Le Brexit s’invite dans la course à la direction du Parti travailliste – Par Abdelghani AouifIa

Le Brexit s’invite dans la course à la direction du Parti travailliste – Par Abdelghani AouifIa

Pour Andy Burnham, un des sérieux prétendants au poste de chef du Parti au pouvoir, le Brexit a été « dommageable » pour le Royaume-Uni, tout en rejetant l’idée d’un retour dans l’UE

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Abdelghani Aouifia, correspondant de l’agence MAP à Londres, revient sur le retour du Brexit dans le débat politique britannique à l’occasion de la course à la direction du Parti travailliste. Entre les appels à un rapprochement avec l’Union européenne, les craintes d’un regain de divisions internes et la montée de Reform UK, les travaillistes cherchent à préserver un équilibre délicat entre leur base pro-européenne et un électorat attaché au Brexit, à l’approche d’échéances électorales décisives.

Par Abdelghani Aouifia - MAP

Londres - Le Brexit, ou le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), s’est invité dans la course à la direction du Parti travailliste, attendue par les Britanniques dans les semaines qui viennent.

A quelques semaines d’une élection partielle à Makerfield, dans le Grand Manchester, qui devrait décider du destin d’Andy Burnham, un des sérieux prétendants au poste de chef du Parti au pouvoir, le Brexit, que les travaillistes tentaient de maintenir en-dehors du débat politique, est revenu avec force dans la compétition qui s’ouvre au sein du Labour.

Wes Streeting, qui a démissionné la semaine dernière de son poste de ministre de la Santé, a déclenché le débat, lorsqu’il a déclaré, le weekend, que le Brexit a été « une catastrophe historique », qui a laissé le pays « moins riche, moins puissant et moins maître de son destin ». Il a plaidé pour « une nouvelle relation spéciale avec l’UE », évoquant la possibilité de voir un jour le Royaume-Uni réintégrer le bloc.

Ces propos ont provoqué des remous au sein du Labour, plusieurs élus travaillistes redoutant qu’une réouverture du débat sur l’UE ne pousse davantage d’électeurs vers Reform UK, le parti populiste dirigé par Nigel Farage qui capitalise sur les frustrations liées à l’immigration, au coût de la vie et au sentiment d’abandon des anciens bastions historiquement acquis au Labour.

   1. Burnham, le maire du Grand Manchester qui disputera le 18 juin prochain une élection partielle dans son fief mancunien pour espérer entrer dans la course à la direction du Labour, s’est rapidement démarqué des propos de son futur rival, Streeting, sur ce sujet brûlant. Il a estimé que le Brexit a été « dommageable » pour le Royaume-Uni, tout en rejetant l’idée d’un retour dans l’UE. « Mon point de vue est que le Brexit a été dommageable, mais je crois aussi que la dernière chose que nous devrions faire aujourd’hui est de rouvrir ces débats », a-t-il dit.

Le politicien, qui jouit d’une grande popularité au sein du Parti et dans les rangs des électeurs, a averti qu’un retour aux affrontements sur l’Europe risquerait de plonger le pays dans les divisions politiques. Il a appelé à rassembler les Britanniques autour de priorités communes comme la croissance économique et le redressement des régions en difficulté.

  1. Burnham a précisé qu’il ne défend pas une réintégration du Royaume-Uni dans l’UE. « Je respecte la décision prise lors du référendum » sur le Brexit, a-t-il expliqué, estimant qu’un retour sur ce vote affaiblirait la crédibilité démocratique du pays.

Les analystes politiques soulignent que cette position « prudente » illustre les difficultés du Labour à naviguer entre une base militante souvent favorable à un rapprochement avec l’Europe et les électeurs qui restent majoritairement attachés au Brexit.

   1. Burnham cherche ainsi à recentrer le débat sur les questions économiques et sociales plutôt que sur l’identité européenne du Royaume-Uni. Fort de son bilan au Grand Manchester, qu’il dirige depuis 2017 et où il a réussi à faire de Manchester la région au taux de croissance économique le plus fort du pays, M. Burnham défend un programme axé sur la réindustrialisation, le logement et les transports publics. « Réparons notre pays. Remettons-le en état de fonctionner », a-t-il lancé, appelant à une « concentration sur les priorités intérieures ».

Depuis son retour au pouvoir en 2024 sous la houlette du Premier ministre, Keir Starmer, le Parti travailliste a engagé un rapprochement avec l’UE. M. Starmer a récemment indiqué que le « reset » des relations avec Bruxelles devrait se renforcer à l’occasion d’un prochain sommet Royaume-Uni/UE, prévu l’été. Sur cette question précise, M. Burnham a indiqué qu’il soutient l’approche de l’actuelle équipe dirigeante, la qualifiant de « la plus forte ».

Reform UK suit les débats. Ses dirigeants tentent de bâtir sur les divisions au sein du rival travailliste et entendent faire du scrutin de Makerfield « un référendum local sur le Brexit ». Dans cette circonscription où près des deux tiers des électeurs avaient soutenu le retrait de l’UE en 2016, la stratégie de Reform UK vise à convaincre les électeurs que le Labour « prépare discrètement un rapprochement progressif » avec Bruxelles.

Au milieu de ce débat, David Lammy, vice-Premier ministre, a mis en garde contre les querelles au sein du Labour autour du Brexit. De telles querelles ne feront que servir Reform UK, a-t-il lancé, appelant les travaillistes à mettre fin aux « guerres intestines »