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Après la pluie, la relance agricole : la Chaouia et 3abda retrouvent l’espoir
Le bassin hydraulique Oum Er-Rabia les dernières pluies ont profondément modifié la situation hydrique. À Settat, la hausse des réserves a réduit le déficit en eau et sécurisé à la fois l’alimentation en eau potable et l’irrigation agricole
Portées par des précipitations abondantes après plusieurs années de sécheresse, la région de la Chaouia et la province de Safi amorcent un retour progressif à la normalité agricole. Amélioration des réserves des barrages, recharge des nappes et reprise des semis redonnent confiance aux agriculteurs, tandis que les autorités misent sur une gestion durable de l’eau pour consolider cette embellie.
Des barrages enfin revigorés
Dans le bassin hydraulique de l’Oum Er-Rbia, les dernières pluies ont profondément modifié la situation hydrique. À Settat, la hausse des réserves a réduit le déficit en eau et sécurisé à la fois l’alimentation en eau potable et l’irrigation agricole. Le barrage Al Massira, ouvrage majeur construit en 1979, pratiquement à sec avant les pluies, affiche plus de 517 millions de mètres cubes d’eau, soit 19 pour cent de sa capacité et renoue avec l’espoir.
À l’échelle du bassin, les apports pour l’année hydrologique 2025-2026 atteignent près de 1,76 milliard de mètres cubes, portant le taux de remplissage à 40,5 pour cent. Cette amélioration contraste fortement avec la situation critique de l’an passé, lorsque le même barrage n’affichait qu’environ 1,8 pour cent de remplissage.
Al Massira alimente en eau potable et industrielle plusieurs agglomérations majeures, notamment Casablanca-Sud, El Jadida, Safi, Berrechid ou Benguérir, tout en irriguant près de 97.000 hectares dans la plaine des Doukkala. D’autres ouvrages connaissent également une amélioration notable, comme le barrage Daourat dépassant 71 pour cent de remplissage ou Imfout atteignant plus de la moitié de sa capacité.
Une agriculture relancée
Cette recharge progressive des retenues annonce un regain des activités agricoles dans la Chaouia. L’irrigation des périmètres agricoles redevient possible, permettant d’envisager la relance des cultures printanières et le soutien de l’élevage. Les autorités hydrauliques assurent que l’ensemble des barrages fait l’objet d’un suivi régulier et répond aux normes de sécurité, afin d’accompagner durablement la reprise économique régionale.
Au-delà de la production agricole, ces réserves renforcent la sécurité hydrique régionale et contribuent à stabiliser les marchés alimentaires.
À Safi, le retour du vert
Plus au sud, dans la province de Safi, historiquement 3abda ( عبدة), les pluies ont transformé le paysage rural. Dans la commune de Labkhati, les champs verdoyants et les pâturages régénérés marquent une rupture nette avec les campagnes précédentes.
Après un début de saison tardif, les précipitations ont atteint 297 mm, soit une hausse de 325 pour cent par rapport à l’année précédente et de 50 pour cent au-dessus de la moyenne historique. Résultat : plus de 160.000 hectares de céréales d’automne ont été semés, auxquels s’ajoutent 8.000 hectares de légumineuses, 17.000 hectares de cultures fourragères et près de 5.000 hectares de cultures maraîchères.
L’élevage respire
La régénération des pâturages améliore directement la production animale. La disponibilité de l’herbe réduit les coûts d’alimentation du bétail et devrait améliorer la productivité du cheptel, notamment à l’approche de l’Aïd Al-Adha.
Parallèlement, la recharge des nappes permet aux exploitations équipées en goutte-à-goutte de maintenir la production estivale, garantissant l’approvisionnement régulier des marchés en légumes.
Le pari du semis direct
Au-delà de l’amélioration conjoncturelle, la province de Safi mise sur l’innovation agricole. Le développement du semis direct, technique de conservation des sols, doit atteindre 57.000 hectares d’ici 2030. Dix-neuf semoirs ont déjà été mis à disposition de coopératives de jeunes agriculteurs.
Cette méthode améliore la rétention d’eau, préserve la structure du sol et réduit les coûts de production d’environ 1.200 dirhams par hectare. Elle limite également l’érosion et les émissions de gaz à effet de serre, contribuant à une agriculture plus durable.
Entre réserves hydriques renforcées et modernisation des pratiques agricoles, la campagne actuelle apparaît comme un tournant pour ces territoires ruraux. Les agriculteurs abordent la saison avec prudence mais optimisme, conscients que la régularité des pluies demeure décisive.
Pour les autorités, l’enjeu est désormais de transformer cette amélioration conjoncturelle en résilience structurelle afin d’ancrer durablement la sécurité hydrique et la stabilité agricole.