International
Moyen-Orient : l’Iran célèbre sa résistance, les pourparlers patinent
Des Iraniens participent à un rassemblement en soutien à l’invisible guide suprême du pays, Mojtaba Khamenei (sur la photo), et célèbrent l'Aïd al-Ghadir à Téhéran, le 4 juin 2026.
Le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a affirmé que les États-Unis et Israël avaient subi un « revers cuisant » dans la guerre contre l’Iran, alors que les discussions indirectes entre Washington et Téhéran demeurent bloquées sur plusieurs dossiers sensibles, notamment le Liban et le programme nucléaire iranien. Sur le terrain, la reprise des incidents militaires dans le Golfe et les tensions persistantes entre Israël et le Hezbollah compliquent davantage les perspectives d’un accord.
Téhéran - Le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a assuré jeudi que les Etats-Unis et Israël avaient subi un "revers cuisant" dans la guerre contre son pays, au moment où les négociations de paix entre Washington et Téhéran butent notamment sur la question du Liban.
Son message a été lu en public à l'occasion de la commémoration à Téhéran de la mort il y a 37 ans du fondateur de la République islamique, Rouhollah Khomeini, au lendemain d'une manifestation d'optimisme par Donald Trump, qui a jugé possible un accord avec l'Iran ce week-end, malgré la reprise des attaques dans le Golfe.
Craignant fort probablement les dissension du front intérieur, Mojtaba Khamenei écrit que "eur principal outil" pour affaiblir l'Iran "est de semer les graines du doute, du désespoir, de la peur, de la méfiance et de la division", ajoutant que "l'ennemi" a subi un "revers cuisant sur le champ de bataille".
"Chacun doit, par (...) la préservation de l’unité et de la cohésion, la confiance mutuelle et le refus de relayer la propagande de l’ennemi, neutraliser son sinistre complot", ajoute le guide suprême, qui a succédé à son père, Ali Khamenei, tué le 28 février au premier jour de l'offensive israélo-américaine, avec d'autres hauts responsables.
Depuis sa désignation début mars, il n'est jamais apparu en public, seules des déclarations écrites lui étant attribuées.
Selon des images de la télévision d'Etat, dans la foule rassemblée au mausolée de l'ayatollah Khomeini, des fidèles agitaient le drapeau de la République islamique ou du Hezbollah libanais, soutenu par Téhéran et en guerre contre Israël, leur ennemi commun.
"Arrêter la mascarade"
"On me dit que les négociations se passent très bien", leur conclusion "pourrait être ce week-end", a affirmé mercredi le président américain, sans exclure qu'elles échouent.
Pressé de trouver une issue, Donald Trump a laissé entrevoir plusieurs fois un accord proche, sans résultat tangible, tandis que sur le terrain, de nouveaux affrontements entre l'Iran et les Etats-Unis dans le Golfe fragilisent le cessez-le-feu entré en vigueur depuis le 8 avril.
Confirmant le mécontentement suscité aux Etats-Unis par un conflit qui fait grimper les prix de l'énergie, la Chambre des représentants a voté une résolution - de portée symbolique en raison du droit du veto présidentiel - ordonnant un retrait des troupes américaines engagées dans le conflit.
M.Trump a fustigé un vote "antipatriotique". "Ils savent bien où en sont les négociations", a-t-il écrit sur son réseau Truth Social.
Un des points d'achoppement pour conclure un accord est la question du Liban, où s'affrontent Israël et le Hezbollah.
Téhéran a averti mercredi du risque de "reprise à grande échelle de la guerre" en cas d'attaque israélienne contre Beyrouth.
Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a indiqué jeudi que son mouvement réclamait un "cessez-le-feu global" au Liban et le retrait israélien du sud du pays.
Il a appelé les autorités libanaises à "arrêter la mascarade" des négociations avec Israël au lendemain de l'annonce d'un accord à Washington, à l'issue d'une quatrième session de discussions, qui prévoit un cessez-le-feu conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah.
Le mouvement chiite a informé les autorités libanaises de son refus de cet accord, a indiqué à l'AFP un responsable du Hezbollah qui a requis l'anonymat.
Dans un message diffusé par la chaîne de son parti, Naïm Qassem a prévenu qu'il n'y aurait pas de sécurité pour le nord d'Israël sans sécurité pour les villages du sud du Liban, où Israël mène des frappes quotidiennes depuis des semaines, malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril.
Attaques contre le Koweït
Israël a annoncé se réserver le droit de frapper Beyrouth en cas d'attaque sur son sol, et affirmé que l'accord prévoyait "à ce stade" le maintien de son armée dans la zone frontalière du sud du Liban.
L'armée israélienne a rapporté dans la matinée une "infiltration d'appareil hostile" dans le nord du pays, et le Hezbollah a revendiqué des attaques nocturnes contre des positions israéliennes au Liban.
Contrairement à Téhéran, Washington veut, selon Donald Trump, "séparer" le cas libanais des discussions avec l'Iran.
Autre point de désaccord: le sort de l'uranium hautement enrichi de l'Iran, que les Etats-Unis et Israël accusent de vouloir se doter de l'arme atomique.
Les hostilités ont repris ces derniers jours, en particulier autour du détroit d'Ormuz, voie stratégique pour les hydrocarbures verrouillée par Téhéran, faisant repartir à la hausse les cours du pétrole.
Le Koweït a accusé mercredi l'Iran d'une attaque meurtrière (un mort et 63 blessés) contre son aéroport, disant avoir été visé au total par 13 missiles balistiques et 17 drones iraniens.
L'Iran a démenti avoir attaqué l'aéroport, affirmant avoir ciblé une base aérienne au Koweït, ainsi qu'une base navale américaine à Bahreïn en riposte à des frappes américaines sur l'île Qeshm, et un pétrolier iranien. Le Koweït a réagi en diffusant les images de vidéosurveillance de la Direction générale de l'aviation civile du Koweït montrant une explosion survenue le 3 juin 2026 à la suite d'une frappe de drone au terminal T1 de l'aéroport international du Koweït, démentant les déclarations iraniennes qui prétendent avoir visé seulement une base américaine. (Quid avec AFP)