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RU : Travaillistes et conservateurs fragilisés dans un paysage politique en mutation – Par Abdelghani AOUIFIA
Le leader du parti Reform UK, Nigel Farage, pendant qu'il s'exprime lors d'une conférence de presse du parti dans le centre de Londres, le 17 février 2026, pour annoncer la composition de son « cabinet fantôme ». (Photo de CARLOS JASSO / AFP)
À l’approche d’importantes échéances électorales en Angleterre, en Écosse et au Pays de Galles, le bipartisme britannique vacille. Abdelghani Aouifia du bureau de la MAP à Londres explique comment travaillistes et conservateurs, longtemps piliers du système politique du Royaume-Uni, voient leur base électorale s’effriter face à la montée de nouvelles forces, au premier rang desquelles Reform UK. Entre leadership contesté, bilan économique morose et recomposition idéologique, le paysage politique britannique entre dans une phase d’incertitude inédite.
Abdelghani Aouifia
Londres - Le parti travailliste et son rival conservateur, piliers du légendaire bipartisme britannique, semblent à la croisée des chemins, fragilisés dans un paysage politique en mutation où les équilibres électoraux sont bousculés avec l’arrivée de nouveaux acteurs inattendus.
A peine un an et demi après son retour triomphal au pouvoir après 14 années dans l’opposition, le Labour du Premier ministre Keir Starmer, a beaucoup perdu de sa popularité. Selon un dernier sondage, les travaillistes sont à seulement 19% des intentions de vote, loin derrière Reform UK, le parti d’extrême droite de Nigel Farage, premier avec 28%. Les conservateurs, principale formation d’opposition dans l’actuel parlement, sont troisièmes avec un modeste score de 16%.
Ces résultats sont révélateurs d’autant plus qu’ils interviennent à l’approche des élections communales en Angleterre et parlementaires en Ecosse et au Pays Galles, prévues le 7 mai prochain.
Les analystes s’accordent que la dégringolade des deux rivaux traditionnels est le résultat de plusieurs facteurs dont les divisions internes, les pressions populistes et les attentes d’un électorat volatile dans un contexte fragmenté par le Brexit et les crises économiques successives.
Dans ce contexte incertain, les deux formations tentent, tant bien que mal, de se réinventer sans perdre leur socle au risque de voir le sol se fissurer davantage sous leurs pieds. Les deux partis semblent conscients que l’échec de l’un ne garantit pas nécessairement le succès de l’autre, comme l’a affirmé l’analyste politique, Stephen Bush.
Dans une récente analyse, The Economist, la revue connue pour sa rigueur, a dressé un bilan contrasté du gouvernement Starmer, notant que l’actuel locataire du Downing Street « peine à convaincre ». Des chiffres officiels sur l’emploi publiés mardi, mettent à l’évidence les obstacles auxquels se heurte le parti au pouvoir. Le chômage a atteint son plus haut niveau depuis cinq ans, sur fond d’une croissance économique atone.
Dans son analyse, appuyée par un sondage de l’institut More In Common, The Economist relève que les priorités du gouvernement apparaissent trop lentes à produire des résultats et insuffisamment alignées avec les préoccupations concrètes des électeurs.
Les indices sociaux, qui touchent au quotidien des Britanniques, ne sont pas à la faveur du labour. Une situation qui doit, comme l’a affirmé l’économiste Louise Murphy, interpeller la formation à l’approche des échéances électorales.
A ces difficultés s’ajoute le leadership contesté de Starmer, malmené par une série de démissions au sein de son équipe et des appels à son départ. Au milieu de ces eaux troubles, Starmer tente, contre vents et marées, de se montrer serein. Minimisant l’ampleur de la discorde au sein de son parti, il souligne qu’il se trouve « dans une posture plus forte » et qu’il va poursuivre la mise en œuvre de son programme de renouveau national, qui avait permis aux travaillistes de reconquérir le pouvoir.
Il affirme que son parti et son gouvernement sont « pleinement unis » sur les grandes questions dont l’économie, la défense, la sécurité, et les relations avec l’Europe.
Dans le camp conservateur, le tableau est tout aussi sombre. Les Tories peinent à se présenter comme une alternative crédible aux travaillistes pour des raisons à la fois politiques, stratégiques et structurelles, d’après les analystes.
Après quatorze années au gouvernement (2010–2024), le parti a quitté Downing Street laissant derrière lui une croissance faible, des pressions fiscales élevées et des services publics fragilisés, notamment le très névralgique National Health Service.
Une partie importante de l’électorat associe les difficultés actuelles du pays au bilan conservateur, ce qui complique toute tentative de s’imposer comme solution.
La pression exercée par Reform UK, dirigé par Nigel Farage, complique davantage la situation. Ce parti capte une partie de l’électorat conservateur mécontent, notamment sur l’immigration. Les Conservateurs sont ainsi pris en étau : se recentrer pour reconquérir l’électorat modéré, au risque de perdre des voix à droite, ou durcir leur ligne, au risque d’aliéner les centristes.
La montée en puissance de Reform UK, qui a mis en place mardi son propre gouvernement de l’ombre en guise de réchauffement pour les prochaines élections, accentue les pressions sur les travaillistes et les conservateurs.
Les deux partis doivent changer, et rapidement, souligne l’analyste Stephen Bush. Le Labour doit comprendre que ses chances de réélection en 2029 ne dépendront pas de ce qui est populaire en 2026, mais de ce qui aura porté ses fruits d’ici là, indique-t-il, ajoutant que les Conservateurs, de leur côté, doivent accepter que tenter de se transformer en une copie de Reform UK ne fonctionnera jamais.
En définitive, les deux formations manquent de temps, selon les analystes, pour éviter non seulement une défaite lors des prochaines élections, mais aussi et surtout leur marginalisation en tant que grands partis de gouvernement au Royaume-Uni.