Guerre d’Iran : accalmie et incertitudes, des espoirs et des appréhensions – Par Hassan Zakariaa

Guerre d’Iran : accalmie et incertitudes, des espoirs et des appréhensions – Par Hassan Zakariaa

Pendant ce temps Israël poursuit ses frappes sur le Liban, ici dans le quartier d'Abbasiyeh, à la périphérie de la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 8 avril 2026. (Photo AFP)

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Par Hassan Zakriaa avec AFP et MAP

Trop tôt pour dire qui a perdu et qui a gagné cette guerre dont les conséquences use les équilibres géopolitiques se font sentir pareilles à des répliques séismiques dans le temps.  Mais quand la plus grande puissance mondiale et une puissance régionale ne réussissent pas en quarante jours à obtenir de leur cible les objectifs qu’ils se clairement assignés, un KO pour résumer les choses, ils ne peuvent se targuer d’une victoire. A l’actif des Etats Unis, sa retenue de ne pas avoir céder à la tentation de ‘’l’arme fatale’’. Mais les remontrances et les mises en demeure de Donald Trump n’ont été étrangères à la conclusion du cessez-le-feu. L’Iran, largement décapité et en grande partie détruits par quarante jours d’intenses bombardements, peut tout juste se réjouir d’avoir tenu tête et amené les Etats Unis à la table des négociations sur des conditions ardues à démêler. Arraché à la dernière heure sous la médiation du Pakistan, pendant que le monde retenait son souffle, le cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran suspend temporairement une guerre régionale aux répercussions mondiales. Entre ouverture du détroit d’Ormuz, divergences d’interprétation, poursuite des combats au Liban et réactions internationales contrastées, cet accord précaire ouvre une fenêtre diplomatique aussi étroite que décisive et produit toutefois un immense soulagement qui reste cependant prudent.

Une trêve de dernière minute sous haute tension

Le cessez-le-feu conclu entre les États-Unis et l’Iran a été scellé mardi, un peu plus d’une heure avant l’expiration de l’ultimatum lancé par Donald Trump, qui menaçait de détruire la République islamique. Cette suspension des hostilités, prévue pour deux semaines, constitue le premier arrêt des combats depuis le déclenchement, le 28 février, d’une guerre impliquant Washington, Israël et Téhéran.

L’accord prévoit une cessation temporaire des frappes américaines contre l’Iran, en échange d’un engagement de Téhéran à rouvrir immédiatement et en toute sécurité le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transitaient, avant le conflit, près de 20 % du pétrole mondial. Cette annonce a immédiatement provoqué une baisse des cours du pétrole, signe d’un apaisement relatif des tensions sur les marchés énergétiques.

Pour Washington, cette trêve est présentée comme une victoire totale. Donald Trump a affirmé que la question du programme nucléaire iranien serait « parfaitement réglée » durant cette période, tout en maintenant ses accusations selon lesquelles Téhéran chercherait à se doter de l’arme nucléaire, une thèse rejetée par l’Iran et non confirmée par les agences internationales.

Côté iranien, le discours est tout aussi triomphaliste. Les autorités de Téhéran évoquent une « victoire historique », estimant avoir résisté à une offensive militaire d’ampleur tout en conservant leur capacité de négociation. Cette symétrie des récits illustre la fragilité politique de l’accord, chaque camp cherchant à consolider sa position intérieure et régionale.

Ormuz au cœur des enjeux économiques et stratégiques

La réouverture du détroit d’Ormuz constitue la pierre angulaire de la trêve. Ce corridor maritime vital pour l’approvisionnement énergétique mondial avait été paralysé de facto par l’Iran, provoquant des tensions majeures sur les marchés du pétrole et du gaz. Ce détroit a confirmé ce que tout observateur sensé savait : c’est une arme qui vaut à elle seule une armée.

Dans ce contexte, l’Organisation maritime internationale, agence spécialisée des Nations unies, a annoncé travailler à la mise en place d’un mécanisme destiné à garantir la sécurité du transit maritime. L’objectif est d’éviter tout nouvel incident susceptible de compromettre la liberté de navigation dans cette zone stratégique.

Plusieurs pays fortement dépendants des importations énergétiques, notamment en Asie, ont salué cette évolution. Le Japon, dont plus de 90 % du pétrole transite par Ormuz, a insisté sur la nécessité de garantir durablement la sécurité maritime. La Corée du Sud a, de son côté, appelé à des négociations rapides pour stabiliser la région.

L’Arabie saoudite a également exprimé son soutien à l’accord, espérant qu’il débouchera sur une désescalade globale et durable. Riyad a toutefois rappelé l’importance de maintenir le détroit ouvert, soulignant l’enjeu vital que représente cette voie maritime pour l’économie mondiale.

