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L’impact des frappes israélo-américaines sur l’Iran : risques pour l’approvisionnement énergétique mondial via le détroit d’Hormuz- Par Hamid Fayou
Une fermeture totale, même temporaire, aurait un effet immédiat sur l’approvisionnement de l’Asie — notamment la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud — qui dépendent massivement des hydrocarbures du Golfe
Les frappes israélo-américaines contre des cibles iraniennes ravivent les tensions dans une région clé pour l’économie mondiale. Au cœur des inquiétudes : le détroit d’Hormuz, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole consommé dans le monde. Flambée des prix, risques logistiques et menace de choc d’offre, Hamid Fayou explique pourquoi cette escalade militaire fait peser une incertitude majeure sur l’approvisionnement énergétique mondial et sur la stabilité économique internationale.

Hamid FAYOU*
Les frappes menées conjointement par les États-Unis et Israël contre des cibles en Iran ont provoqué une vive tension sur les marchés énergétiques internationaux. Cette escalade militaire intervient dans une région qui concentre près d’un tiers de la production mondiale de pétrole. Dès l’annonce des opérations, les marchés ont réagi par une hausse immédiate des cours du brut, traduisant la crainte d’un choc d’offre. Les investisseurs redoutent notamment une riposte iranienne susceptible de perturber le trafic maritime dans le Golfe persique, zone névralgique pour l’économie mondiale.
Le point le plus sensible demeure le détroit d’Hormuz, passage maritime stratégique situé entre l’Iran et Oman. Environ 17 à 20 millions de barils de pétrole par jour y transitent, soit près de 20 % de la consommation mondiale. À cela s’ajoutent près de 25 % des flux mondiaux de gaz naturel liquéfié, principalement en provenance du Qatar. Une fermeture totale, même temporaire, aurait un effet immédiat sur l’approvisionnement de l’Asie — notamment la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud — qui dépendent massivement des hydrocarbures du Golfe.
Dans les heures ayant suivi les frappes, le baril de Brent a enregistré une hausse de plus de 6 %, franchissant le seuil des 75 dollars, tandis que le WTI américain a dépassé les 71 dollars. Les marchés à terme anticipent une volatilité accrue si les tensions persistent. Certains analystes estiment qu’un blocage prolongé du détroit pourrait propulser les prix vers 90 voire 100 dollars le baril. Chaque augmentation de 10 dollars du prix du pétrole pourrait retrancher jusqu’à 0,2 point de croissance au PIB mondial, selon plusieurs estimations d’institutions financières internationales.
Au-delà des prix, les perturbations logistiques constituent une menace majeure. Les primes d’assurance pour les navires traversant le Golfe ont augmenté de 30 à 50 % en quelques jours, renchérissant le coût du transport maritime. Plusieurs compagnies pétrolières auraient temporairement suspendu ou retardé leurs expéditions par mesure de précaution. Or, plus de 30 % du commerce mondial de pétrole transporté par voie maritime passe par cette région, ce qui rend toute instabilité particulièrement préoccupante pour les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Les pays importateurs nets d’énergie, notamment en Europe et en Afrique du Nord, sont particulièrement vulnérables à un choc prolongé. Pour les économies déjà confrontées à des pressions inflationnistes, une nouvelle flambée des prix énergétiques pourrait raviver le spectre de la stagflation. En 2022, lors des tensions liées à la guerre en Ukraine, la hausse des prix du pétrole avait contribué à porter l’inflation mondiale au-delà de 8 %. Un scénario similaire, même partiel, pèserait lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages et sur les coûts de production industriels.
À moyen terme, cette crise pourrait accélérer les stratégies de diversification énergétique. Les États disposant de réserves stratégiques, comme les États-Unis ou la Chine, pourraient puiser temporairement dans leurs stocks pour stabiliser les marchés. L’OPEP+ pourrait également ajuster sa production pour compenser d’éventuelles pertes d’offre iranienne. Toutefois, tant que le détroit d’Hormuz restera exposé à un risque sécuritaire élevé, l’approvisionnement énergétique mondial demeurera fragile, rappelant à quel point la stabilité géopolitique du Golfe conditionne l’équilibre économique international.
* Hamid Fayou est docteur en économie et membre adhérent du Centre africain pour la recherche et les études stratégique