1925 en 2025 – Par Hamid Zaïd

1925 en 2025 – Par Hamid Zaïd

Ils n’ont pas oublié leur drapeau/ Mais ils n’ont pas non plus à mettre élus et autorités en face de leurs carences. Ni ne doivent être politisées à desseins suspects, les gens d’Aït Bouguemaz.

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Sur un ton corrosif, Hamid Zaïd dépeint l’absurdité d’un état de lieux où des gens comme les gens d’Aït Bouguemaz, se rencontrent encore et doivent marcher sur la complexité bureaucratique pour trouver des solutions à des pénuries récurrentes. Dans la vallée reculée d’Aït Bouguemaz, Hamid Zaïd a rencontré dans son rêve éveillé des gens simples qui demandent des choses simples. Le texte, traduit de Goud.ma par IA et adapté par Quid.ma, avec l’aimable autorisation de l’auteur, interroge, entre satire sociale et réquisitoire silencieux, la réalité du développement dans un Maroc censé avoir tourné la page du délaissement rural.

Par Hamid Zaïd

Ils sont fous ces gens !

Comment l’État pourrait-il offrir un terrain de football aux gens d’Aït Bouguemaz ?

Un espace vague, deux petits bois, auraient suffi.                                                                                         

Ne le savent-ils pas ?

Un terrain, ça nécessite un espace. Or l’hectare se fait rare.
De plus, il faut du gazon, naturel ou synthétique.
Il faut aussi des filets de buts.
Et des cages.
Et des lignes blanches qui délimitent le terrain.
Une ligne au centre.
Une ligne de touche.

Une ligne pour le carré des gardiens de buts.                                                     

Tout cela est beaucoup pour l’État.
Pour toutes les autorités. Et pour l’autorité locale, qui a l’habitude d’agir avec sérieux et rigueur.
Jusqu’à ce que des citoyens apparaissent pour réclamer un terrain où leurs enfants puissent jouer.
Alors que par nature, l’autorité ne plaisante pas. Ne joue pas.
                                                      

Et même si l’État faisait tout son possible, où pourrait-il trouver un lopin de terre pour y construire un terrain ?

Confisque pour utilité publique pour se faire encore dénoncer pour abus ?
Et même s’il avait ce lopin…
D’où l’État tirerait-il du gazon ?
Et même avec du gazon, d’où viendrait l’eau pour l’entretenir en ces temps de sécheresses récurrentes, et combien et d’où les ballons avec lesquels joueraient les enfants des gens d’Aït Bouguemaz ?                                                    
C’est pourquoi les revendications des habitants d’Aït Bouguemaz sont irréalistes,

Incapacitantes et excessives.
                                                         
Ils n’ont pas oublié leur drapeau,

Mais ils n’ont pas non plus à mettre élus et autorités en face de leurs carences.

Ni ne doivent être politisées à desseins suspects, les gens d’Aït Bouguemaz.                                                        

J’ai en plus entendu dire qu’ils réclament un médecin résident dans leur vallée.
Mais où l’État trouverait-il un médecin résident ?
Et où donc vivent les gens d’Aït Bouguemaz qui ne savent pas que le Maroc souffre de manque en la matière ?                                                  

Et même si l’État en obtenait un…
Ce serait déjà improbable.
Un médecin a besoin d’un dispensaire.

Et dans le dispensaire, il faut un bureau.
Un robinet d’eau et de l’électricité.
Un lit.
Des instruments. Des antiseptiques.
Des produits d’entretien.
Et une infirmière, surtout une infirmière.
                                                                                                                                 

Tout cela met l’État entier en difficulté. L’accable.
L’oblige à se préoccuper de futilités, de choses simples.
Alors que l’État est occupé par ce qui est plus important.
                                                                                                                           

Et puis, Aït Bouguemaz, c’est loin.
Et il y a des crevasses et des pistes impraticables qui empêchent de l’atteindre.
Ce n’est pas facile d’y arriver.

Ni pour les plans de développement, ni pour le médecin.

Ni pour son salaire.
Ni pour le ciment.
Ni même pour la porte du dispensaire.

Ni pour trouver une infermière prête à se dévouer.
Et encore moins pour le terrain de foot,

Et le ballon qui risque de se dégonfler en chemin.                                                            

Il aurait été préférable que ce soient les habitants d’Aït Bouguemaz qui viennent vers l’État,
Plutôt que l’État aille vers eux.

Alors ils se sont pris au mot, les c… d’Aït Bouguemaz
                                                                         

Plutôt que de parcourir des dizaines de kilomètres pour chercher à faire entendre leurs revendications irréalistes ;
Les habitants d’Aït Bouguemaz auraient pu continuer à vivre sans médecin, sans terrain, comme ils l’ont fait depuis toujours.
Leurs femmes auraient pu continuer à accoucher chez elles, comme elles le font depuis l’aube du temps.

Cela les a-t-il empêchées de procréer et de s’accroitre ?

Si vous avez des doutes, regardez leur marche sur le siège de la Province…                                                       

N’auraient-ils pas pu continuer à endurer avec la même résilience les souffrances des loin des yeux loin des plans ?
                                                        

Mais voilà qu’ils insistent sur leurs demandes.
Et exigent l’impossible.
Ils veulent aussi pouvoir afficher leurs tranches comme tout le monde sur WhatsApp.
Accéder aux autres réseaux sociaux.
Participer aux discussions de groupes.
Suivre les actualités.

Raconter leur vie.

Parler de leur cuisine.

Vanter leur maquillage.
Se rencontrer et se débarrasser de la gêne, comme le font la plupart des Marocains.
Bref, rompre leur isolement.
Et quoi encore ?

                                                            
Tout cela n’est pas sérieux.
Exiger de ces entreprises de télécommunications qui gagnent comme personne dans ce pays grâce à Internet,
Qu’elles supportent en plus le coût d’amener le réseau jusqu’à Aït Bouguemaz,
Et l’implanter là-haut, dans la montagne ?

A coté du berger de la chèvre et parfois, quand il y en a, du bovin ?

                                                                
Braver la route impraticable et non asphaltée,
Parcourir toute cette distance,
Dormir à la belle étoile,
juste pour qu’un médecin les soigne,
ou pour avoir un terrain de football,
ou une connexion Internet.                                                                

Une longue marche
pour dire qu’ils existent,
et qu’ils ont tenté de joindre on ne sait qui,
mais qu’ils n’ont pas pu,
à cause de l’absence de connexion,
probablement à cause de l’absence d’antennes relais.                                                        

Et cela, franchement, c’est beaucoup…
et exagérément trop demandé.                                                        
Pourquoi donc ce sadisme d’empêcheurs de dormir en rond, venus perturber le sommeil de ce Maroc dont on ne cesse de parler,
Le Maroc de la croissance,
Du progrès,

De la pauvreté absolue qui a reculé,

Qui a fait son entrée dans la catégorie des pays à développement humain élevé.

Non, définitivement, ils ne sont pas gentils les gens d’Aït Bouguemaz.

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