L’impératif de coopération accrue au sein du Conseil de coopération du Golfe - Par Hatim Betioui

L’impératif de coopération accrue au sein du Conseil de coopération du Golfe - Par Hatim Betioui

Un haut panache de fumée noire s'élève à la suite d'une explosion survenue dans la zone industrielle de Fujaïrah à Dubaï, le 3 mars 2026 (Photo AFP)

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Dans un contexte régional marqué par l’incertitude stratégique et l’intensification des tensions autour de l’Iran, Hatim Betioui analyse les options d’avenir qui s’offrent aux pays du Golfe désormais plus que jamais confrontés à une nécessité pressante, : renforcer leur coordination au sein du Conseil de coopération du Golfe pour faire face à des défis sécuritaires et politiques sans précédent.

Hatim Betioui

Un acquis institutionnel fragilisé par les tensions régionales

Lorsque s’est tenue la quarante-sixième session du Conseil de coopération des États arabes du Golfe, le 3 décembre 2025, j’écrivais dans ces colonnes que, indépendamment des résultats détaillés du sommet, sa tenue constituait en soi un acquis majeur. Le Conseil de coopération demeurait en effet le seul bloc régional arabe dont la dynamique reste active, contrairement à l’Union du Maghreb arabe, plongée dans une paralysie structurelle, voire dans un état de mort clinique, en raison du différend maroco-algérien autour du Sahara marocain.

Toutefois, cette image a rapidement été ébranlée par l’émergence de nouvelles données régionales, notamment lorsque le différend saoudo-émirati est venu assombrir l’horizon du Golfe. Cette crise n’a cependant pas suffi à déstabiliser durablement la région, et semble avoir été dépassée face à l’ampleur d’un défi autrement plus grave : la guerre américano-israélienne contre l’Iran, et l’incertitude persistante quant à la capacité de Washington et de Tel-Aviv à trancher définitivement le conflit avec Téhéran.

Une région suspendue à l’incertitude stratégique

Les informations faisant état de discussions américano-iraniennes à Islamabad en vue d’un règlement global du conflit et d’une fin des hostilités confirment que l’incertitude demeure la donnée dominante dans la région, jusqu’à preuve du contraire.

Alors qu’il était question, il y a peu, de quelques semaines pour ramener l’Iran à une posture conforme aux exigences américano-israéliennes, le bras de fer militaire se poursuit entre Washington et Tel-Aviv d’un côté, et Téhéran de l’autre.

Malgré les coups sévères portés à son appareil militaire et l’élimination de plusieurs de ses dirigeants, l’Iran apparaît résilient. Il semble désormais n’avoir d’autre choix que d’adopter une posture radicale, résumée par l’option de la terre brûlée. Cette posture s’est affirmée notamment après que le président américain Donald Trump a menacé de cibler les installations énergétiques iraniennes, suscitant une riposte symétrique de Téhéran, qui a averti qu’elle plongerait toute la région dans une escalade généralisée, comparable à ce que les anciens Arabes désignaient comme « la troisième des calamités », c’est-à-dire l’embrasement total.

La décision ultérieure de Donald Trump de suspendre, pour une durée de cinq jours, puis prorogée de quelques jours, les frappes visant les infrastructures énergétiques iraniennes, afin de laisser une chance aux négociations et d’éviter une escalade militaire globale, illustre la volatilité extrême de la situation.

Un héritage sécuritaire structurant pour le Golfe

Le destin du Golfe semble, depuis plusieurs décennies, étroitement lié à des menaces dont les vents soufflent le plus souvent depuis l’Iran. Toutefois, le premier choc majeur est venu d’un autre front, lorsque les forces de Saddam Hussein ont envahi le Koweït le 2 août 1990, alors même que les États du Golfe avaient soutenu Bagdad durant sa guerre de huit ans contre Téhéran.

Paradoxalement, cette guerre, en rapprochant le danger des frontières des pays du Golfe, a constitué, avec la menace iranienne consécutive à la révolution de 1979 et les craintes liées à son exportation, un catalyseur décisif pour la création du Conseil de coopération des États arabes du Golfe. La nécessité d’une coordination économique, politique et sécuritaire s’est alors imposée comme une exigence stratégique incontournable.

L’heure d’un sursaut collectif

Aujourd’hui, à la lumière des nouvelles réalités régionales et de la persistance d’un climat de défiance à l’égard de l’Iran, les États du Golfe n’ont d’autre choix que de renforcer leur coopération au sein du Conseil.

Tous se trouvent désormais dans la même embarcation, et aucun n’a été épargné par les missiles iraniens. La région se situe à un tournant décisif de son histoire. Plus que jamais, les pays du Golfe sont appelés à privilégier ce qui les unit et à reléguer au second plan ce qui les divise.

À la lumière de cette incertitude persistante, la région se trouve désormais face à plusieurs scénarios possibles.

Des trajectoires stratégiques divergentes

Premier scénario, celui de la persistance de la menace iranienne. Dans ce cas, les États du Golfe seraient appelés à approfondir leur coordination militaire, à relancer les projets de défense commune et à renforcer davantage leurs partenariats avec les États-Unis et les puissances occidentales. Le Conseil de coopération évoluerait alors vers une structure plus cohésive, s’apparentant davantage à une alliance de défense qu’à une union économique.

Le recul de la menace iranienne et d’un changement du comportement expansionniste de Téhéran, dicterait le deuxième scénario. Les pays du Golfe seraient alors conduits à se repositionner et à redéfinir leurs priorités, en passant d’une logique sécuritaire à une dynamique économique. Cela impliquerait l’accélération des projets d’intégration financière, l’émission de la monnaie unique du Golfe, longtemps différée, ainsi que le renforcement des investissements communs.

Le troisième  scénario serait induit par des divergences internes quant aux conséquences de la guerre contre l’Iran. Certains États du Golfe pourraient privilégier l’apaisement avec Téhéran, tandis que d’autres seraient plus enclins à maintenir une posture de confrontation. Dans un tel contexte, le Conseil continuerait d’exister formellement, mais avec une efficacité réduite.

Un avenir conditionné par le niveau de menace

Au regard de ces perspectives, une conviction s’impose : l’avenir du Conseil de coopération des États arabes du Golfe après la guerre contre l’Iran ne dépendra pas seulement de l’issue du conflit mais aussi du niveau de la menace perçue par ses États membres.

En définitive, deux options se dessinent. Soit les défis imposent une logique d’intégration approfondie, soit ils conduisent à la reproduction des divergences anciennes sous de nouvelles formes. Entre ces deux voies, la sécurité restera la boussole, tandis que l’enjeu central consistera à passer d’une posture réactive à la construction d’un partenariat stratégique durable.

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