La guerre contre l’Iran précipite-t-elle le décès de l’OTAN ? – Par Hatim Betioui

La guerre contre l’Iran précipite-t-elle le décès de l’OTAN ? – Par Hatim Betioui

Fondée officiellement le 4 avril 1949, l’OTAN a étendu sa domination à la scène militaire mondiale après la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’Union soviétique. Pourtant, ces dernières années, elle donne des signes d’essoufflement, alimentant l’idée qu’elle pourrait de son possible éclatement

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Dans sa chronique Hatim Betioui revient sur les développements récents de la guerre contre l’Iran qui révèlent des fractures profondes au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), mettant à nu des divergences stratégiques croissantes entre les États-Unis et leurs alliés européens, plongeant plus que jamais l’avenir de l’alliance dans l’incertitude.

Hatim Betioui

Des fissures révélées par la guerre

Le déroulement de la guerre contre l’Iran a mis en évidence l’ampleur des déséquilibres et des fractures au sein de l’OTAN. Si le conflit semble se diriger vers une fin proche, après que le président américain Donald Trump a affirmé que sa phase la plus difficile était désormais derrière, à la suite de la destruction des capacités fondamentales de l’Iran, la question demeure entière quant au devenir de l’alliance atlantique.

Fondée officiellement le 4 avril 1949, l’OTAN a étendu sa domination à la scène militaire mondiale après la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’Union soviétique. Pourtant, ces dernières années, elle donne des signes d’essoufflement, alimentant l’idée qu’elle pourrait, tôt ou tard, connaître un sort similaire à celui de son ancien rival, le Pacte de Varsovie, bien que dans des conditions différentes.

Des divergences transatlantiques structurelles

Bien que les désaccords entre Washington et ses partenaires européens remontent aux années 1960, ils étaient alors contenus et maîtrisés. A l’issue de la guerre froide, ces différends ont progressivement pris une dimension structurelle, atteignant leur paroxysme lors du premier mandat de Donald Trump en 2017. Si a guerre en Ukraine a contribué à ressouder partiellement les rangs de l’alliance, sans effacer pour autant les divergences de fond sur de nombreux dossiers, les divergences se sont accentuées avec son retour à la Maison-Blanche.

Au terme de ce processus d’éloignement, la guerre d’Iran a accentué les divergences entre les États-Unis et plusieurs puissances européennes, notamment la France, le Royaume-Uni et l’Espagne. Ces tensions portent principalement sur le partage du fardeau militaire et la définition des priorités stratégiques.

Il n’en fallait pas plus pour que Donald Trump adresse un message particulièrement ferme à ses alliés européens : « Apprenez à vous défendre seuls, l’Amérique ne sera plus là pour vous aider ». Cette déclaration, n’est pas une simple saute d’humeur. Elle traduit une inflexion majeure de la doctrine américaine, conditionnant désormais la protection sécuritaire à l’engagement concret des alliés, tant sur le plan militaire que financier.

Une alliance sous pression politique et stratégique

Dans la continuité de cette posture, Donald Trump a récemment critiqué l’absence de coopération française dans la guerre contre l’Iran, accusant Paris de ne pas avoir soutenu les efforts américains. Il a également reproché au Royaume-Uni son incapacité à assurer l’approvisionnement en carburant de ses avions en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz, allant jusqu’à tourner en dérision son refus de participer à l’élimination des dirigeants iraniens.

Le président américain a par ailleurs ironisé sur la quête britannique de s’approvisionner en énergie aux États-Unis, invitant Londres à « faire preuve de courage » et s’emparer par la force de ses besoins en ressources dans le détroit.

Mais si le Royaume-Uni n’a pas annoncé l’envoi de navires dans le détroit d’Ormuz, il a indiqué examiner, en concertation avec ses alliés, plusieurs options visant à garantir la sécurité de la navigation dans cette zone stratégique.

Dans ce contexte tendu, Washington, faisant peu cas des exhortations européennes, accélère ses préparatifs en vue d’éventuelles opérations militaires terrestres en Iran. Du côté de Téhéran, la conviction s’impose que les négociations n’ont été qu’un « écran de tromperie stratégique » destiné à préparer une intervention au sol, selon les propos du président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.

Une alliance fragilisée

Il ne fait guère de doute que l’OTAN traverse aujourd’hui une phase critique marquée avant tout par un affaiblissement de sa cohésion interne, plus que par une menace d’effondrement immédiat. Les récentes déclarations de Donald Trump traduisent une inflexion nette de la posture américaine, visant à réduire l’engagement traditionnel en matière de sécurité européenne et à conditionner le soutien des États-Unis à la participation effective des alliés à la guerre contre l’Iran.

Une telle orientation fragilise le principe fondateur de « défense collective » sur lequel repose l’alliance. Donald Trump est allé plus loin en affirmant, dans un entretien accordé au Daily Telegraph, qu’il « envisage sérieusement de se retirer de l’OTAN » en raison de son refus de s’engager dans le conflit iranien, qualifiant l’alliance de « tigre de papier ».

De leur côté, les Européens apparaissent réticents à s’engager dans des aventures militaires extérieures, privilégiant des approches plus prudentes. Ils accentuent ainsi les divergences au sein de l’alliance atlantique.

L’OTAN, une organisation en phase de recomposition

Pour autant, l’OTAN ne saurait être assimilée au Pacte de Varsovie, et il est peu probable qu’elle connaisse un effondrement similaire. L’alliance semble plutôt engagée dans une phase de recomposition, marquée par une redéfinition des rôles et une montée en puissance des aspirations européennes à une plus grande autonomie stratégique en matière de défense.

En définitive, l’OTAN ne disparaîtra pas, mais elle est appelée à se transformer. Sa capacité à s’adapter aux mutations géopolitiques en cours sera déterminante pour son avenir. Si les intentions évoquées par Donald Trump venaient à se concrétiser, l’Europe serait contrainte d’assumer une responsabilité accrue dans sa propre sécurité, ouvrant ainsi la voie à un nouvel équilibre transatlantique.