Algérie : l’arme du Sahara se retourne contre son porteur

Algérie : l’arme du Sahara se retourne contre son porteur

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Engagée depuis plus d’un demi-siècle dans la guerre diplomatique contre le Maroc autour du Sahara, l’Algérie se retrouve aujourd’hui piégée par sa propre stratégie. Face à l’isolement croissant de son discours, aux revers régionaux et aux mutations géopolitiques, Alger voit s’effondrer l’édifice patient qu’elle avait bâti autour du soutien au Polisario. La manœuvre se referme sur son instigatrice.

Une stratégie qui tourne au fiasco

Au Maroc, un proverbe dit : « Qui creuse un trou pour autrui y tombe lui-même. » C’est ce qui semble désormais s’appliquer à l’Algérie. Depuis plus de cinquante ans, Alger a misé sur le soutien au séparatisme du Polisario et sur la création artificielle du « dossier du Sahara », dans l’espoir d’amener Rabat à négocier un partage du territoire et d’obtenir un débouché atlantique, ou du moins de freiner l’élan du Maroc.

Des budgets colossaux ont été engloutis en financement et armement du Polisario, en campagnes de lobbying, en achat de soutiens internationaux et en corruption de relais d’influence. Résultat : l’Algérie se trouve aujourd’hui confrontée à des défis de sécurité nationale majeurs, sur plusieurs fronts.

L’effet domino des reconnaissances du plan d’autonomie marocain

Le soutien britannique exprimé le 1er juin dernier est venu renforcer ce constat d’échec. Par la voix de son ministre des Affaires étrangères David Lammy, Londres a qualifié le plan d’autonomie marocain de « base la plus crédible, réaliste et pragmatique » pour une solution au conflit.

Ce ralliement place le Royaume-Uni aux côtés des États-Unis et de la France — trois membres permanents du Conseil de sécurité — en soutien au projet marocain. Une dynamique qui pourrait aboutir à un règlement sous six mois, selon les prévisions découlant du dernier briefing de l’envoyé onusien Staffan de Mistura.

Face à ce revers, la réaction d’Alger a été incohérente. Dans un communiqué alambiqué, sa diplomatie déplore l’appui de Londres au plan marocain tout en soulignant que le Royaume-Uni n’a pas explicitement reconnu la « souveraineté marocaine supposée » sur le Sahara.

Un isolement diplomatique croissant

Les faits sont implacables : l’Algérie a perdu le dossier du Sahara sur la scène internationale. Aucun membre permanent du Conseil de sécurité ne soutient plus la thèse algérienne, pas même la Russie, désormais tournée vers ses propres intérêts en Libye et au Sahel.

En parallèle, l’ONU réduit sa présence sur le terrain. De nombreux agents du HCR dans les camps de Tindouf et les personnels de ses bureaux à Laâyoune et Rabat quitteront la région d’ici quatre mois. Un signal clair que l’ONU envisage un règlement imminent.

La main tendue de Rabat reste suspendue

Face à cette dynamique, Alger n’a plus d’options que de répondre — bien tardivement — à l’appel au dialogue bilatéral lancé par le roi Mohammed VI. Mais ce choix dépend désormais du bon vouloir de Rabat.

Sur le plan stratégique, l’Algérie essuie également de lourdes pertes. Rabat a noué des partenariats solides avec les pays du Sahel, alors qu’Alger multiplie les tensions dans la région. Sa position en Libye s’est fragilisée face au jeu russe visant à y établir un pont logistique vers le Sahel, contournant l’Algérie. La Turquie aussi redessine les rapports de force dans l’ouest libyen et au Maghreb.

Le dernier coup est venu de Mauritanie, qui vient de fermer ses frontières nord avec l’Algérie et le Maroc, neutralisant ainsi toute tentative du Polisario d’opérer dans la région tampon. Une décision prise après la récente visite du président mauritanien à Rabat et la signature d’un ambitieux partenariat bilatéral.

Le pipeline algérien en panne, le projet marocain en plein essor

Autre revers : le projet algéro-nigérian de gazoduc via le Niger stagne, plombé par les relations tendues avec Niamey. Pendant ce temps, le projet concurrent marocain progresse activement à travers l’Afrique de l’Ouest.

Alger accuse même les Émirats arabes unis d’interférences au Sahel et d’avoir facilité le rapprochement stratégique entre Rabat et Nouakchott.

L’Algérie n’a plus d’option militaire viable depuis la fermeture des frontières mauritaniennes et l’encerclement du Polisario par l’armée marocaine. Sur le plan politique, l’idée de référendum, soutenue autrefois par Moscou, est désormais orpheline.

Le processus onusien touche à sa fin sans perspective de relance. Alger est de plus en plus isolée : ses relations avec Paris sont au plus bas, celles avec Washington et Londres inexistantes, le dialogue avec Moscou en sourdine, et Pékin reste insensible à ses plaidoyers.

Une menace intérieure croissante et une armée en quête de nouvelles priorités

Le danger ne vient pas seulement de l’extérieur. Aux États-Unis, des voix au Congrès plaident pour classer le Polisario comme organisation terroriste, ce qui placerait l’Algérie en position délicate vis-à-vis du droit international.

Preuve que ce climat pèse sur le régime, la récente purge à la tête de la DGSI, avec la mise à l’écart du général Abdelkader Haddad et son remplacement par Abdelkader Aït Ourabi, alias "Hassan", illustre la fébrilité du pouvoir algérien.

L’état-major algérien semble désormais admettre que le Polisario représente un futur danger sécuritaire intérieur. Le régime cherche à réorienter ses priorités : se débarrasser de ce fardeau encombrant et restaurer une légitimité fragilisée, dans un environnement régional de plus en plus instable.

En somme, la stratégie saharienne algérienne, conçue comme levier de politique extérieure et de cohésion interne, se retourne aujourd’hui contre ses auteurs. Le piège patiemment creusé pour Rabat est en passe de se refermer sur Alger.

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