Bank AlMaghrib, à la fois prudent et optimiste, maintient son taux directeur à 2,25?%

Bank AlMaghrib, à la fois prudent et optimiste, maintient son taux directeur à 2,25?%

Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib

1
Partager :

Le Conseil de Bank Al‑Maghrib (BAM), réuni mardi à Rabat pour sa deuxième réunion trimestrielle de 2025, a décidé de laisser inchangé son taux directeur à 2,25 %. Face à un environnement marqué par des tensions géopolitiques, des incertitudes économiques internationales ainsi que des contraintes locales liées à la production agricole, la Banque centrale du Royaume choisit de préserver la stabilité des prix tout en soutenant la croissance du pays.

Une décision motivée par la maîtrise de l’inflation

Pour BAM, l’évolution de l’inflation reste globalement maîtrisée malgré un contexte économique mondial volatil. Selon les projections de la Banque centrale, la hausse des prix finirait l’année 2025 à un niveau moyen autour de 1 %, avant de remonter à 1,8 % en 2026. Ce ralentissement repose principalement sur la décélération du coût des denrées alimentaires, notamment de la viande fraîche, ainsi que sur le recul des tensions observées au cours des derniers mois.

Les chiffres indiquent une inflation qui a ralenti de manière significative, passant de 2 % en moyenne au premier trimestre à 0,7 % en avril, puis à 0,4 % en mai.

Une croissance en progression

Pour Bank Al‑Maghrib, 2025 s’annonce comme une année de reprise. Le taux de croissance du pays est prévu à 4,6 %, grâce à la vitalité du secteur non agricole ainsi qu’à la hausse de la valeur ajoutée du secteur primaire. Selon les estimations de la Banque centrale, la production céréalière atteindrait 44 millions de quintaux, tandis que la hausse de la valeur agricole avoisinerait 5 %.

Pour 2026, la croissance du PIB national est estimée à 4,4 %, tandis que le secteur agricole devrait progresser de 3,2 %, grâce à une récolte céréalière moyenne de 50 millions de quintaux. De leur côté, les activités hors agriculture devraient continuer à afficher une trajectoire stable, avec un taux de croissance de 4,5 % en 2025 ainsi qu’en 2026, stimulé notamment par les projets d’infrastructures à forte intensité d’investissement.

Une hausse attendue des exportations et des importations

Les ventes à l’international devraient connaître un nouvel élan au cours des deux prochaines années. Bank Al‑Maghrib anticipe ainsi une hausse de 5,1 % des exportations en 2025, suivie d’une augmentation de 9 % en 2026. Ce dynamisme repose en grande partie sur la filière des phosphates et de leurs dérivés, qui devraient atteindre 106,7 milliards de dirhams en 2026.

Les importations, quant à elles, devraient progresser de 5,1 % en 2025 et de 7 % en 2026, tirées principalement par l’achat de biens d’équipement nécessaires à la concrétisation des projets stratégiques du Royaume.

Réserves de change, taux de change et déficit budgétaire maîtrisés

Bank Al‑Maghrib précise que les réserves de change du Royaume devraient atteindre 407 milliards de dirhams à fin 2025, puis 423,7 milliards à fin 2026, couvrant ainsi environ cinq mois et demi d’importations de biens et services.

Parallèlement, le taux de change effectif réel restera globalement stable malgré une appréciation de 1,9 % en 2025 suivie d’une légère correction de 1,7 % en 2026. Le déficit budgétaire, quant à lui, s’établirait à 3,9 % du PIB en 2025, avant de s’alléger à 3,4 % en 2026, illustrant ainsi les efforts du Royaume pour maîtriser son endettement tout en favorisant la croissance économique.

Une surveillance continue du contexte économique

Face à un environnement où dominent les tensions géopolitiques internationales ainsi que les contraintes climatiques locales, le Conseil de Bank Al‑Maghrib a adopté une posture de prudence tout en gardant un regard attentif sur l’évolution du crédit ainsi que des conditions de financement des petites, très petites et moyennes entreprises (TPME).

Pour BAM, la stabilité du taux directeur repose donc sur un équilibre délicat entre la maîtrise de l’inflation à moyen terme, le soutien à la reprise économique du pays ainsi que la surveillance permanente des mutations du contexte interne et externe.

lire aussi