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L’ex chef de la diplomatie iranienne Zarif pour une sortie politique de la guerre et un accord global avec Washington
Mohammad Djavad a été ministre des Affaires étrangères de l’Iran entre 2013 et 2021, et jouit d’un a priori favorable en Occident.
Dans une analyse, Javad Zarif esquisse les contours d’une sortie de crise pour l’Iran, estimant que la poursuite de la guerre contre les États-Unis et Israël mènerait à une impasse dangereuse. Il plaide pour une transformation de la résilience iranienne en victoire politique, à travers un accord global incluant des concessions nucléaires en échange de la levée des sanctions, tout en soulignant les limites de la puissance militaire et la nécessité d’un règlement durable.
Une guerre sans vainqueur clair
Pour Javad Zarif, l’Iran n’a pas initié le conflit, mais a démontré sa capacité à résister face aux offensives américaines et israéliennes. Malgré les frappes et les opérations ciblées, le pays a su préserver la cohésion de son système politique et de ses institutions. Cette résilience constitue, selon lui, un élément central de l’équation stratégique actuelle.
L’ancien chef de la diplomatie iranienne estime que les objectifs poursuivis par Washington et Tel-Aviv n’ont pas été atteints. Ni le renversement du régime, ni l’imposition d’une capitulation iranienne n’ont été réalisés. Cette situation conduit, selon lui, à une impasse stratégique où aucun des protagonistes ne dispose d’une issue claire.
Toutefois, il reconnaît l’existence, au sein même de l’Iran, de courants favorables à la poursuite du conflit. Pour ces derniers, la résistance doit se traduire par une intensification des combats et une volonté de sanctionner les adversaires. Une option que Zarif considère risquée et contre-productive.
Les risques d’une escalade prolongée
Zarif met en garde contre les conséquences d’une prolongation de la guerre. Selon lui, la poursuite des hostilités entraînerait inévitablement une aggravation du bilan humain, avec davantage de victimes civiles, ainsi qu’une destruction accrue des infrastructures.
Il redoute également une extension du conflit à l’ensemble de la région, voire au-delà, transformant une guerre déjà lourde en une crise d’ampleur mondiale. Dans ce contexte, il appelle les autorités iraniennes à capitaliser sur ce qu’il considère comme une position de force relative, non pas pour prolonger les combats, mais pour ouvrir la voie à une solution politique.
L’objectif, selon lui, doit être de transformer la résilience militaire en victoire diplomatique, en engageant des négociations capables de mettre un terme au conflit actuel tout en évitant un nouveau cycle de confrontation.
Les contours d’un accord global
Au cœur de la proposition de Zarif figure la conclusion d’un accord global avec les États-Unis. Celui-ci reposerait sur des concessions réciproques. Du côté iranien, il s’agirait notamment d’accepter des limitations sur le programme nucléaire, de rouvrir le détroit d’Ormuz, de conclure un accord de non-agression avec Washington et de favoriser une coopération économique entre les deux pays.
En contrepartie, Téhéran exigerait la levée complète des sanctions, la possibilité de commercialiser librement son pétrole, la restitution des revenus qui en découlent et la fin des pressions économiques.
Zarif distingue clairement entre un cessez-le-feu temporaire, qu’il juge fragile et susceptible de s’effondrer rapidement, et un accord de paix global, qu’il considère comme la seule solution viable. Ce dernier devrait traiter les causes profondes du conflit et inclure des engagements précis : renoncement à l’arme nucléaire, réduction du niveau d’enrichissement de l’uranium, mise en place d’une supervision internationale permanente et levée des sanctions internationales et américaines.
Une remise en question des équilibres régionaux
Au-delà de la situation iranienne, Zarif estime que la guerre a révélé plusieurs réalités stratégiques. Il considère que les États-Unis et Israël ne sont pas en mesure de détruire totalement les capacités nucléaires et balistiques de l’Iran. Il en conclut que la puissance militaire, à elle seule, ne permet pas de résoudre ce type de conflit.
Il souligne également que la sécurité régionale ne peut plus reposer exclusivement sur la protection américaine. Selon lui, la guerre a mis en évidence les limites de cette approche, notamment pour certains pays arabes qui, malgré leur volonté de rester à l’écart, se sont retrouvés affectés par le conflit.
Enfin, Zarif tire une leçon à ses yeux essentielle de cette guerre : la véritable force de l’Iran réside autant dans la résilience de sa société plus que dans ses capacités militaires. Il appelle ainsi les dirigeants iraniens à orienter cette force vers un règlement durable, permettant de concentrer les efforts sur l’amélioration des conditions de vie internes plutôt que sur l’enlisement dans une guerre prolongée.