Guerre d’Iran : Un accord passerait par l’adhésion de Riyad et Doha aux accords d’Abraham, selon Trump

Guerre d’Iran : Un accord passerait par l’adhésion de Riyad et Doha aux accords d’Abraham, selon Trump

Une Iranienne s'arrête devant un étal dans une rue de Téhéran, le 25 mai 2026 (Photo AFP)

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L’Iran et les États-Unis ont reconnu l’existence d’avancées dans les négociations destinées à mettre fin durablement au conflit qui secoue le Moyen-Orient depuis plusieurs mois. Si les discussions ont permis de rapprocher certaines positions, les deux parties excluent pour l’heure toute conclusion imminente. Plusieurs dossiers sensibles, notamment le détroit d’Ormuz, les avoirs iraniens gelés, le rôle du Hezbollah et les exigences américaines en matière de normalisation avec Israël, qui viennent de faire ‘’opportunément’’ leur apparition dans les conditions américaines, continuent d’alimenter les divergences et se présentent comme un point d’achoppement.

Des progrès diplomatiques mais pas encore d’accord

Après plusieurs semaines de blocage, les négociations entre l’Iran et les États-Unis semblent avoir retrouvé une certaine dynamique. Les déclarations venues de Téhéran comme de Washington témoignent d’un climat plus favorable, même si les responsables des deux pays restent prudents quant aux perspectives d’un accord rapide.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a reconnu que les discussions avaient permis de parvenir à des conclusions sur une partie importante des sujets examinés. Il a toutefois écarté toute certitude concernant une signature prochaine, soulignant que plusieurs questions essentielles demeurent en suspens.

À Washington, Donald Trump a adopté un ton similaire. Le président américain a indiqué qu’un éventuel accord devrait être « excellent et significatif », laissant entendre qu’aucun compromis ne serait accepté sans garanties substantielles. À défaut, il estime qu’aucun accord ne serait préférable à un texte jugé insuffisant.

Cette prudence partagée n’a cependant pas empêché les marchés financiers de réagir favorablement aux signes de rapprochement. Les investisseurs parient sur une désescalade progressive susceptible de réduire les tensions géopolitiques et de rétablir une partie des flux commerciaux perturbés depuis le début du conflit.

Le détroit d’Ormuz au cœur des préoccupations économiques

L’un des principaux enjeux des discussions concerne le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite une part importante du commerce mondial des hydrocarbures.

Depuis le début de la guerre déclenchée à la fin du mois de février par les frappes américano-israéliennes contre l’Iran, la circulation maritime dans cette zone a été fortement perturbée. Cette situation a contribué à une hausse importante des prix du pétrole et à une montée des inquiétudes sur les marchés internationaux.

Les signaux d’ouverture observés ces derniers jours ont toutefois entraîné un recul des cours pétroliers. Le Brent de la mer du Nord est repassé sous la barre symbolique des 100 dollars le baril, tandis que plusieurs places boursières internationales ont enregistré des progressions.

Dans ce contexte, l’Iran semble chercher une formule intermédiaire concernant la navigation maritime. Les autorités iraniennes évoquent désormais la perception de frais liés à des « services de navigation » plutôt qu’à de véritables péages imposés aux navires empruntant le détroit.

En contrepartie, Téhéran réclame la levée du blocus américain imposé à ses ports. Washington refuse pour l’instant toute concession sur ce point avant la conclusion définitive d’un accord global.

L’importance stratégique d’Ormuz explique également l’implication de plusieurs puissances régionales et internationales dans les efforts diplomatiques en cours. La Chine, particulièrement dépendante des approvisionnements énergétiques transitant par cette voie maritime, suit avec attention l’évolution des discussions. La visite du Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif à Pékin s’inscrit dans ce contexte de consultations régionales intensives.

La question cruciale des avoirs iraniens gelés

Parmi les principaux points de désaccord figure également le déblocage des avoirs iraniens immobilisés à l’étranger sous l’effet des sanctions américaines.

Téhéran considère ce dossier comme une priorité absolue. Les autorités iraniennes souhaitent obtenir la libération immédiate d’une partie de ces fonds dès les premières étapes de l’accord et réclament des garanties précises concernant le dégel progressif du reste des actifs.

Selon plusieurs sources proches des négociations, des divergences persistent sur les mécanismes à mettre en place et sur le calendrier de mise en œuvre.

Pour les responsables iraniens, ces ressources financières constituent un levier indispensable à la reconstruction du pays et une bouffée d’air frais au régime après plusieurs décennies de sanctions économiques aggravées par les conséquences du conflit régional.

L’analyste Ali Vaez, de l’International Crisis Group, estime que la relance économique représente aujourd’hui l’une des priorités fondamentales des autorités iraniennes. Selon lui, sans investissements et sans accès à une partie de ses ressources financières, l’Iran risque de voir s’accentuer les difficultés économiques et sociales auxquelles il est confronté.

Les discussions autour de ce dossier expliquent notamment les déplacements diplomatiques observés ces derniers jours dans les capitales du Golfe. Des responsables économiques et diplomatiques iraniens se sont rendus à Doha afin d’examiner les modalités techniques d’un éventuel déblocage des fonds.

Les accords d’Abraham et le dossier libanais compliquent les négociations

Au-delà des questions économiques et nucléaires, les négociations se heurtent à plusieurs enjeux géopolitiques régionaux.

Donald Trump a ainsi introduit un nouvel élément dans les discussions en exigeant que plusieurs pays arabes, notamment l’Arabie saoudite et le Qatar, normalisent leurs relations avec Israël dans le cadre d’un futur accord régional.

Le président américain considère que l’élargissement des accords d’Abraham, conclus en 2020 entre Israël et plusieurs États arabes, doit constituer une composante essentielle du futur dispositif de stabilité régionale. Selon lui, les pays impliqués dans le processus diplomatique devraient adhérer à cette dynamique de reconnaissance mutuelle.

Cette position se heurte toutefois aux réserves de plusieurs capitales arabes. L’Arabie saoudite continue notamment d’affirmer que toute normalisation avec Israël demeure liée à la création d’un État palestinien souverain et viable, une perspective rejetée par le gouvernement israélien actuel.

Le front libanais représente également un sujet particulièrement sensible. Selon plusieurs observateurs, il pourrait constituer l’un des principaux facteurs d’échec des négociations.

L’Iran insiste sur l’application du cessez-le-feu à l’ensemble des théâtres du conflit régional, y compris au Liban où le Hezbollah est engagé contre Israël depuis le début de la guerre. Téhéran considère difficilement envisageable un accord qui ignorerait le rôle joué par son allié libanais dans les hostilités.

Cette position offre toutefois à Israël un moyen potentiel de contester ou de ralentir le processus de rapprochement entre Washington et Téhéran. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a d’ailleurs rappelé récemment que les États-Unis continuaient de reconnaître le droit d’Israël à assurer sa défense.

Alors que les frappes au Liban ont provoqué plus de 3.100 morts et le déplacement de plus d’un million de personnes selon les autorités locales, le dossier libanais demeure l’un des sujets les plus délicats à résoudre dans la perspective d’un règlement global.

Malgré les avancées enregistrées ces derniers jours, les négociations apparaissent ainsi engagées dans une phase complexe où les enjeux énergétiques, financiers, sécuritaires et diplomatiques s’entrecroisent. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si les progrès constatés peuvent déboucher sur un accord durable ou si les divergences persistantes finiront par relancer les tensions. (Quid avec AFP)