International
Relation spéciale en turbulence : Londres face à la guerre commerciale américaine – Par Abdelghani Aouifia

Donald Trump et Keir Starmer, le 27 février à Washington. (Carl Court/AFP)
Alors que Washington impose de lourds tarifs douaniers à ses partenaires, la "relation spéciale" entre le Royaume-Uni et les États-Unis vacille. Malgré les efforts du Premier ministre Keir Starmer pour préserver un accord bilatéral, Londres n’échappera pas à ces taxes, estime Abdelghani Aouifia, correspondant de MAP à Londres. Un choc économique à venir qui met, éctit-il, à rude épreuve l’alliance historique et ravive les critiques internes sur la gestion des négociations commerciales par le gouvernement britannique.
Par Abdelghani AOUIFIA
Londres - Inventée par Winston Churchill en 1946 dans son célèbre discours « Iron Curtain », ou rideau de fer, face à l’ancienne Union Soviétique, l’expression « relation spéciale » a depuis lors façonné les liens anglo-américains, les deux pays cimentant leur alliance au fil des ans.
Presque 80 ans après, cette relation spéciale semble plus que jamais remise en question. Elle se heurte à « un rideau de fer » d’une nature entièrement différente. Ce rideau prend cette fois-ci l’allure d’une guerre commerciale que l’Oncle Sam déclare à ses rivaux économiques. Aucune exception n’est faite.
Le Royaume-Uni sera-t-il traité sur le même pied d’égalité que les autres pays qui seront frappés par les tarifs douaniers que Washington imposera dès le 2 avril ? Telle est la question qui revenait sur les lèvres des Britanniques ces dernières semaines.
Depuis l’élection de Donald Trump, le Premier ministre britannique Keir Starmer n’a épargné aucun effort pour se rapprocher de la nouvelle Administration républicaine. Il affirmait que la relation spéciale allait se renforcer.
Il se disait convaincu que les relations entre les deux alliés continueront de prospérer, conquérant de nouveaux territoires et consacrant une alliance stratégique : de la croissance économique à la sécurité en passant par l’innovation et les technologies.
Depuis sa visite à Washington où il a rencontré Trump en février dernier, Starmer a tout mis en œuvre pour conclure un nouvel accord commercial avec les Etats-Unis. Pour lui, l’accord est le meilleur moyen de contourner les redoutables tarifs douaniers de 25% que l’Administration US va imposer sur les importations dès ce mercredi, proclamé « jour de libération » par Washington.
Cependant, les tractations sont trop compliquées, de l’avis des négociateurs britanniques. Face à cette situation, le gouvernement Starmer a reconnu que le Royaume-Uni n’échappera pas aux tarifs américains.
« Nous nous préparons à toutes les éventualités en prévision des annonces attendues du président Trump », a dit le porte-parole de Downing Street.
Le gouvernement britannique est conscient que l’inclusion du Royaume-Uni dans la liste des pays touchés par les tarifs va compliquer davantage sa mission de sortir l’économie de sa léthargie.
Le PIB du pays sera sabré de 0,6% d’ici 2026 en raison de ces tarifs, indique l’Office for Budget Responsibility (OBR), l’organisme de surveillance des dépenses du gouvernement britannique. Ce chiffre pourrait atteindre 1% si Londres décide d’imposer des droits de rétorsion.
Mais cette rétorsion n’est pas sur la table. En dépit des conséquences désastreuses pour l’économie britannique, le gouvernement continue d’afficher une position conciliatoire. Il est même prêt à faire des concessions aux Américains pour protéger les exportations britanniques, estimées à 60 milliards de livres Sterling par an.
Londres réagira « avec calme et sérénité », indique une source proche de Downing Street. La presse londonienne rapporte, toutefois, que le gouvernement britannique a offert des concessions aux Américains notamment dans les domaines agricole et technologique.
Selon le Guardian, les grandes entreprises technologiques américaines se sont vues proposer une réduction d’impôts significative en échange de tarifs douaniers plus bas de la part de l’Administration Trump.
Le Royaume-Uni se trouve bel et bien comme l’a affirmé le secrétaire d’État au commerce, Jonathan Reynolds, « dans un tournant très grave ».
Les difficultés du gouvernement travailliste font bien évidemment les choux gras de l’opposition conduite par le parti conservateur. Pour les Tories le labour « n’a pas réussi à protéger les entreprises britanniques ».
« C’est la preuve supplémentaire que lorsque le parti travailliste négocie, la Grande-Bretagne perd », a lancé Kemi Badenoch, cheffe du parti conservateur.
Entretemps, les analystes s’attendent à un assombrissement des horizons de l’économie britannique. Les tarifs américains menacent de balayer les drastiques et douloureuses coupes budgétaires décrétées récemment par le labour dans l’espoir de ressusciter une économie moribonde.