Commerce extérieur : le déficit se creuse malgré des performances exportatrices solides

Commerce extérieur : le déficit se creuse malgré des performances exportatrices solides

Image graphique HCP

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L’année 2024 a été marquée par une détérioration du déficit commercial du Maroc, qui atteint près de 305 milliards de dirhams. Si les exportations affichent une dynamique encourageante, portée par l’automobile, les phosphates et l’aéronautique, elles ne parviennent pas à compenser une croissance soutenue des importations, notamment en équipements et produits de consommation. L’Europe reste le premier partenaire du Royaume, mais la diversification vers l’Asie et l’Amérique progresse.

Un déficit commercial en aggravation

Le déficit commercial du Maroc s’est aggravé de 6,8% en 2024 pour atteindre 304,9 milliards de dirhams, selon le rapport annuel de l’Office des Changes. Cette évolution découle d’une progression parallèle des importations (+6,4%) et des exportations (+6,1%), qui s’établissent respectivement à 761,3 et 456,3 milliards de dirhams.

Ce déséquilibre se traduit par une part du déficit dans le produit intérieur brut (PIB) de 19,9%, en hausse de 0,4 point par rapport à 2023. Le taux de couverture des importations par les exportations recule légèrement à 59,9%, confirmant la pression croissante sur la balance commerciale du pays.

Dans le même temps, les échanges globaux du Maroc avec le reste du monde ont connu une embellie de 6,3%, contrastant avec le recul enregistré un an auparavant (-1,7%). A noter à ce registre, qu’en 2024, le Maroc a enregistré un excédent commercial de 15,9 milliards de dirhams avec la France, contre 11,9 milliards l’année précédente. Ce solde positif, en place depuis 2017, contraste avec le déficit de 18,2 milliards enregistré avec l’Espagne, premier partenaire commercial du Royaume. Le déficit avec la Chine a atteint 86,3 milliards, celui avec les États-Unis 57 milliards, tandis que celui avec l’Allemagne s’est légèrement allégé de 585 millions de dirhams.

La facture énergétique en baisse, les équipements en hausse

Fait notable dans ce tableau contrasté : la facture énergétique poursuit sa baisse pour la deuxième année consécutive, avec un repli de 6,7% à 113,8 milliards de dirhams. Ce recul s’explique essentiellement par une baisse des prix d’importation (passés de 3.659 à 3.360 DH la tonne), malgré une légère hausse des volumes (+1,6%).

À l’inverse, les importations de produits finis d’équipement poursuivent leur ascension pour la quatrième année consécutive, en hausse de 13% à 180,3 milliards de dirhams. Cette progression s’explique notamment par une hausse des achats de voitures utilitaires, d’appareils électriques et de machines destinées au travail du caoutchouc et des plastiques.

Les importations de produits finis de consommation enregistrent également une augmentation significative de 10,7%, dopées par les achats de voitures de tourisme, de pièces détachées et de médicaments. Les demi-produits progressent de 8%, les produits bruts de 4,3%, tandis que les produits alimentaires poursuivent leur hausse, bien que modérée.

L’Europe en tête, la Chine s’affirme

L’Europe reste le partenaire commercial de référence du Maroc, avec 62% des échanges en 2024, contre 63,2% l’année précédente. Plus de la moitié des importations (56,4%) proviennent du Vieux Continent, tandis que 71,4% des exportations marocaines y sont destinées. La majorité de ces échanges (86,6%) concernent les pays de l’Union européenne, avec l’Espagne et la France en tête, suivis de l’Allemagne, l’Italie et la Turquie.

Les échanges avec l’Asie progressent fortement (+12,7%), après une baisse marquée en 2023. Leur part dans le total des échanges grimpe ainsi à 20,1%. Cette dynamique est portée par la Chine, dont les échanges avec le Maroc augmentent pour la treizième année consécutive (+18,4%), mais aussi par l’Inde et le Kazakhstan.

L’Amérique renoue avec la croissance (+6,1%), principalement grâce à la hausse des échanges avec les États-Unis (+15,8%), bien que freinée par une nette baisse avec certains partenaires comme la Colombie et Trinité-et-Tobago. L’Afrique enregistre aussi une hausse de 6,3%, dominée par l’Égypte, partenaire privilégié pour la sixième année consécutive. Quant à l’Océanie, elle reste marginale mais en forte progression (+48,1%), grâce notamment aux échanges avec l’Australie.

L’automobile confirme son leadership à l’export

Avec des exportations atteignant 157,6 milliards de dirhams, en hausse de 6,3%, le secteur automobile conserve sa position de premier contributeur aux exportations marocaines. Cette performance repose principalement sur les écosystèmes de la construction et du câblage, qui gagnent chacun 3,3 milliards de dirhams.

En deuxième position, les phosphates et dérivés rebondissent fortement (+13,5%), après une chute de 33,6% en 2023. Tous les segments du secteur sont concernés par cette amélioration : les engrais naturels et chimiques (+14,4%), l’acide phosphorique (+11,5%) et les phosphates bruts (+10,6%).

Le secteur agricole et agroalimentaire renoue également avec la croissance, atteignant 87 milliards de dirhams, grâce à une hausse des exportations dans les branches agricoles (+9,1%).

Aéronautique et électronique en dynamique, textile à la peine

L’aéronautique continue sur sa lancée avec une hausse de 14,9% de ses exportations, tirée par les performances de l’écosystème Assemblage (+23,6%). L’électronique, quant à elle, reste stable dans l’ensemble, avec des évolutions contrastées : la hausse des exportations de câbles et d’équipements de coupure est contrebalancée par une baisse notable des composants électroniques (-723 millions de dirhams).

À l’inverse, le textile et cuir enregistre un léger recul de 0,5%, à 45,9 milliards de dirhams. Cette baisse est due à la chute des exportations de chaussures et de textiles techniques, partiellement compensée par la hausse des ventes d’articles de bonneterie et de vêtements confectionnés.

Les produits phares de l’export en 2024

En termes de produits, sept catégories représentent plus de la moitié (56,3%) des exportations marocaines en 2024. En tête, les voitures de tourisme (14,9%), suivies des engrais naturels et chimiques (14%) et des câbles et conducteurs isolés (10,5%).

Les vêtements confectionnés (6,5%), les pièces automobiles (3,7%), les composants aéronautiques (3,5%) et l’acide phosphorique (3,2%) complètent le podium. Ce panier confirme la montée en puissance des industries de transformation à forte valeur ajoutée dans les exportations marocaines.

Une dépendance commerciale accrue

Le taux de dépendance du commerce extérieur, qui mesure la moyenne des importations et des exportations rapportées au PIB, s’établit à 39,7% en 2024, en hausse de 0,5 point. Cette tendance traduit l’ancrage du Maroc dans les chaînes de valeur mondiales, mais souligne également la fragilité de sa balance commerciale.

L’effort d’exportation, mesuré par le rapport entre les exportations et le PIB, progresse légèrement à 29,7%, tandis que le taux de pénétration des importations s’améliore à 41,4%. Ces indicateurs témoignent à la fois d’une meilleure ouverture commerciale et d’une dépendance croissante aux marchés extérieurs.

 

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