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Sassou Nguesso V : le coût de la continuité – Par Hatim Betioui
Le président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, lors d'une interview accordée à l'AFP à Dolisie, le 1er mars 2026. (Photo AFP)
Investi pour un cinquième mandat après avoir obtenu ‘’une large victoire’’ au scrutin de mars, Denis Sassou Nguesso prolonge une présence de plus de quatre décennies à la tête du Congo-Brazzaville. Hatim Betioui revient sur cette longévité. Inscrite dans un paysage africain contrasté entre alternance et continuité, elle s’accompagne de critiques sur les limites de la transition démocratique, tout en s’inscrivant dans un contexte de défis économiques, de dépendance pétrolière et d’attentes accrues en matière de réformes politiques et sociales.

Hatim Betioui
Le 17 avril courant, Denis Sassou Nguesso a été investi président du Congo-Brazzaville pour un cinquième mandat.
Il a obtenu environ 94,8 % des voix lors du scrutin du 15 mars dernier, marqué par un taux de participation d’environ 84 %, face à six candidats de l’opposition qui ne constituaient pas une alternative politique crédible.
Sassou Nguesso n’est pas un président ordinaire. Il figure parmi les dirigeants africains qui se sont maintenus durablement au pouvoir. Cet ancien militaire, devenu l’un des stratèges politiques les plus aguerris du continent, a exercé le pouvoir une première fois entre 1979 et 1992, avant d’y revenir en 1997 à la suite d’une guerre civile dévastatrice qui a profondément marqué le pays.
Une longévité contestée
Il cumule à ce jour 42 années à la tête de l’État, occupant ainsi le troisième rang en Afrique en matière de longévité au pouvoir. Le président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, arrive en tête avec 47 ans, ce qui en fait actuellement le dirigeant le plus ancien au monde. Il est suivi par le camerounais Paul Biya, au pouvoir depuis 44 ans, tandis que l’ougandais Yoweri Museveni occupe la quatrième position. Il vient d’entamer sa quatrième décennie à la tête de son pays.
Si Sassou Nguesso a su conjuguer expérience, capacité d’adaptation politique et maîtrise des rapports de force, son maintien prolongé au pouvoir s’accompagne, comme pour d’autres dirigeants de longue date, de critiques récurrentes portant sur l’absence de l’alternance démocratique.
Ces critiques se sont accentuées après la révision constitutionnelle de 2015, qui a supprimé les restrictions relatives au nombre de mandats et à l’âge, lui permettant de se représenter. Elles concernent également les restrictions pesant sur les libertés politiques et médiatiques.
L’Afrique présente ainsi aujourd’hui un paysage contrasté. Alors que certains pays s’orientent vers une alternance politique, d’autres privilégient la continuité à long terme des dirigeants.
À l’exception du Sénégal, cette continuité demeure une caractéristique marquée en Afrique de l’Ouest francophone, ainsi que dans certains pays d’Afrique de l’Est comme l’Ouganda, le Rwanda, l’Érythrée et Djibouti.
Des défis économiques et politiques persistants
À 83 ans, Sassou Nguesso entame son cinquième mandat dans un contexte marqué par plusieurs défis internes, notamment une crise économique, une fragilité financière, un niveau élevé de dette publique et une forte dépendance de l’économie nationale aux revenus pétroliers.
À cela s’ajoute un taux de chômage élevé, en particulier chez les jeunes.
Le président fait également face à des demandes de réformes politiques. Lors de son discours d’investiture, il a affirmé vouloir concentrer ses efforts sur le développement économique et la création d’emplois. Toutefois, la réalisation de ces objectifs dépendra de sa capacité à engager des réformes structurelles en profondeur.
Malgré les défis internes et les critiques liées à son attachement à un pouvoir personnel, une perception persiste selon laquelle il est parvenu à préserver la continuité des institutions de l’État dans un pays situé au cœur d’un environnement régional marqué, au cours des dernières décennies, par une forte et meurtrière instabilité.
Une stabilité sous tension
Fort de l’accumulation de son expérience au pouvoir et de l’étendue de ses réseaux diplomatiques, Sassou Nguesso est également perçu comme une figure ayant joué des rôles discrets de médiation et de conseil. Plusieurs dirigeants africains continuent de faire appel à lui pour bénéficier de son expérience dans la gestion de crises complexes, notamment sur des dossiers sensibles comme la crise libyenne ou la guerre civile en République centrafricaine.
Ce rôle a contribué à renforcer son image de « sage » politique, capable d’appréhender les évolutions régionales avec calme et pragmatisme.
Certains estiment que la stabilité du Congo-Brazzaville justifie la continuité de Sassou Nguesso au pouvoir, considérant qu’un tel pays a besoin d’un leadership fort pour faire face à un environnement fragile. Cependant, ce raisonnement, en apparence réaliste, masque un dilemme plus profond : une stabilité qui ne se renouvelle pas tend à se figer, tandis qu’un pouvoir immuable risque de perdre sa capacité d’adaptation à une société en mutation.
La longévité au pouvoir peut ainsi devenir un fardeau. Chaque nouveau mandat élève les attentes des citoyens et réduit la marge des justifications. Avec le temps, la question ne porte plus sur la durée de maintien du système, mais sur le coût qu’implique sa pérennité.