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Ces pluies bienfaitrices qui ont fait des dégâts – Par Hassan Zakariaa
Un véhicule d'urgence traverse les eaux de crue alors que les habitants sont évacués et relogés dans d'autres villes dans le cadre d'évacuations préventives et d'urgence suite de l'alerte météorologique et de la montée du niveau de la rivière Loukkos, des inondations étant attendues dans les prochains jours, à Ksar El Kebir, le 1er février 2026. (Photo par Abdel Majid BZIOUAT / AFP)
Par Hassan Zakariaa avec MAP
Après plusieurs années de sécheresse, les précipitations abondantes enregistrées au Maroc transforment profondément la situation hydrique du pays. Si bien que les dégâts matériels finiront, une fois passé le pic de la détresse, par paraitre dérisoires. Réserves d’eau reconstituées, production d’électricité renouvelable relancée, nappes phréatiques en récupération et infrastructures routières progressivement rétablies: les effets se font sentir sur l’ensemble de l’économie et de la vie quotidienne. Les autorités parlent d’un tournant majeur dans la gestion de la ressource hydrique et de la résilience territoriale.
Un répit hydrique après des années de stress
Les pluies exceptionnelles ont d’abord produit un effet immédiat: la reconstitution rapide des réserves d’eau. Selon le ministre de l’Équipement et de l’Eau Nizar Baraka, cette situation garantit au moins une année d’approvisionnement pour les réseaux les plus fragiles et jusqu’à deux années pour la majorité des réseaux urbains et ruraux.
Au-delà du volume stocké, c’est la pression sur les nappes souterraines qui diminue. Pendant des années, l’agriculture et l’alimentation en eau potable avaient fortement sollicité les ressources profondes. Désormais, les bassins du Guir, du Ziz, du Rhéris, du Sebou, de la Moulouya, de l’Oum Er-Rbia, du Bouregreg, de la Chaouia et du Loukkos connaissent une remontée sensible de leurs niveaux.
Ce phénomène représente un enjeu stratégique. La recharge naturelle des nappes réduit les coûts de pompage, ralentit leur dégradation et assure une meilleure durabilité de la ressource. Pour l’agriculture, cela signifie aussi davantage de stabilité dans la planification des campagnes futures. Et pour les projets de dessalement d’eau une moindre pression des délais.
Hydroélectricité: le retour d’une énergie oubliée
Les précipitations ont également permis la relance massive de la production hydroélectrique. Les barrages peuvent désormais alimenter les turbines avec un volume d’eau estimé à 1.560 millions de m3 destiné à la production d’électricité renouvelable.
Cette production propre contribue à réduire la dépendance énergétique et à stabiliser le réseau national, notamment durant les périodes de pointe. L’hydroélectricité offre aussi un avantage environnemental majeur: elle remplace des sources thermiques plus coûteuses et plus polluantes.
Autre bénéfice rarement évoqué: les lâchers d’eau par les vannes de fond permettent d’évacuer les sédiments accumulés pendant les années de sécheresse. Cette opération, impossible auparavant faute d’eau, prolonge la durée de vie des barrages et préserve leur capacité de stockage.
Le barrage Oued El Makhazine sous surveillance renforcée
Symbole de cette nouvelle situation, le barrage Oued El Makhazine affiche près de 1.097,9 millions de m3 pour un niveau de 71,04 mètres. Depuis septembre 2025, il a reçu 1.462 millions de m3 d’apports, dont plus de 70% durant seulement deux semaines.
Plusieurs records ont été enregistrés: un débit de 3.210 m3/s fin janvier, un stockage maximal de 1.117 millions de m3 et un taux de remplissage dépassant 166%. Face à ces niveaux exceptionnels, les autorités ont adopté une gestion proactive.
Des lâchers préventifs cumulant 832 millions de m3 ont été effectués pour sécuriser l’ouvrage. La surveillance du barrage est désormais quotidienne, appuyée par relevés laser, drones et simulations hydrologiques horaires. Des cartes d’inondation en aval sont mises à disposition des autorités locales afin d’anticiper tout risque.
Même dynamique au barrage Al Wahda, le plus grand du Royaume, dont le taux de remplissage est passé de 41% à près de 95%, avec plus de 3,33 milliards de m3 stockés. Les lâchers progressifs, atteignant 1,762 milliard de m3, ont permis de limiter les crues en aval.
Routes coupées, territoires reconnectés
Si la pluie a apporté l’eau, elle a aussi endommagé les infrastructures. Au total, 168 tronçons routiers ont été touchés par crues, glissements de terrain ou effondrements d’ouvrages. Les régions concernées couvrent presque tout le territoire, du Nord au Souss en passant par le Centre.
Les services techniques ont cependant rouvert 124 axes en quelques jours grâce à une mobilisation massive : 390 engins lourds et plus de 570 techniciens ont été déployés. Les interventions ont consisté à évacuer les eaux, dégager les éboulements et sécuriser la circulation.
Quarante-quatre tronçons restent encore coupés, mais des études de reconstruction sont engagées. L’objectif est double : rétablir la circulation et adapter les infrastructures aux nouveaux aléas climatiques.
Vers une nouvelle gestion de l’eau
Au-delà de l’épisode météorologique, ces événements illustrent un changement structurel. Les barrages jouent désormais simultanément plusieurs rôles: réserve stratégique, outil énergétique, protection contre les crues et régulateur environnemental.
La multiplication des simulations hydrologiques et la cartographie des zones inondables marquent aussi l’entrée dans une gestion prédictive de l’eau. Il ne s’agit plus seulement de stocker, mais d’anticiper, réguler et sécuriser.
Pour l’économie nationale, l’impact est majeur: agriculture stabilisée, énergie renouvelable renforcée et réduction des coûts liés aux pénuries. Pour les citoyens, c’est la promesse d’une sécurité hydrique retrouvée après des années d’incertitude.