International
Nucléaire civil et transition énergétique : le Maroc décline ses trois fondamentaux à Paris
Réunis à Paris à l’occasion du deuxième Sommet international sur l’énergie nucléaire, chefs d’État et de gouvernement, responsables d’organisations internationales et acteurs industriels ont débattu du rôle du nucléaire civil face aux défis énergétiques et climatiques mondiaux
Réunis à Paris à l’occasion du deuxième Sommet international sur l’énergie nucléaire, chefs d’État et de gouvernement, responsables d’organisations internationales et acteurs industriels ont débattu du rôle du nucléaire civil face aux défis énergétiques et climatiques mondiaux. Représentant le Roi Mohammed VI, le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch a présenté la vision marocaine d’un mix énergétique diversifié où l’intégration progressive du nucléaire civil s’inscrit dans la continuité de la stratégie nationale de transition énergétique.
Un sommet international consacré à l’avenir du nucléaire civil
Les travaux du deuxième Sommet international sur l’énergie nucléaire se sont ouverts mardi à Paris à l’initiative du président français Emmanuel Macron, en partenariat avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Cette rencontre de haut niveau intervient dans un contexte mondial marqué par l’augmentation rapide de la demande en électricité et par l’accélération des politiques de décarbonation engagées par de nombreux États.
Le Maroc participe à cette réunion internationale avec une délégation conduite par le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch, représentant le Roi Mohammed VI. La délégation comprend également le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, le directeur général de l’Agence marocaine de sûreté et de sécurité nucléaires et radiologiques (AMSSNuR), Saïd Mouline, ainsi que l’ambassadrice du Royaume du Maroc en France, Samira Sitail.
Organisé après une première édition tenue à Bruxelles en mars 2024, ce sommet réunit chefs d’État et de gouvernement, représentants d’organisations internationales, institutions financières, industriels et experts du secteur énergétique. L’objectif est de débattre du rôle du nucléaire civil dans la sécurité énergétique mondiale et dans la transition vers une production d’électricité à faibles émissions de carbone.
Les organisateurs souhaitent faire de cette rencontre un espace politique de référence pour accompagner le développement du nucléaire civil, en complément du travail technique mené par l’AIEA. Le sommet intervient également à l’approche de plusieurs échéances internationales prévues en 2026, notamment la conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.
La vision marocaine d’un mix énergétique diversifié
Prenant la parole lors de l’ouverture du sommet, Aziz Akhannouch a rappelé que la stratégie énergétique du Maroc, lancée en 2009 sous l’impulsion du souverain, repose sur trois piliers fondamentaux : la diversification du mix énergétique, le développement massif des énergies renouvelables et le renforcement de la sécurité énergétique nationale.
Dans cette perspective, le Chef du gouvernement a indiqué que l’intégration progressive et responsable du nucléaire civil dans le mix énergétique national constitue un prolongement naturel de cette stratégie. Selon lui, le Maroc dispose aujourd’hui d’un socle scientifique et institutionnel solide pour accompagner une telle évolution.
Les résultats enregistrés dans le domaine des énergies renouvelables illustrent déjà l’orientation prise par le Royaume. À la fin de l’année 2025, celles-ci représentaient plus de 46 % des capacités installées du système électrique marocain. L’objectif fixé par les autorités nationales est d’atteindre 52 % avant 2030.
Cette dynamique s’inscrit dans une transformation globale des systèmes énergétiques mondiaux, rendue nécessaire par l’accélération du changement climatique, l’augmentation de la demande en énergie et les fragilités des chaînes d’approvisionnement internationales.
Les multiples usages du nucléaire civil
Au-delà de la production d’électricité, le nucléaire civil ouvre selon le Chef du gouvernement de nouvelles perspectives dans plusieurs domaines stratégiques. Il peut notamment contribuer à la production d’hydrogène vert, au dessalement de l’eau de mer, au développement de la médecine nucléaire ou encore à la sécurité alimentaire.
Aziz Akhannouch a également souligné que les gisements phosphatiers du Maroc, qui contiennent des quantités significatives d’uranium naturel, confèrent au Royaume une dimension stratégique supplémentaire dans le débat international sur le nucléaire civil.
Cette position s’inscrit dans un cadre de coopération internationale que Rabat considère essentiel pour le développement sûr et responsable de cette technologie. Le Maroc est en effet partie à l’ensemble des instruments internationaux relatifs au désarmement et à la non-prolifération nucléaire.
Dans ce contexte, le Royaume affirme également sa volonté de contribuer au renforcement des capacités scientifiques et réglementaires des pays africains dans le domaine nucléaire, notamment à travers les mécanismes de coopération Sud-Sud.
Nucléaire, climat et sécurité énergétique
Le débat international autour du nucléaire civil s’inscrit désormais dans une réflexion plus large sur la sécurité énergétique et les objectifs climatiques mondiaux. Selon plusieurs organisations internationales, l’énergie nucléaire pourrait jouer un rôle important dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Aziz Akhannouch a rappelé à ce propos que la conférence des Nations unies sur le climat COP28 a reconnu le nucléaire comme une technologie bas carbone susceptible de contribuer à l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050.
Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques et par la volatilité des marchés énergétiques, la stabilité énergétique est devenue, selon lui, un enjeu de souveraineté pour les États. L’évolution des systèmes énergétiques apparaît ainsi comme l’un des défis majeurs du XXIe siècle.
Pour les participants au sommet, la question centrale consiste désormais à concilier développement du nucléaire civil, exigences de sûreté, impératifs climatiques et acceptabilité sociale.
Dialogue diplomatique en marge du sommet
En marge des travaux du sommet, le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita s’est entretenu à Paris avec son homologue français Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.
Cette rencontre a permis d’aborder les relations bilatérales entre le Maroc et la France ainsi que plusieurs questions régionales et internationales d’intérêt commun. Les discussions se sont déroulées dans le contexte plus large de la participation marocaine au sommet consacré à l’énergie nucléaire.
Le dialogue diplomatique engagé à cette occasion illustre l’importance accordée par les deux pays aux enjeux énergétiques et climatiques, mais également aux perspectives de coopération dans des domaines stratégiques.
Un enjeu stratégique pour les décennies à venir
Pour les organisateurs, le sommet de Paris vise avant tout à favoriser l’émergence d’initiatives concrètes et de partenariats entre États, institutions financières, organisations internationales et industriels du secteur énergétique.
Le développement du nucléaire civil est aujourd’hui envisagé comme l’un des leviers susceptibles de contribuer à la sécurité énergétique mondiale, tout en accompagnant la transition vers des économies bas carbone.
Dans cette perspective, les transformations énergétiques engagées aujourd’hui devraient façonner durablement les équilibres économiques et géopolitiques de demain.
Pour le Maroc, l’enjeu consiste à poursuivre sa stratégie de diversification énergétique tout en consolidant sa place dans les grands débats internationaux sur l’avenir de l’énergie.