La Chine précise ses orientations diplomatiques et s’affirme contre la guerre en Iran, mais sans plus

La Chine précise ses orientations diplomatiques et s’affirme contre la guerre en Iran, mais sans plus

Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, également membre du Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois, participe à une conférence de presse sur la politique étrangère et les relations extérieures du pays lors de la quatrième session de la 14e Assemblée populaire nationale (APN) à Pékin, le 8 mars 2026. (Photo par Iori Sagisawa / POOL / AFP)

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À la conférence de presse tenue à Beijing en marge des « Deux Sessions », événement politique majeur du calendrier institutionnel chinois, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi a exposé les orientations de la diplomatie de la Chine face aux grands enjeux internationaux. Relations avec les États-Unis, partenariat stratégique avec la Russie, coopération économique avec l’Union européenne, tensions en Asie orientale, crise au Moyen-Orient et montée en puissance du Sud global ont figuré parmi les principaux dossiers abordés. À travers ces prises de position, Beijing réaffirme sa vision d’un ordre international multipolaire fondé sur sa place dans le monde.

Un plaidoyer pour la stabilité dans les relations sino-américaines

Dans ses déclarations, Wang Yi a d’abord abordé la question des relations entre la Chine et les États-Unis, les deux premières économies mondiales. Le chef de la diplomatie chinoise a adopté un ton mesuré, exprimant un optimisme prudent quant à l’évolution de ce partenariat stratégique marqué ces dernières années par des tensions commerciales et politiques.

Selon lui, les échanges entre le président chinois Xi Jinping et son homologue américain Donald Trump ont contribué à replacer la relation bilatérale sur une trajectoire plus stable après une période de fortes turbulences. L’année 2026 est ainsi présentée comme une étape importante pour l’avenir des relations sino-américaines.

Toutefois, Wang Yi a souligné que cette stabilisation reste conditionnée à un climat politique favorable et à une gestion maîtrisée des différends. Il a appelé les deux pays à préparer soigneusement les prochaines étapes de leur dialogue et à créer un environnement propice à la coopération.

Dans cette perspective, il a exhorté Washington à instaurer une atmosphère positive, à gérer les divergences de manière responsable et à éviter les ingérences ou perturbations inutiles susceptibles d’affecter la relation bilatérale.

La perspective d’une visite du président Donald Trump en Chine au mois d’avril a également été évoquée, même si Beijing n’a pas confirmé officiellement ce déplacement. Wang Yi s’est limité à rappeler l’importance du dialogue régulier entre les deux puissances afin d’éviter les malentendus et de maintenir un cadre de coopération.

Le ministre a ainsi insisté sur l’idée que les deux pays ne peuvent pas transformer leurs systèmes respectifs, mais qu’ils peuvent améliorer la manière dont ils interagissent sur la scène internationale.

Un appel à l’arrêt des hostilités au Moyen-Orient

Abordant la situation au Moyen-Orient, Wang Yi a exprimé la position critique de la Chine face au déclenchement du conflit en cours dans la région. Il a affirmé que cette guerre « n’aurait jamais dû avoir lieu » et qu’elle ne procure aucun bénéfice aux parties impliquées.

Dans ses propos, le chef de la diplomatie chinoise a dénoncé le recours systématique à la force dans les relations internationales. Il a averti que la communauté internationale ne pouvait pas accepter un retour à ce qu’il a qualifié de « loi de la jungle », où les rapports de force priment sur les règles internationales.

Sans nommer explicitement les États-Unis, ses propos ont été interprétés comme une critique de l’usage de la force dans les relations internationales. La Chine a notamment exprimé sa désapprobation à l’égard des frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran.

Wang Yi a réitéré l’appel de Beijing à un arrêt immédiat des hostilités et au respect de la souveraineté des États. Toutefois que malgré son opposition aux frappes occidentales, la Chine ne devrait pas aller jusqu’à compromettre ses intérêts économiques et stratégiques en confrontant directement les États-Unis pour soutenir l’Iran.

