)
La montée en puissance des États-Unis comme grand producteur de pétrole de schiste a contribué à la fragilisation économique de l’OPEP en augmentant une offre concurrente indépendante du cartel. La production dépasserait en 2026 les 13,5 millions de barils par jour.
Avec le non-évènement tabbounien du retrait des EAU, le cartel OPEP perdrait jusqu’à 10,7% de sa production. (8,3% de la production OPEP+). La part de marché du Cartel passera de 43% à 39%.
On notera que plusieurs « désaccords politiques » ont bien précédé la guerre contre l’Iran, on citera le Yémen, le Soudan et la Lybie, les dirigeants Emiratis et Saoudiens avaient su vivre avec, résister ou de faire semblant…
La rupture sécuritaire
Le Conseil de coopération du golfe serait la première victime de la guerre Israélo-américaine contre l’Iran.
Plusieurs analystes proches des Emirats reprochent aux autres Etats du golfe et autres arabes de ne pas les avoir assez protégés des attaques iraniennes. Certains se sont même lancés dans des comparaisons de nombres de missiles ou de drones…
Abou Dhabi aurait donc préféré miser sur l’axe USA-Israël et refuserait clairement de serrer les rangs derrière Ryad qui aurait opté pour le dialogue avec Téhéran.
La rupture économique
Les Emirats parieraient que la demande pétrolière va piquer plus tôt que prévu. Ils préfèrent investir sur le moyen et court terme, monétiser rapidement sans subir les fameux quotas OPEP+. Ils projettent de passer d’ici 2027 à une production de 5 millions de barils par jour pour pouvoir accélérer leur diversification, Intelligence Artificielle, finance, ports...
Quels scénarios d’alignement ?
Le premier scénario serait celui d’une Fragmentation multipolaire, l’OPEP serait plus affaiblie et le CCG n’aurait plus de raison d’être. On assisterait à plus de volatilité des prix du pétrole et à la surchauffe des crises au Soudan, en Syrie et au Liban, peut-être même ailleurs.
Le deuxième scénario que nous pouvons identifier est celui de la bipolarisation du Golfe et probablement du monde arabe. On aurait alors un bloc pro-saoudien contre un bloc pro- émirati et des accords possibles par dossier.
Il y enfin le scénario de la sagesse. Après le traumatisme des missiles et du blocus, les acteurs réalisent qu’ils ont trop d’intérêts en commun, à commencer par la sécurité. On pourrait aboutir à la négociation d’un nouvel équilibre …
La question de fonds demeurera toutefois celle de la faisabilité et de la viabilité de ces nouveaux alignements possibles sachant que ces dynamiques n’échapperaient aucunement à l’influence des États-Unis.