Iran : une guerre qui cible la tête avant le corps – Par Hatim Betioui

Iran : une guerre qui cible la tête avant le corps – Par Hatim Betioui

Les obsèques du ministre iranien du Renseignement assassiné, Esmail Khatib, et de sa famille lors de leurs funérailles, organisées après la prière hebdomadaire du vendredi midi à Téhéran, le 20 mars 2026. (Photo AFP)

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Depuis le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, la stratégie semble viser prioritairement le cœur du système décisionnel. Hatim Betioui revient sur mes frappes ciblées, la guerre de renseignement et la déstabilisation interne qui dont que ce conflit s’apparente de plus en plus à une entreprise de décapitation politique et sécuritaire.

Hatim Betioui

Une stratégie de décapitation méthodique

Depuis plus de trois semaines, les têtes de la direction politique, militaire et sécuritaire iranienne tombent successivement, dans ce qui s’apparente à une opération d’épuisement ciblée. La première étape de ce qui a été qualifié de « stratégie de décapitation du leadership » a débuté avec la chute du « chêne » que représentait le Guide suprême Ali Khamenei au début des opérations militaires contre son pays, et avec lui une bonne partie de son entourage immédiat.

Cette dynamique s’est poursuivie avec l’annonce, mardi, par Israël, par la voix de son ministre de la Défense Israël Katz, de la mort d’Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, dans une frappe aérienne israélienne. Il a été tué aux côtés de Gholam Reza Soleimani, commandant des forces de mobilisation (Bassidj), l’un des bras séculiers des Gardiens de la révolution.

Une supériorité du renseignement mise en évidence

Lorsque l’Iran a confirmé officiellement, par la suite, la mort de Larijani et Soleimani, la précocité de l’annonce israélienne a, une fois encore, illustré l’ampleur de son infiltration au sein de l’appareil iranien. Elle met en lumière la puissance de ses capacités de renseignement à l’intérieur même du pays, révélant une pénétration profonde du système dirigeant.

À cette supériorité militaire s’ajoute une guerre médiatique intense, donnant le sentiment que le conflit ne se limite pas aux opérations terrestres et aériennes, mais qu’il se joue également au cœur du dispositif sécuritaire iranien.

Parmi les cibles figurent également Abdolrahim Mousavi, chef d’état-major des forces armées, Aziz Nasirzadeh, ministre de la Défense, Mohammad Pakpour, commandant des forces terrestres des Gardiens de la révolution, ainsi qu’Ali Shamkhani, conseiller du Guide suprême et figure clé de la décision sécuritaire, en plus de dizaines de responsables sécuritaires.

Une guerre au cœur de l’appareil décisionnel

La succession des frappes et l’élimination des cadres dirigeants révèlent que la confrontation dépasse le cadre du rapport de force militaire classique. Elle repose sur une supériorité informationnelle profonde, visant à désarticuler le système de décision de la République islamique.

Au fil des années, le Mossad, service de renseignement extérieur israélien, a construit en Iran un réseau opérationnel complexe, structuré autour de trois axes principaux : ralentir le programme nucléaire en sabotant ses installations ou en ciblant ses scientifiques, collecter des renseignements au sein des institutions sensibles de l’État, et mener des opérations cybernétiques et de sabotage visant les infrastructures énergétiques, nucléaires et de communication.

L’attaque du virus Stuxnet en 2010, qui a visé les centrifugeuses du site nucléaire de Natanz, demeure l’exemple le plus emblématique de cette efficacité. Introduit dans le réseau informatique de l’installation, le virus a ciblé les systèmes de contrôle industriels, provoquant des rotations anormales des centrifugeuses avant de revenir rapidement à la normale, échappant ainsi à la détection des ingénieurs, tout en détruisant un grand nombre d’équipements d’enrichissement de l’uranium, sans recours à une intervention militaire directe.

Un pouvoir fragilisé et une succession incertaine

Le régime des mollahs revendique sa capacité à produire des dirigeants et à compenser toute perte au sommet de l’État. Mais la question demeure : jusqu’à quand, surtout après l’élimination d’un grand nombre d’entre eux par les États-Unis et Israël ?

La formation de ce type de cadres ne s’improvise pas. Après la mort du Guide suprême, son fils Mojtaba Khamenei lui a succédé, dans ce qui apparaît comme une tentative du régime de préserver sa cohésion face à l’intensification des attaques. Toutefois, à peine installé, des doutes ont émergé quant à sa capacité à gouverner.

Certaines sources évoquent des blessures légères et une gestion des affaires de l’État depuis l’ombre. D’autres rapports, en revanche, font état d’une blessure grave dès le début des frappes, avec des informations contradictoires évoquant des déformations ou même l’amputation d’une partie de sa jambe. L’absence totale d’apparitions publiques depuis sa nomination a renforcé l’incertitude autour de son sort.

Une guerre contre la structure même du pouvoir

Au final, il s’agit d’une guerre dirigée contre la structure du pouvoir elle-même. Une guerre qui vise la tête avant le corps, les centres de décision politique et sécuritaire avant les champs de bataille. Elle ne se réduit pas à un affrontement classique entre États, mais s’inscrit dans une logique de démantèlement interne.

La question centrale demeure alors : qui gouvernera lorsque les frappes continueront de cibler le sommet de l’État, et qui conduira la guerre dans un tel contexte de désorganisation ? Et quels risques pareil désarticulation pourrait-elle engendrer ?

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