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Le Caire à la recherche du temps maghrébin - Par Hatim Betioui
L’ancien ministre des Affaires étrangères marocain (au centre) avec à sa droite son homologue égyptien Amr Moussa lors d’une réunion de la Ligue arabe au Caire en 2004
Au début des années 1990, l’Égypte surprend en sollicitant son adhésion à l’Union du Maghreb arabe. Entre recomposition des équilibres régionaux, essoufflement de l’« Déclaration de Damas » et blocages maghrébins, cette initiative soulève une question persistante : le Caire cherchait-il un nouveau cap stratégique ou une extension naturelle de son horizon arabe ?

Hatim Betioui
Un tournant diplomatique inattendu
Au début de la décennie 1990, l’Égypte a présenté une demande d’adhésion à l’Union du Maghreb arabe. Cette initiative a suscité un large débat, tant au sein des États membres qu’en dehors, et jusque dans les cercles politiques égyptiens. Beaucoup se demandaient s’agissait-il d’un tournant stratégique majeur, marquant un éloignement du Moyen Orient au profit du Maghreb ?
Je me souviens avoir rencontré Amr Moussa, alors ministre des Affaires étrangères, à l’issue d’une visite au Maroc au cours de laquelle il avait été reçu par le roi Hassan II. Dans un entretien publié par Asharq Al-Awsat le 8 décembre 1994, il affirmait que l’Égypte ne pouvait en aucun cas se retirer du Moyen Orient. Il expliquait que la demande d’adhésion constituait une addition, non un transfert. L’Égypte, précisait-il, n’avait quitté ni son histoire ni sa géographie, et les frontières du Maghreb s’étendaient jusqu’aux limites occidentales de son pays.
Il ajoutait que Le Caire maintiendrait son engagement dans la « Déclaration de Damas », tout en renforçant ses liens avec le Maghreb, sous l’égide de la Ligue des États arabes.
La fin d’un espoir régional
La volonté égyptienne coïncidait avec le déclin de la « Déclaration de Damas », créée en 1991 après la libération du Koweït et réunissant les États du Golfe, l’Égypte et la Syrie. Les désaccords sur la coopération militaire, le financement et les mécanismes décisionnels ont rapidement affaibli l’initiative, jusqu’à son effacement.
Parallèlement, l’Union du Maghreb arabe traversait une phase de paralysie, minée par les tensions, notamment entre le Maroc et l’Algérie au sujet du Sahara, aggravées après les événements de l’hôtel Atlas Asni en août 1994. Pourtant, Amr Moussa estimait que ces différends ne devaient pas empêcher l’Égypte de contribuer positivement à l’espace maghrébin.
Au regard de la paralysie dont souffrait l’Union en raison des divergences persistantes entre ses cinq membres, en particulier entre le Maroc et l’Algérie au sujet du différend du Sahara, soulevait bien des interrogations. Sans oublier que les événements de l’hôtel « Atlas Asni » en août 1994 ont porté un coup fatal à l’Union du Maghreb arabe.
Moussa ne considérait pas ces désaccords comme un obstacle à l’adhésion à l’espace maghrébin. Il était convaincu que si chaque organisation ou groupement devait être jugé à l’aune des crises et tensions qu’il traverse, l’Organisation des Nations unies, l’OTAN, l’Union européenne et la Ligue des États arabes auraient été dissoutes. Dès lors, cela n’empêchait nullement l’Égypte de contribuer, avec tout son poids, de manière positive au cadre maghrébin.
Un rêve suspendu
La « Déclaration de Damas » a fini par s’évanouir, et l’Union du Maghreb arabe s’est engagée dans une impasse. Malgré cela, sous l’ère de Hosni Moubarak, l’Égypte n’a pas renoncé à son ambition de rejoindre le giron maghrébin.
Mohamed Benaïssa, alors ministre des Affaires étrangères du Maroc m’avait rapporté que Amr Moussa l’avait contacté pour transmettre au roi Hassan II un message orale exprimant le souhait du Caire d’obtenir le statut d’observateur. Le souverain répondit qu’il œuvrerait pour une adhésion pleine et entière et qu’il s’attèlerait personnellement à en convaincre le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.
Le roi Hassan II quitta ce monde, emportant avec lui le rêve égypto-maghrébin. L’Union du Maghreb entra alors dans un état de mort clinique après l’échec de la tenue du sommet maghrébin à Tripoli, le 25 mai 2005, au terme de longues années sans réunion. Cet échec fit suite à la déclaration du président algérien Abdelaziz Bouteflika, affirmant qu’il n’oublierait pas la question du « Sahara occidental » et qu’il l’inscrirait à l’ordre du jour du sommet, alors même que ce point n’avait pas été convenu comme devant y figurer.
Malgré cela, l’espoir demeure de voir renaître ce projet, à la faveur d’un règlement du différend du Sahara dans le cadre de la souveraineté marocaine. Le train de l’autonomie est parti de Madrid ; reste à bâtir un espace de prospérité de Rabat au Caire, même si la crise libyenne continue de projeter son ombre sur la région.