Crédit et épargne au Maroc : maintien de la dynamique malgré les tensions économiques

Crédit et épargne au Maroc : maintien de la dynamique malgré les tensions économiques

Une composante en plein essor mérite d’être soulignée : le financement participatif destiné à l’habitat. Sous forme notamment de Mourabaha immobilière, ce segment a atteint un encours de 26,6 MMDH à fin mai, soit une progression de 16,8% en un an.

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À fin mai 2025, l’activité bancaire au Maroc continue de croître, portée par une progression mesurée des crédits et une nette augmentation des dépôts. Bank Al-Maghrib dresse un tableau contrasté mais globalement dynamique, entre hausse des encours de prêts, afflux de liquidités et évolution différenciée des conditions d’octroi.

Le crédit bancaire franchit les 1.144 milliards de dirhams

À fin mai 2025, l’encours global des crédits bancaires au Maroc s’établit à 1.144,8 milliards de dirhams (MMDH), en hausse annuelle de 4,4%. Cette progression, selon les dernières données publiées par Bank Al-Maghrib (BAM), pourrait traduire une certaine vitalité du marché du crédit, malgré un contexte de resserrement sélectif des conditions d’octroi.

Les crédits accordés aux agents non financiers, qui constituent la majeure partie de l’encours, ont augmenté de 3,4%, tandis que ceux destinés aux agents financiers ont bondi de 9,7%. Ce différentiel témoigne d’une certaine prudence vis-à-vis du secteur productif privé, contrebalancée par une dynamique marquée au sein du système financier.

Les entreprises non financières privées ont bénéficié d’un soutien orienté vers l’investissement, avec une progression notable de 11,1% des crédits à l’équipement et de 6,8% des prêts à la promotion immobilière. À l’inverse, les facilités de trésorerie ont reculé de 2,8%, traduisant une prudence accrue de la part des établissements prêteurs.

Des critères d’octroi à géométrie variable

L’enquête trimestrielle de BAM sur les conditions de crédit révèle une segmentation plus nette des pratiques bancaires. Les critères d’octroi ont été durcis pour les crédits de trésorerie et ceux destinés à la promotion immobilière, tandis qu’ils sont restés stables pour les prêts à l’équipement.

Par taille d’entreprise, le contraste est encore plus marqué : un assouplissement des conditions pour les grandes entreprises (GE), mais un durcissement pour les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME). Cela reflète une gestion du risque différenciée, en faveur des structures jugées plus solides ou moins exposées, pénalisant les TPME pourtant cruciaux dans le tissu économique du pays .

La demande de crédit reste cependant bien orientée : les banques signalent une hausse pour tous les types de prêts, portée par les grandes entreprises, tandis que la demande des TPME est restée stable. L’accès au financement bancaire est jugé « normal » par 84% des industriels interrogés, contre 10% qui l’estiment « difficile ».

Les ménages entre endettement modéré et financement participatif

Du côté des particuliers, les crédits aux ménages ont atteint 387,4 MMDH, en progression de 2,4% sur un an. Cette hausse s’explique principalement par une augmentation des prêts à l’habitat (+2,5%) et des crédits à la consommation (+2,5%).

Une composante en plein essor mérite d’être soulignée : le financement participatif destiné à l’habitat. Sous forme notamment de Mourabaha immobilière, ce segment a atteint un encours de 26,6 MMDH à fin mai, soit une progression de 16,8% en un an. Depuis janvier 2025, la hausse cumulée est déjà de 6,9%.

L’enquête de BAM indique par ailleurs un assouplissement des critères d’octroi pour les crédits à l’habitat et à la consommation. La demande a augmenté pour les premiers, mais reculé pour les seconds.

Les taux d’intérêt légèrement orientés à la baisse

Les conditions tarifaires des crédits ont connu des ajustements modérés. Au premier trimestre 2025, le taux moyen appliqué aux nouveaux crédits s’est replié de 9 points de base à 5,17%. Pour les grandes entreprises, ce taux s’est établi à 4,96%, contre 5,61% pour les TPME.

S’agissant des crédits aux ménages, les taux ont évolué en sens inverse. Le taux moyen pour les prêts à la consommation a augmenté de 14 points de base à 7,13%, tandis que celui des prêts à l’habitat est resté quasi stable à 4,74%. Le coût global du crédit est resté stable pour 73% des entreprises et en baisse pour 21% d’entre elles.

Une épargne en augmentation, tirée par les ménages et les MRE

À l’autre extrémité du bilan bancaire, les dépôts affichent une croissance soutenue. À fin mai, les dépôts auprès des banques atteignent 1.268,7 MMDH, soit une hausse annuelle de 8,2%. Ce niveau record reflète une forte mobilisation de l’épargne, aussi bien des ménages que des entreprises.

Les dépôts des ménages ont progressé de 6,6% pour atteindre 935,8 MMDH. Les Marocains résidant à l’étranger (MRE) y contribuent pour 211,4 MMDH, confirmant leur rôle crucial dans le soutien à la liquidité bancaire

Du côté des entreprises non financières privées, les dépôts enregistrent une hausse spectaculaire de 14,2% à 224,4 MMDH, ce qui pourrait traduire une prudence accrue face à l’investissement ou des effets de report d’utilisation des ressources.

 Une rémunération de l’épargne en repli

Malgré cet afflux de dépôts, la rémunération de l’épargne reste modeste. Les taux servis sur les dépôts à terme ont baissé de 36 points de base pour les échéances à six mois (2,36%) et de 3 points pour celles à un an (2,7%). Le taux minimum des comptes d’épargne est désormais fixé à 1,91% pour le second semestre 2025, contre 2,21% au semestre précédent.

Ce recul s’inscrit dans un contexte de taux d’intérêt relativement stables et reflète aussi la pression sur la marge d’intermédiation des banques.

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