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Référendum en Italie : l'échec de la réforme judiciaire de Giorgia Meloni - Par Mustapha Sehimi
La victoire du non au référendum sur la réforme judiciaire portée par Giorgia Meloni est un revers inédit pour la dirigeante d'extrême droite, tant le résultat était difficilement prévisible.
Le rejet par référendum de la réforme judiciaire portée par Giorgia Meloni marque un tournant politique en Italie. Au-delà de la question de l’indépendance de la magistrature, ce scrutin s’apparente, explique Mustapha Sehimi, à un désaveu personnel pour la cheffe du gouvernement, révélant des fractures profondes dans la société italienne et ouvrant une séquence d’incertitude à l’approche des législatives de 2027.

Mustapha Sehimi
Professeur de droit (UMV Rabat), Politologue
Giorgia Meloni se trouvait face à un défi politique capital. Les Italiens lui ont infligé un revers cuisant, le « non » l'a emporté lors d'un référendum sur la justice. Lors d'un référendum de deux jours, près de 54 % des électeurs ont dit non aux projets de réorganisation du système judiciaire, contre environ 46% pour le oui.
Le projet a profondément divisé le pays. Et pour cause ; au cœur de cette consultation s'est jouée la préservation de l'indépendance du pouvoir judiciaire italien. Les 22 et 23 mars 2026, les Italiens se sont donc prononcés par référendum sur une réforme constitutionnelle de la justice d'une ampleur inédite. Ce projet, l'un des piliers du programme de la Première ministre Giorgia Meloni, vise à redéfinir les équilibres internes de la magistrature en séparant nettement les fonctions du parquet et du juge du siège, aujourd'hui exercées au sein d'un corps unique et autonome. Depuis plusieurs semaines, le pays vit au rythme d'un débat omniprésent : médias, réseaux sociaux, universités, partis, syndicats et associations sont devenus autant d'arènes de confrontation. Aux côtés des responsables politiques, magistrats, avocats et professeurs de droit, de nombreuses figures du monde culturel et artistique prennent publiquement part à la campagne. Si l'instrument référendaire favorise la polarisation, l'intensité du débat dépasse la seule logique plébiscitaire. Cette consultation joue l'équilibre des pouvoirs et, plus particulièrement, la préservation de l'indépendance du pouvoir judiciaire italien.
La réforme entendait séparer les carrières des juges et des procureurs et modifier le fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), l'organe qui supervise tous les magistrats. Elle prévoyait par ailleurs une "modification de la Constitution" et l'instauration d'une nouvelle "Haute Cour disciplinaire" composée de 15 membres". Giorgia Meloni avait fait de ce projet "l'un des points majeurs de son programme lors de son arrivée au pouvoir en 2022".
Participation plus forte qu'attendu
Cette victoire du non est un revers inédit pour la dirigeante d'extrême droite, tant le résultat était difficilement prévisible. "Ce fut une campagne caractérisée par un ton dur et plusieurs déclarations scandaleuses qui ont conduit à une plus grande mobilisation des électeurs de centre-droit, initialement moins engagés", analyse le quotidien "Le Corriere della Sera". C'est parmi les étudiants que l'on observe le taux de participation le plus élevé et, d'une manière générale, c'est chez les plus jeunes que l'abstention est la plus faible : la génération Z, âgée de 18 à 28 ans, affiche un taux de participation de 67 %, dont 58,5 % en faveur du "non". Le taux de participation a atteint un niveau record de 58,5 %, selon les données du ministère italien de l'Intérieur, contredisant les prévisions qui tablaient sur un faible taux. Le contexte international, lourd de menaces, était aussi défavorable à la cheffe du gouvernement, remettant en question le positionnement d'une présidente du Conseil qui avait fait le choix initial de l'alignement sur l'administration Trump .Enfin, à quelques jours du scrutin, les révélations de presse sur les connexions mafieuses, personnelles comme commerciales, entretenues avec des représentants de la mafia calabraise par le sous-secrétaire d'État à la justice, Andrea Delmastro Delle Vedove, n'ont pas joué en faveur du camp du oui : tant s’en faut.
Un avertissement avant les législatives de 2027
Ainsi, "la campagne pour ou contre cette réforme a viré en un référendum pour ou contre Giorgia Meloni. Son statut d'invincibilité s'est brisé dans les urnes. Le référendum s'est concentré sur sa personne, au risque de la voir subir le même sort que Matteo Renzi. Il y a tout juste dix ans, le président du Conseil de centre gauche avait dû démissionner après avoir perdu un référendum sur un projet de réforme du Parlement, Ces résultats ont ainsi donné de l'espoir à l'opposition, qui voit aussi l'occasion de pousser la dirigeante italienne vers la sortie.
La Première ministre ne compte cependant pas quitter le gouvernement. À l'approche du vote, la présidente du Conseil avait exclu de démissionner en cas de victoire du "non" : "Les Italiens ont tranché. Et nous respectons cette décision [...]. Mais cela ne change rien à notre engagement de continuer, avec sérieux et détermination, à œuvrer pour le bien de la nation et à honorer le mandat qui nous a été confié", a-t-elle déclaré. Pourtant, le résultat du référendum annonce ce qui pourrait se passer lors des législatives de 2027, où Giorgia Meloni "jouera son avenir". Pour garder le pouvoir, Meloni cherchera sans doute à accélérer une réforme de la loi électorale qui vise à donner une importante prime de majorité au parti qui dépasse les 40 % aux législatives.