Guerre contre l’Iran : multiplication des scénarios et rareté des solutions – Par Hatim Betioui

Guerre contre l’Iran : multiplication des scénarios et rareté des solutions – Par Hatim Betioui

18 avril 2026, montre le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, qui joue un rôle central dans la médiation, alors qu'il s'apprête à partir après avoir assisté à la 5e édition du Forum diplomatique qui s'est déroulé sur trois jours à Antalya en Turquie, autre plaque tournante de la région.

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Les négociations marathon de 21 heures entre Washington et Téhéran à Islamabad au Pakistan n’ont pas permis de lever l’incertitude dans le Golfe ni de mettre fin à la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Hatim Betioui revient sur les de blocus maritimes de part et d’autre, et analyse les risques d’escalade régionale et les scénarios se potentiels, oscillant entre confrontation maîtrisée et tentative de désescalade.

Hatim Betioui

Des négociations sans percée, des menaces en hausse

Si les pourparlers menés le samedi 11 avril 2026 entre les États-Unis et l’Iran à Islamabad n’ont pas débouché sur une avancée diplomatique susceptible de dissiper les tensions dans le Golfe, ils ont néanmoins marqué un tournant dans le ton employé par les protagonistes. Le président américain Donald Trump a ainsi mis en œuvre un blocus maritime aux ports iraniens afin d’empêcher toute exportation de pétrole et l’importation des biens. En réponse, Téhéran a brandi la menace d’une stratégie de la terre brûlée, évoquant la possibilité de cibler l’ensemble des ports du Golfe. On n’en est pas encore là, mais face au blocus américain, les iraniens ont refermé samedi dernier le détroit d’Ormuz après l’avoir déclaré complément ouvert dans un premier temps.

Néanmoins, Américains et Iraniens devront se retrouver à Islamabad ce lundi. Donald Trump a, en effet, annoncé dimanche qu'une délégation américaine conduite par son vice-président JD Vance serait au Pakistan lundi pour relancer les négociations avec l'Iran, tout en menaçant de détruire les infrastructures de ce pays en cas d'échec des pourparlers.

Une région prise entre pressions économiques et risques sécuritaires

Face à ces développements, la région se retrouve prise en étau entre la pression économique exercée par Washington et les menaces iraniennes pesant sur la sécurité des États du Golfe. Dans ce contexte, plusieurs scénarios restent envisageables, allant d’une escalade contenue à une tentative d’endiguement temporaire des tensions.

Si pour l’instant, et contrairement à Donald Trump, le président du parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a affirmé que les négociations de paix entre l'Iran et les États-Unis ont "fait des progrès" mais qu’un accord final était "encore loin’’, le premier scénario repose sur une montée des tensions maîtrisée, se traduisant par des attaques ciblées contre des pétroliers ou des perturbations partielles mais continue du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. À cela pourrait s’ajouter une guerre par procuration, potentiellement durable, menée par les alliés régionaux de l’Iran, notamment les Houthis au Yémen qui menacent le détroit de Bab El Mendab, le Hezbollah au Liban et certaines factions du Hachd al-Chaabi en Irak. De leur côté, les États-Unis pourraient répondre par des frappes ponctuelles contre des positions iraniennes, permettant aux deux camps d’envoyer des signaux forts sans basculer dans un conflit généralisé.

Le deuxième scénario envisage une intensification de la guerre économique contre l’Iran, visant principalement à paralyser ses exportations et ses importations. Cette stratégie s’accompagnerait de pressions accrues sur les principaux partenaires commerciaux de Téhéran, notamment la Chine et l’Inde. Une telle dynamique pourrait pousser l’Iran à privilégier des réponses indirectes, telles que le recours à des circuits de contrebande ou des formes d’escalade non conventionnelles.

Risque d’une conflagration régionale

Le troisième scénario, le plus préoccupant, serait celui d’un affrontement militaire régional d’ampleur. Il pourrait se matérialiser par des attaques iraniennes contre les ports du Golfe et de la mer d’Oman, ainsi que par des frappes visant des infrastructures pétrolières stratégiques. Une telle évolution entraînerait probablement une intervention directe des États-Unis pour défendre leurs alliés, avec le risque d’une implication d’autres acteurs. Les conséquences seraient lourdes : flambée des prix du pétrole à l’échelle mondiale et perturbations majeures du commerce international.

Le scénario le plus optimiste reste celui d’un retour à la table des négociations sous pression, débouchant sur un accord temporaire. Celui-ci pourrait inclure un allègement des sanctions imposées à l’Iran en contrepartie de restrictions sur son programme nucléaire.

Des risques d’escalade liés à une erreur de calcul

Si la logique veut qu’aucune des parties n’ait intérêt à une guerre totale, un mauvais calcul ou une méprise pourrait néanmoins y conduire. Le président Donald Trump a en effet menacé de reprendre les frappes si le blocus maritime ne parvenait pas à infléchir le comportement de l’Iran.

Entre l’usage par Téhéran de la sécurité énergétique et des voies maritimes comme levier de dissuasion, et la stratégie américaine fondée sur les sanctions et la domination navale pour accentuer la pression, la région demeure dans une situation d’extrême fragilité. Un mince espoir subsiste toutefois : celui de la reprise, le rendez-vous de jeudi dernier ayant été manqué, d’un nouveau cycle de négociations directes entre Washington et Téhéran, sauf évolution de dernière minute, dans l’objectif de mettre fin au conflit avant l’expiration du cessez-le-feu de deux semaines qui arrive bientôt à terme.

Face à ces incertitudes, la région du Golfe apparaît aujourd’hui plus que jamais à un tournant décisif, où se croisent considérations géopolitiques, enjeux énergétiques et impératifs de sécurité internationale. Si la fenêtre diplomatique s’est rétrécie, elle n’est pas totalement refermée. L’expérience montre que les canaux discrets et les médiations silencieuses peuvent encore ouvrir des perspectives inattendues de désescalade, notamment lorsque les parties prennent conscience que le coût d’une confrontation dépasse ses gains potentiels.

Vers une gestion des intérêts plutôt qu’un bras de fer

La réussite d’un tel processus dépend toutefois de la volonté des protagonistes à consentir des concessions mutuelles et à passer d’une logique d’affrontement à une logique de gestion des intérêts. Dans ces conditions, la stabilité du Golfe ne relève plus seulement d’un choix régional, mais constitue une nécessité internationale pressante.

Toute dérive vers le chaos aurait des répercussions bien au-delà de la région, affectant en premier lieu l’économie mondiale et la sécurité énergétique. Dans un contexte international déjà fragilisé, marqué par la multiplication des crises, le monde ne peut se permettre une nouvelle zone d’instabilité durable, à l’heure où les scénarios se multiplient et où les solutions décisives se font rares.

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