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Quand Obama s'offre, à son tour, un monument à sa gloire
Une statue représentant l'ancien président Barack Obama et la première dame Michelle Obama trône sur le campus du Centre présidentiel Obama, le 3 juin 2026 à Chicago, dans l'Illinois. L'Obama Presidential Center, qui comprend un musée, une bibliothèque, une aire de jeux et un terrain de basket, ouvre ses portes au public le 19 juin (Photo via AFP)
À quelques jours de son inauguration à Chicago, le Centre présidentiel de Barack Obama suscite déjà de vifs débats aux États-Unis. Conçu comme un espace dédié à l’engagement citoyen, à la mémoire de sa présidence et à la transmission aux nouvelles générations, ce complexe de 850 millions de dollars impressionne par son architecture monumentale autant qu’il divise par son esthétique et sa symbolique, dans un pays où les bibliothèques présidentielles constituent de véritables marqueurs de l’héritage politique des anciens chefs d’État.

Le Centre présidentiel Obama à Chicago, dans l'Illinois. Le Centre présidentiel Obama, qui comprend un musée, une bibliothèque, une aire de jeux et un terrain de basket, ouvrira ses portes au public le 19 juin. (Photo via AFP)
Chicago, États-Unis - Certains le surnomment "l'Obamalisque", d'autres le comparent à un vaisseau de la saga Star Wars. Le centre présidentiel à 850 millions de dollars de Barack Obama à Chicago fait sensation, avant même que l'ancien président démocrate ne l'inaugure le 18 juin.
Le bâtiment est le dernier en date, et peut-être le plus audacieux, de ce genre de monuments que les dirigeants américains se font ériger après avoir quitté leurs fonctions.
Sa pièce maîtresse : un obélisque en granit de 69 mètres quasiment sans fenêtres, qui abrite le musée consacré au premier président noir des États-Unis.
Les responsables de l'Obama Presidential Center font valoir que le monument reflète les messages essentiels de sa présidence (2010-2018). "C'est un foyer permanent pour l'espoir", assure sans détour Valerie Jarrett, directrice générale de la Fondation Obama et ex-proche conseillère à la Maison Blanche d'Obama.
Le musée monolithique constitue le point d'ancrage du vaste site du South Side de Chicago, où Barack et Michelle Obama ont longtemps vécu. Aux côtés d'un gymnase de basket, d'une vaste aire de jeux et d'une bibliothèque numérique, quand les 15 autres bibliothèques présidentielles officielles sont matérialisées.
"Obama burger"
L'ancien président a été très impliqué dans la conception — parfois même trop, avoue Valérie Jarrett. "C'est un architecte frustré, d'une certaine façon, et il avait beaucoup de choses à dire sur la manière dont le bâtiment était conçu".
Et qu'importe si le complexe s'élève sur ce qui était auparavant un vaste espace vert, provoquant la protestation de certains habitants. Pour la Fondation, il se devait de s'ériger au cœur de la communauté.
L'édifice est surmonté d'énormes lettres de pierre formant une partie d'un discours qu'Obama a prononcé en 2015 à Selma, en Alabama, berceau du mouvement des droits civiques. Une statue du couple présidentiel, légèrement plus grande que nature, le montre en train de saluer pour accueillir les visiteurs.
Tout en haut se trouve une spectaculaire "Sky Room", avec vue sur Chicago, où les visiteurs peuvent littéralement regarder à travers les mots du discours. Un restaurant propose un "Obama Burger" pour 15,50 dollars.
Le premier étage présente des objets de la jeunesse du président, dont un moulage de l'empreinte de sa main. Le deuxième revient sur sa victoire à l'élection de 2008, le troisième célèbre les réalisations de sa présidence.
Une réplique exacte du Bureau ovale, où les visiteurs peuvent s'asseoir derrière le Resolute Desk grandeur nature, fait sensation. Son minimalisme tranche avec les dorures chères à Donald Trump.
"Inspirer"
De fait, le milliardaire républicain est probablement le fantôme de la visite, lui qui a tenté de démanteler tout ce que son adversaire démocrate avait accompli.
"Nous ne nous concentrons pas sur une tranche étroite et particulière" de l'héritage d'Obama, assure pourtant à l'AFP Michael Strautmanis, directeur des Affaires institutionnelles de la Fondation. "Il s'agit surtout d'inspirer de nouveaux dirigeants".
Les échos sont partagés : le New York Times qualifie l’architecture de "froide et dissuasive", tandis que le Washington Post évoque une "faille temporelle". Donald Trump — qui n'apprécie ni Obama ni l'architecture moderne — l'a pour sa part comparé à une poubelle.
"C'est un édifice repère, c'est le marqueur d'une présidence particulière", justifie Billie Tsien, architecte du projet avec Tod Williams.
Obama s'est lui-même moqué des comparaisons avec Star Wars, apparaissant dans une vidéo aux côtés de l'acteur Mark Hamill (Luke Skywalker), avec le musée en arrière-plan. "Ce n'est pas un monument à mon héritage, c'est une porte d’entrée vers le vôtre", se défend le président.
Pendant ce temps, l'actuel locataire de la Maison Blanche, très jaloux de sa propre grandeur, a annoncé un projet de Trump Presidential Library à Miami, avec son propre Bureau ovale et un avion Air Force One. (AFP)