Un partenariat stratégique « inébranlable » avec la Russie

Le ministre chinois des Affaires étrangères a également réaffirmé la solidité des relations entre Beijing et Moscou. Selon lui, malgré un environnement international marqué par des tensions et des rivalités géopolitiques, les liens sino-russes demeurent « fermes et inébranlables ».

Cette relation repose, selon Wang Yi, sur le respect mutuel et sur un partenariat stratégique équilibré entre les deux pays. Beijing considère cette coopération comme un facteur de stabilité dans un contexte international turbulent.

Les relations entre la Chine et la Russie ont connu un renforcement significatif ces dernières années, notamment dans les domaines énergétique, commercial et diplomatique. Pékin continue cependant de nier toute implication directe dans la guerre en Ukraine.

La Chine invite l’Europe à privilégier la coopération économique

Dans ses déclarations, Wang Yi a également évoqué les relations entre la Chine et l’Union européenne, marquées ces dernières années par des tensions commerciales croissantes.

Le ministre a appelé à fonder la relation sino-européenne sur des intérêts partagés et sur une coopération économique pragmatique. Il a souligné que l’interdépendance entre les deux partenaires constitue une réalité structurelle qui peut devenir un facteur de stabilité plutôt qu’un risque.

Refusant les politiques protectionnistes, il a invité les entreprises et les acteurs économiques européens à continuer à investir sur le marché chinois afin d’y renforcer leur compétitivité.

Selon Wang Yi, de plus en plus d’acteurs européens comprennent que la Chine ne doit pas être perçue comme un concurrent stratégique, mais comme un partenaire mondial.

Mise en garde à l’égard du Japon et fermeté sur Taïwan

La conférence de presse a également abordé la question des relations entre la Chine et le Japon. Wang Yi a exprimé des préoccupations quant à l’évolution de la politique de défense japonaise et aux déclarations récentes de la Première ministre Sanae Takaichi concernant la sécurité de Taïwan.

Il a rappelé que l’histoire du militarisme japonais au XXe siècle reste profondément ancrée dans la mémoire collective des peuples asiatiques. Selon lui, les crises historiques ont parfois été utilisées par le passé comme prétexte à des expansions militaires.

Ces références historiques expliquent, selon Beijing, la vigilance persistante de la Chine face aux orientations stratégiques du Japon. Wang Yi a ainsi exprimé l’espoir que Tokyo ne répéterait pas ce qu’il a qualifié d’« erreurs désastreuses » du passé.

La question de Taïwan demeure un point central de la diplomatie chinoise. Le ministre a réaffirmé que l’île fait partie intégrante du territoire chinois et qu’il n’existe, selon Beijing, aucune possibilité qu’elle devienne un État indépendant.L’appartenance de l’île à la Chine constitue ce que Wang Yi a décrit comme une ligne rouge qui ne peut être franchie.

Le Sud global au cœur de la vision internationale de Beijing

Au-delà des relations bilatérales avec les grandes puissances, Wang Yi a mis l’accent sur le rôle croissant des pays du Sud dans la transformation du système international.

Selon lui, la montée en puissance du Sud global représente l’un des changements les plus importants de l’ordre mondial contemporain. Cette évolution s’inscrit dans une dynamique vers un monde multipolaire qu’il considère comme irréversible.

Dans ce contexte, il a appelé les pays en développement à renforcer leur coordination et à s’appuyer davantage sur les institutions multilatérales, notamment les Nations unies, afin de promouvoir un ordre international plus équilibré.

La Chine entend également renforcer sa coopération économique avec les pays du Sud, en particulier avec l’Afrique. Wang Yi a confirmé que Beijing appliquera à partir du 1er mai un régime de droits de douane nuls sur l’ensemble de ses importations provenant de 53 pays africains, à l’exception de l’eSwatini.

Cette mesure vise à faciliter l’accès des produits africains au marché chinois et à soutenir le développement économique du continent.

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