Au-delà de l’énergie, Ormuz est devenu le symbole d’un rapport de force géopolitique. L’Iran revendique un contrôle stratégique sur ce passage, tandis que les États-Unis et leurs alliés insistent sur le principe de liberté de navigation. Cette divergence, qui n’existait pas avant la guerre, reste l’un des principaux points de friction dans les négociations à venir au point d’occulter tous les autres  buts affichés par l’alliance israélo-américaine.

Une trêve partielle qui ne couvre pas le Liban

Si l’accord entre Washington et Téhéran suspend les frappes directes entre les deux pays, il ne semble pas s’applique pas à l’ensemble du théâtre régional. Israël, encore lui, a confirmé respecter le cessez-le-feu vis-à-vis de l’Iran, tout en poursuivant ses opérations militaires au Liban.

Dans le sud du pays, les frappes israéliennes ont continué, notamment autour de la région de Tyr, malgré l’entrée en vigueur de la trêve. L’armée libanaise a appelé les populations déplacées à ne pas regagner leurs habitations, soulignant la persistance des risques sécuritaires.

Depuis le début des affrontements entre Israël et le Hezbollah, plus de 1 500 personnes ont été tuées au Liban, selon les autorités locales. Le mouvement chiite, allié de l’Iran, a suspendu ses attaques après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, sans pour autant annoncer une adhésion formelle à l’accord.

Cette situation met en lumière une contradiction majeure. Alors que le Pakistan, médiateur du conflit, a affirmé que la trêve s’appliquait « partout, y compris au Liban », Israël maintient que ce front reste exclu de l’accord. Cette divergence d’interprétation fragilise d’emblée la portée du cessez-le-feu.

Plus largement, elle illustre la complexité d’un conflit devenu régional, où les lignes de confrontation dépassent largement le cadre bilatéral entre Washington et Téhéran.

Une fenêtre diplomatique sous surveillance internationale

La trêve doit ouvrir la voie à des négociations directes entre les États-Unis et l’Iran, prévues vendredi à Islamabad. Le Pakistan, qui a joué un rôle clé dans la médiation, espère parvenir à un accord définitif mettant fin à plus de cinq semaines de guerre.

Téhéran a proposé un plan en dix points, jugé « viable » par Donald Trump, mais comportant plusieurs exigences sensibles. Parmi celles-ci figurent pas moins quele maintien du contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz, la reconnaissance du droit à l’enrichissement d’uranium, la levée de toutes les sanctions et le retrait des forces américaines du Moyen-Orient.

Certaines de ces demandes avaient été rejetées par Washington dans le passé, ce qui laisse présager des négociations difficiles. Les États-Unis, de leur côté, avaient initialement exigé l’arrêt complet de l’enrichissement, des restrictions sur le programme balistique iranien et la fin du soutien aux groupes armés régionaux.

Sur la scène internationale, les réactions oscillent entre prudence et optimisme. Les Nations unies ont appelé au respect du droit international et à la consolidation d’une paix durable. L’Union européenne voit dans cet accord une opportunité pour relancer la diplomatie.

Plusieurs dirigeants européens, dont ceux de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni et de l’Espagne, ont salué la trêve tout en appelant à son extension, notamment au Liban. La Turquie et les Émirats arabes unis ont également insisté sur la nécessité d’une mise en œuvre effective de l’accord sur le terrain. A noter que les ‘’petits Emirats’’, de toutes les monarchies du Golfe, les plus ciblés par les missiles et les drones iraniens ont fait montre d’une capacité de défensebluffante.

La Chine, partenaire stratégique de l’Iran, a revendiqué un rôle actif dans les efforts diplomatiques, affirmant avoir multiplié les contacts avec les acteurs régionaux. Pékin a réaffirmé sa volonté de contribuer à la stabilité du Golfe, tout en condamnant implicitement les escalades militaires. Une aubaine et une ouverture pour son rôle à l(‘avenir.

D’autres pays, comme l’Irak, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, ont souligné la nécessité d’un dialogue durable pour traiter les causes profondes du conflit. L’Union africaine a, quant à elle, insisté sur l’importance de saisir cette opportunité pour réduire les souffrances humaines.

Enfin, certaines réactions ont mis en évidence les lectures divergentes de la situation. Les États-Unis et l’Iran revendiquent chacun la victoire, tandis que l’Ukraine voit dans la fermeté américaine un modèle à reproduire face à la Russie.

Dans ce contexte, la trêve apparaît moins comme une fin des hostilités que comme une pause stratégique. Les deux semaines à venir seront déterminantes pour savoir si cette accalmie peut se transformer en processus de paix durable ou si elle ne constitue qu’un répit avant une nouvelle escalade.

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