Sénégal: même en écartant le puissant Sonko, Faye pourrait gouverner sans blocage

Sénégal: même en écartant le puissant Sonko, Faye pourrait gouverner sans blocage

L'ancien Premier ministre du Sénégal, Ousmane Sonko, lors de sa conférence de presse à Dakar, le 2 juin 2026. ( Photo AFP)

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Au Sénégal, la recomposition du pouvoir entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien allié Ousmane Sonko franchit une nouvelle étape après la formation d’un gouvernement sans l’aval du chef du Pastef. Malgré la majorité parlementaire détenue par ce dernier, plusieurs observateurds estiment que les institutions sénégalaises offrent au chef de l’État les moyens de poursuivre son action sans risque immédiat de paralysie.

Dakar - Le chef de l'Etat sénégalais Bassirou Diomaye Faye a fait lundi un pas supplémentaire vers la rupture avec son ex-Premier ministre et actuel puissant chef du Parlement Ousmane Sonko en formant sans son assentiment un nouveau gouvernement, qui pourrait fonctionner sans subir de blocage décisif de son ex-allié, soulignent des analystes.

Le dirigeant sénégalais a nommé une nouvelle équipe de 30 membres boudée par le chef du parti majoritaire Pastef, M. Sonko, qui a fait état de "points de désaccord" avec son ex-collaborateur dans la formation du nouveau gouvernement.

"Diomaye s'assume", "Le choix de l'autonomie": la presse met mardi en avant la décision du chef de l'Etat de se passer de son ex-chef de gouvernement qu'il avait déjà limogé le 22 mai après des divergences irréconciliables, notamment sur la gestion de la lourde dette du pays ouest-africain.

Elu ensuite président de l'Assemblée nationale le 26 mai, M. Sonko a dit qu'il n'utiliserait "pas cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel" mais que cette Assemblée "ne sera pas une chambre d'enregistrement" et "usera de manière responsable de tous les leviers de contre-pouvoirs".

S'exprimant pour la première fois publiquement depuis son limogeage, Ousmane Sonko a, lors d'un point de presse mardi soir, appelé M. Faye à un "dialogue politique constructif" pour éviter de "replonger ce pays dans ce qu'il a connu" par le passé. Le Sénégal a été le théâtre entre 2021 et 2024 de manifestations politiques, violemment réprimées par l'ancien pouvoir de l'ex-président Macky Sall, emprisonnant les deux meneurs de la contestation, Sonko et Faye, se déclaranr, jusqu’à leur arrivé au pouvoir, comme deux doigt d’une même maisn. Des dizaines de personnes sont mortes lors des manifestations.

"Nous sommes, qu'il (le président Faye, NDLR) le veuille ou pas, dans une situation de cohabitation. Il n'a pas un seul député à l'Assemblée nationale. Il n'a pas tous les pouvoirs. Il faut qu'il redescende de son piédestal et qu'on se parle", a estimé M. Sonko mardi en référence au chef de l'Etat. Le Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité) dispose de 130 des 165 députés à l'Assemblée.

"Si Pastef le veut, dans 72 heures, ce gouvernement peut tomber. Mais nous ne le censurerons pas. Nous allons les accompagner", a affirmé M. Sonko.

Haut fonctionnaire à la retraite, Youssou Diallo estime que M. Sonko "ne pourra pas bloquer l'action du gouvernement avec sa majorité politique à l'Assemblée nationale. Tout au plus pourrait-il la retarder, et encore". Le président de la République est, selon lui, "la clé de voûte des institutions. Il est le chef suprême des armées et dispose du pouvoir de dissolution de l'Assemblée".

Régime présidentiel

En outre, "la nature de notre régime est de type présidentiel. Elle confère davantage de pouvoirs au Président de la République. Dans cette configuration, Pastef se retrouve de fait dans l'opposition plutôt qu'en situation de cohabitation", analyse ce cadre ayant occupé plusieurs hautes fonctions dans l'Etat.

MM.Diomaye et Sonko sont deux ex-compagnons de route de longue date, entrés ensuite en conflit, mais le chef de l'Etat "s'est entouré de personnes qui lui permettent d'exercer pleinement ses fonctions" et désormais leur "rivalité appartient au passé", explique Ousmane Sène, directeur du WARC, un centre de recherches ouest-africain basé à Dakar.

En passant de la Primature à l'Assemblée, M. Songo garde toujours la haute main sur son parti Pastef.

Cette majorité peut censurer le gouvernement mais "en cas de blocage à l'Assemblée nationale, le président de la République peut recourir à des pouvoirs exceptionnels en vertu de l'article 52 de la Constitution. Il peut ensuite gouverner par ordonnances pendant trois mois, sans passer par l'Assemblée nationale", indique M. Diallo.

Quelques heures avant la publication du gouvernement, Pastef avait annoncé qu'il "ne participera pas au prochain gouvernement et n'y sera représenté par aucun ministre".

Les "intransigeances" de Sonko

Mais une dizaine de ses alliés et membres de son parti figurent dans la liste du nouveau gouvernement.

"Si certains au Pastef sont inconditionnels de Sonko, d'autres ne partagent pas totalement les actions de Sonko (qu')ils ont refusé de suivre dans ses intransigeances et ont rejoint le gouvernement", affirme M. Sène.

Dans l'actuel gouvernement, "la plupart des alliés d'Ousmane Sonko l'ont quitté, tout comme plusieurs militants de premier plan. Pastef semble ainsi traverser une phase d'implosion. À l'inverse, le président Diomaye Faye paraît être sorti renforcé de la confrontation actuelle", estime M. Diallo.

Le Pastef se réunit en congrès samedi et dimanche pour confirmer M. Sonko à la tête de sa formation. Des élections locales sont prévues en 2027 avant une présidentielle en 2029.