Corruption : la finance marocaine resserre les rangs, mais le combat reste à gagner – Par Assia Makhlouf

Corruption : la finance marocaine resserre les rangs, mais le combat reste à gagner – Par Assia Makhlouf

Cinquième réunion annuelle de la Convention anticorruption dans le secteur financier, tenue à Rabat

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Alors que le Maroc continue de figurer à un rang préoccupant dans les classements internationaux sur la corruption, le secteur financier poursuit son propre chemin de moralisation. La cinquième réunion annuelle de la Convention anticorruption dans le secteur financier, tenue à Rabat, illustre cet effort. Mais au-delà de la sphère bancaire et assurantielle, pour Assia Makhlouf, c’est l’ensemble du pays qui doit encore surmonter des résistances structurelles. Retour sur un combat de longue haleine, incarné notamment par l’action de l’INPPLC.

Le secteur financier muscle son dispositif anticorruption

Mercredi à Rabat, l’Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de la Lutte contre la Corruption (INPPLC), Bank Al-Maghrib (BAM), l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) et l’Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS) ont tenu leur cinquième réunion annuelle dans le cadre de la Convention de coopération anticorruption du secteur financier.

Signée en novembre 2019, cette convention a donné naissance à une dynamique interinstitutionnelle structurée, dont le bilan, dressé lors de cette réunion, avance des avancées tangibles. La période 2024-2025 a vu l’organisation de séminaires et formations au profit de plus de 1 600 cadres du secteur financier sur les thématiques clés de l’anticorruption.

Parmi les actions notables figure aussi la collaboration avec la Fondation Marocaine pour l’Éducation Financière, visant à outiller les formateurs sur les enjeux de probité et de prévention de la corruption. L’approche est donc à la fois technique et pédagogique.

Les échanges d’expériences se sont renforcés avec l’organisation d’un séminaire sur la gestion des risques de corruption, réunissant plus de 80 participants issus des secteurs bancaire, assurantiel et des marchés de capitaux. Des ateliers pratiques ont permis d’aborder des sujets aussi sensibles que les politiques de cadeaux, la gestion des conflits d’intérêts ou la formation continue en matière d’intégrité.

Par ailleurs, un projet d’évaluation des risques de corruption dans le secteur des assurances, mené en coopération avec des experts de l’ONU, est en cours de finalisation. Un projet similaire est engagé dans le secteur des marchés de capitaux, avec une échéance prévue pour 2026.

Pour la période 2025-2026, la feuille de route prévoit d’approfondir cette dynamique, en mettant notamment en œuvre les plans d’action issus des cartographies des risques de corruption, à l’image de ce qui a été initié dans le secteur bancaire.

Les quatre institutions ont réaffirmé leur volonté de renforcer cette coopération et de procéder à une autoévaluation de la convention six ans après son adoption, afin d’adapter ses modalités aux évolutions du contexte national et international.

Un cadre national encore fragile

Si le secteur financier essaye de faire figure de bon élève, la situation globale du Maroc en matière de corruption reste préoccupante. Selon le dernier indice de perception de la corruption de Transparency International, le Royaume se classe au 97ᵉ rang mondial (sur 180 pays), avec un score de 38/100 — loin du seuil de 50 considéré comme une référence minimale de probité.

Cette stagnation traduit des résistances structurelles bien ancrées. Les mécanismes de favoritisme, de rente, de népotisme, les failles dans la commande publique ou encore l’absence de protection efficace des lanceurs d’alerte et récemment leur pénalisation continuent d’entraver et de jeter le doute les efforts de moralisation.

Ce contexte n’est pas pour favoriser l’Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de la Lutte contre la Corruption (INPPLC), créée en vertu de la Constitution de 2011 et opérationnelle depuis 2015. L’INPPLC est chargée de coordonner la politique nationale en matière de lutte contre la corruption, de formuler des recommandations, de suivre leur mise en œuvre et d’animer un dialogue avec les différents secteurs.

Depuis sa mise en place, l’Instance a impulsé plusieurs initiatives : stratégie nationale anticorruption (SNAC), conventions sectorielles, plateformes de signalement, partenariats avec les organisations internationales. Mais son action se heurte encore à des limites : absence de pouvoirs contraignants, manque de moyens humains et techniques, lenteur dans la concrétisation des réformes.

Le secteur financier, en s’engageant dans cette convention pionnière, montre qu’il est possible de créer une dynamique sectorielle vertueuse. Mais il ne saurait constituer un îlot d’intégrité isolé dans un paysage national encore marqué par les tares de ce fléau.

Un enjeu de crédibilité nationale

Le défi est clair : sans progrès significatif en matière de lutte contre la corruption, le Maroc voit son image entachée auprès des investisseurs internationaux, ce qui fragilise sa compétitivité économique. À l’heure où le Royaume ambitionne de renforcer son positionnement sur les chaînes de valeur mondiales et de devenir une plateforme financière régionale, la probité institutionnelle est une condition sine qua non.

La récente réunion de Rabat rappelle que l’intégrité n’est pas qu’une affaire de principes, mais un levier stratégique. Il appartient désormais à l’ensemble des secteurs — publics et privés — de s’inspirer de cette démarche structurée. Car le combat contre la corruption ne se gagnera pas à la marge : il exige un engagement transversal, une gouvernance exemplaire et une volonté politique ferme.

La balle est dans le camp des décideurs. Le Maroc a l’opportunité, et en exprime la volonté, de franchir un cap décisif en matière d’intégrité publique. Il ne lui manque qu’une chose : la détermination de traduire les engagements en actes concrets.

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