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Moyen-Orient : Le pétrole comme arme, L’Iran et les pays du Golfe comme cible, la région comme champ de bataille
Un homme joue avec son chien au parc Pardisan à Téhéran, le 5 avril 2026, insouciance ou posture ? (Photo AFP)
Au 37e jour d’un conflit entré dans sa sixième semaine, la guerre au Moyen-Orient s’intensifie sur tous les fronts. Entre frappes israélo-américaines en Iran, ripostes de Téhéran visant les infrastructures énergétiques du Golfe et tensions persistantes au Liban et en Irak, la région s’enfonce dans une spirale de confrontation. Malgré l’évocation par Donald Trump d’un possible accord avec l’Iran, les dynamiques militaires et stratégiques rendent toute désescalade incertaine.
Une pression militaire accrue sur fond de bras de fer diplomatique
Depuis le lancement, le 28 février, de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, le conflit n’a cessé de gagner en intensité et en complexité. Au 37e jour, les signaux envoyés par les différentes parties oscillent entre ouverture diplomatique et surenchère militaire. Le président américain Donald Trump a affirmé qu’il existait de “bonnes chances” de parvenir à un accord avec Téhéran, à la veille de l’expiration de son ultimatum. Cette déclaration, qui laisse entrevoir une possible issue politique, s’accompagne toutefois de menaces explicites visant les infrastructures iraniennes en cas d’échec des négociations.
Sur le terrain, la logique militaire prévaut. Des frappes israélo-américaines ont ciblé l’aéroport international Qassem Soleimani, dans le sud-ouest de l’Iran, ainsi que plusieurs positions stratégiques liées aux Gardiens de la Révolution. Selon des sources iraniennes, au moins cinq membres de cette force d’élite ont été tués dans le nord-ouest du pays. Ces opérations s’inscrivent dans une stratégie visant à affaiblir les capacités militaires et logistiques de la République islamique.
Israël, de son côté, a intensifié son discours offensif. Son ministre de la Défense a menacé de “paralyser” l’Iran en s’attaquant directement à ses centres de pouvoir et à ses infrastructures critiques. Une telle rhétorique traduit un durcissement de la posture israélienne, alors que les tirs de missiles iraniens vers le territoire israélien se poursuivent.
En parallèle, l’Irak apparaît de plus en plus comme un théâtre périphérique du conflit. Des groupes armés pro-iraniens y ont mené des attaques contre des installations diplomatiques américaines, notamment à Bagdad. Ces actions illustrent l’élargissement du conflit à des zones d’influence indirectes, renforçant le risque d’une régionalisation accrue des hostilités.
Le Golfe au cœur d’une guerre énergétique stratégique
Au fil des jours, la dimension énergétique du conflit s’impose comme l’enjeu central. Les attaques iraniennes contre les infrastructures du Golfe témoignent d’une stratégie visant à peser sur l’économie mondiale en perturbant les flux d’approvisionnement en pétrole et en énergie. Au Koweït, des drones ont causé des dégâts importants à des installations pétrolières, ainsi qu’à des centrales électriques et à des unités de dessalement d’eau, essentielles dans cette région aride.
Les Émirats arabes unis ont également été touchés. Un incident a été signalé dans le port stratégique de Khor Fakkan, à proximité du détroit d’Ormuz, où des projectiles sont tombés près d’un navire commercial. À Abou Dhabi, des incendies se sont déclarés dans une usine pétrochimique après l’interception de missiles iraniens, provoquant la suspension temporaire des activités industrielles.
À Bahreïn, une attaque de drone a entraîné l’incendie d’un réservoir de la compagnie pétrolière nationale Bapco. Bien que rapidement maîtrisé, cet incident souligne la vulnérabilité des installations énergétiques face à des attaques ciblées. Dans l’ensemble du Golfe, les infrastructures stratégiques apparaissent désormais comme des cibles privilégiées dans cette guerre asymétrique.
Le détroit d’Ormuz, passage clé pour le transit du pétrole mondial, reste au centre des préoccupations. Oman a indiqué avoir engagé des discussions avec l’Iran en vue de sa réouverture, explorant différentes options diplomatiques pour garantir la sécurité de cette voie maritime essentielle. Toute perturbation durable de ce corridor pourrait avoir des répercussions majeures sur les marchés énergétiques mondiaux.
Dans ce contexte de forte tension, les membres de l’Opep+ doivent se réunir pour décider d’une éventuelle augmentation de la production pétrolière. La Russie, l’Arabie saoudite et plusieurs États du Golfe, directement affectés par les attaques, sont confrontés à un dilemme entre stabilisation des marchés et gestion des risques sécuritaires.
Des conséquences humaines et sécuritaires de plus en plus lourdes
Au-delà des enjeux géopolitiques et économiques, le conflit continue de produire un lourd bilan humain. Au Liban, les frappes israéliennes ont fait des milliers de victimes civiles. Dans le sud du pays, une même famille a été décimée lors d’un bombardement, tandis que dans la banlieue sud de Beyrouth, une frappe à proximité de l’hôpital Rafic Hariri a causé des morts et des dizaines de blessés. Ces attaques illustrent l’extension du conflit à des zones densément peuplées, avec des conséquences dramatiques pour les populations civiles.
En Iran, les opérations militaires se poursuivent avec une intensité variable. Une mission américaine visant à secourir un pilote dont l’avion s’était écrasé a donné lieu à des affrontements meurtriers. Si Washington affirme que le militaire est désormais “sain et sauf”, bien que gravement blessé, les autorités iraniennes évoquent des pertes importantes infligées aux forces américaines lors de cette opération.
Le climat intérieur en Iran reste également marqué par une forte tension. Les autorités ont annoncé l’exécution de deux hommes accusés d’avoir collaboré avec Israël et les États-Unis, dans un contexte de répression accrue des menaces perçues contre la sécurité nationale.
Par ailleurs, les infrastructures civiles continuent d’être affectées par les combats. Des installations pétrochimiques ont été endommagées dans le sud-ouest de l’Iran, tandis que dans les pays du Golfe, les attaques contre les unités de dessalement fragilisent l’accès à l’eau potable, ressource vitale dans cette région désertique.
Une région au bord de la bascule
Alors que la guerre entre dans sa sixième semaine, la perspective d’une désescalade apparaît incertaine. Les initiatives diplomatiques, bien que présentes, peinent à contenir une dynamique de confrontation marquée par la multiplication des fronts et l’implication croissante d’acteurs régionaux.
Le conflit ne se limite plus à une opposition directe entre l’Iran et l’axe américano-israélien. Il s’étend désormais à l’ensemble du Moyen-Orient, avec des répercussions sur les équilibres sécuritaires, économiques et énergétiques à l’échelle mondiale. La guerre prend ainsi les contours d’un affrontement systémique, où chaque acteur cherche à défendre ses intérêts stratégiques dans un environnement de plus en plus instable.
Dans ce contexte, l’éventualité d’un accord évoquée par Washington apparaît fragile. Entre menaces militaires, attaques ciblées et tensions énergétiques, la région semble engagée dans une séquence critique, dont l’issue demeure incertaine. Le président américain a donné au Téhéran jusqu’à mardi pour obtempérer et conclure un accord et rouvrir le détroit d’Ormuz sous peine de déclencher l’enfer en Iran. Il n’en est pas à se premier ultimatum, celui-ci sera-t-il le bon pour le pire ?