Crédit bancaire, dépôts et financement participatif : le pouls BAM du système financier marocain en avril 2025

Crédit bancaire, dépôts et financement participatif : le pouls BAM du système financier marocain en avril 2025

Le financement participatif pour l’habitat, dominé par les opérations de Mourabaha immobilière, poursuit sa montée en puissance avec une progression annuelle de 16,6%, atteignant 26,2 MMDH.

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Les données publiées par Bank Al-Maghrib à fin avril 2025 dressent un panorama dynamique mais nuancé du crédit bancaire au Maroc. Hausse des encours, timide reprise du financement des entreprises, progression des crédits aux ménages, développement du financement participatif, recul de la masse monétaire : tous les indicateurs offrent une lecture fine des tensions et rééquilibrages à l’œuvre dans le système bancaire national.

Crédit bancaire : hausse générale mais contrastée selon les segments

Au 30 avril 2025, l’encours du crédit bancaire s’élevait à 1.157,3 milliards de dirhams, en progression annuelle de 5,4%. Cette dynamique se répartit entre les agents non financiers (961,8 MMDH) et financiers (195,5 MMDH). Les entreprises non financières privées ont vu leurs concours progresser de 2,3% sur un an, portés par la hausse des crédits à l’équipement (+9,6%) et des prêts à la promotion immobilière (+7,3%), tandis que les facilités de trésorerie reculent de 2%.

Les crédits aux ménages enregistrent une croissance de 2,6%, grâce aux prêts à l’habitat (+2,5%) et à la consommation (+2,7%). Notamment, le financement participatif pour l’habitat, dominé par les opérations de Mourabaha immobilière, poursuit sa montée en puissance avec une progression annuelle de 16,6%, atteignant 26,2 MMDH. Cette croissance s’inscrit dans un contexte d’assouplissement des conditions d’octroi des crédits aux particuliers, relevé au quatrième trimestre 2024, autant pour les prêts à l’habitat que pour ceux à la consommation.

Le coût du crédit reste relativement stable : 5,17% en moyenne au T1-2025, avec une différenciation selon la taille des entreprises (4,96% pour les GE contre 5,61% pour les TPME) et une tendance à la hausse pour les crédits à la consommation (7,13%). En parallèle, les taux appliqués aux prêts à l’habitat se maintiennent à 4,74%.

Dépôts bancaires et masse monétaire : la confiance reste solide

Les dépôts bancaires atteignent 1.250,2 MMDH, en hausse de 7% par rapport à avril 2024. Les ménages y contribuent largement (929,6 MMDH), dont 210,9 MMDH provenant des Marocains résidant à l’étranger. Les entreprises non financières privées enregistrent une hausse marquée de 11,4%, signe d’une trésorerie renforcée ou d’une attitude prudente face à l’investissement.

Cependant, les taux de rémunération des dépôts à terme poursuivent leur baisse (2,73% à 12 mois, 2,72% à 6 mois). Le taux minimum des comptes d’épargne est fixé à 2,21% pour le premier semestre 2025, contre 2,48% au semestre précédent.

La masse monétaire (agrégat M3) connaît un ralentissement de sa croissance annuelle à 6,9% contre 8% en mars. Ce fléchissement s’explique par la baisse des créances nettes sur l’administration centrale (-3,4%), malgré une hausse des avoirs officiels de réserve (+8,9%). Les dépôts à vue et la monnaie fiduciaire ralentissent également, traduisant une gestion plus conservatrice de la liquidité par les agents économiques. Les comptes à terme progressent de 4,5%, ce qui laisse penser à une volonté de sécuriser les revenus financiers face à l’incertitude.

Par secteur institutionnel, la progression des actifs monétaires des ménages s’établit à 6,2%, traduisant la quasi-stagnation de leurs dépôts à vue et de leurs comptes d’épargne. Côté entreprises privées, la croissance ralentit à 13,5%, ce qui reste néanmoins un signe positif dans un contexte marqué par des pressions sur les marges.

Conditions d’accès au financement et risques bancaires sous contrôle

Selon l’enquête conjoncturelle de BAM, 84% des industriels jugent l’accès au crédit « normal », contre 10% qui le considèrent « difficile ». Une perception globalement positive, même si la progression des créances en souffrance (+4,5%) reste un sujet de vigilance, avec un ratio de 8,7% sur l’ensemble des crédits, en hausse par rapport aux 8,4% du mois précédent.

La croissance du crédit au secteur non financier s’est accélérée à 4,2%, après 3,9% en mars, portée par les crédits au secteur privé (+3,8%) et les prêts aux ménages (+2,6%). À l’inverse, les crédits au secteur public voient leur rythme ralentir (de 8,2% à 7,3%), notamment en raison du tassement des prêts aux sociétés publiques.

Par objet économique, on note une accélération marquée des prêts à l’équipement (11,3% après 9,8%) et des crédits immobiliers (3,3% après 2,7%). Seules les facilités de trésorerie fléchissent (2,1% après 3,8%), ce qui pourrait refléter une prudence conjoncturelle des entreprises dans leur gestion du court terme.

Un réseau bancaire en mutation, mais toujours dense

Le réseau bancaire national s’est resserré avec 5.701 agences recensées en 2024, contre 5.814 en 2023. Ce chiffre résulte de l’ouverture de 39 nouvelles agences et de la fermeture de 152 autres. Une tendance qui traduit l’évolution du comportement des usagers, de plus en plus tournés vers les services digitaux.

Casablanca-Settat conserve la première place avec 1.612 agences, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (854), puis Fès-Meknès (665). Les régions du Sud restent faiblement desservies, avec seulement 32 agences à Dakhla-Oued Eddahab.

Ce mouvement de rationalisation du réseau s’inscrit dans une transformation globale du paysage bancaire marocain, marqué par l’essor des banques participatives (206 agences en 2024) et l’ancrage progressif du digital, notamment via les applications mobiles et la banque à distance.

Perspectives : vers une consolidation prudente

Les indicateurs publiés par BAM traduisent une dynamique de crédit maîtrisée, soutenue par une confiance stable des agents économiques et une gestion prudente des risques bancaires. Le développement du financement participatif, la progression des dépôts et l’ajustement du réseau physique laissent entrevoir une transformation qualitative du secteur.

Toutefois, des défis persistent : croissance modérée du crédit aux entreprises, hausse des créances en souffrance, et pression sur les marges d’intermédiation. Pour 2025, les enjeux porteront sur la modernisation de l’offre bancaire, l’amélioration de l’inclusion financière et la consolidation des mécanismes de régulation.

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