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De Marrakech à Agadir et Rabat, une géopolitique de dialogue et de résilience contre le terrorisme
Si la menace est connue, elle reste insaisissable et est devenue "complexe, décentralisée, diversifiée" (Mauro Miedico, ONUCT)
De Marrakech à Agadir, en passant par Rabat, le Maroc confirme son ancrage comme plateforme régionale — et désormais mondiale — de la lutte contre le terrorisme. À travers la "Plateforme de Marrakech", les rapports internationaux sur la réintégration des anciens affiliés et les multiples partenariats sécuritaires noués avec l’ONU et les États européens, le Royaume articule une stratégie à la fois ferme, inclusive et fondée sur l’intelligence collective.
A Agadir, l’Afrique vigilante
C’est à Agadir, sous le ciel de juin, que s’est ouverte la quatrième édition de la "Plateforme de Marrakech", ce format inédit de concertation stratégique coprésidé par le Maroc et le Bureau des Nations Unies pour la Lutte contre le Terrorisme (ONUCT). Ce qui, en 2022, semblait un simple mécanisme régional prend aujourd’hui l’allure d’un rituel diplomatique et sécuritaire de haut niveau.
Cette réunion de deux jours a rassemblé près de quarante agences africaines de renseignement et de sécurité, accompagnée d’une trentaine de délégations observatrices du monde entier. Le profil des participants : des opérationnels, des experts du terrain, des professionnels du renseignement, donne à ce rendez-vous une allure de grande messe de lutte contre le terrorisme.
Et si la menace est connue, elle reste insaisissable. Comme le résume Mauro Miedico, représentant du Secrétaire adjoint de l’ONUCT, elle est devenue "complexe, décentralisée, diversifiée". On ne la localise plus dans une forêt ou un désert, on la repère dans les interstices de la mondialisation numérique, des conflits asymétriques et des fragilités étatiques.
La "Plateforme de Marrakech", plus qu’un nom, une méthode
La "Plateforme de Marrakech" ets en train de s’ancrer. Elle a d’abord été pensée comme un espace africain de coordination, elle est devenue une matrice de stratégie collective. Chaque édition — Marrakech en 2022, Tanger en 2023, Fès en 2024 et désormais Agadir en 2025 — est l’occasion d’un examen approfondi de la cartographie des menaces, mais aussi des outils de réponse.
Son originalité ? L’anticipation et la proactivité, un terme qu’affectionnent particulirement les services marocains. Elle ne se contente pas de réagir aux attaques, elle élabore un programme d’action pour les douze mois suivants. Cette programmation rend la lutte antiterroriste lisible, cohérente, mais surtout ancrée dans le réel des services africains — trop souvent laissés seuls face à des défis transnationaux.
Le Maroc, dans cette logique, ne se contente pas de coprésider. Il agit comme trait d’union. Entre l’Afrique et l’ONU, entre le Sud et le Nord, entre la fermeté et la prévention.
À Rabat, un autre front : celui de la justice et de la réintégration
Pendant qu’Agadir s’active à penser la réponse opérationnelle, Rabat réfléchit à une autre dimension du combat : celle du traitement des individus affiliés à des groupes terroristes. Le Centre nordique pour la transformation des conflits (NCCT) y a présenté, avec l’appui des Pays-Bas et d’organisations internationales, un rapport sensible et nécessaire sur les adultes affiliés au terrorisme.
La question posée est brutale : que fait-on de ceux qui reviennent ? De ceux que l’on rapatrie ? De ceux qui ont combattu sous des bannières extrémistes, mais qui réintègrent le tissu social ? La réponse, selon le rapport ReOrient, comme l’a toujours préconisée le Maroc, n’est ni judiciaire seule, ni strictement sécuritaire. Elle est plurielle : poursuite, désendoctrinement, réhabilitation, réintégration. Un quadriptyque exigeant, qui suppose de déconstruire les discours binaires et de renouer avec une justice qui répare autant qu’elle protège.
Noufal Abboud, directeur du NCCT, ne s’y trompe pas : choisir le Maroc comme lieu de lancement du rapport est un geste symbolique. Il salue l’expérience marocaine de justice transitionnelle, entamée dès les années 2000. Il reconnaît un pays qui, sans angélisme, tente de penser l’après.
L’architecture marocaine de la lutte antiterroriste
Ce qui émerge de cette lecture croisée entre Agadir et Rabat, c’est une architecture. Non pas un mur sécuritaire, mais une constellation de dispositifs, de dialogues, de passerelles. Le Maroc ne prétend pas détenir le modèle, mais il propose une méthode : combiner la vigilance tactique, l’échange intercontinental, le traitement humain des retours et l’ancrage juridique dans l’État de droit.
Reste un point essentiel : cette politique n’a de sens que si elle se nourrit d’une volonté constante de réforme. La menace change, la réponse doit suivre. Les dynamiques régionales évoluent, la coopération doit s’adapter. L’Afrique devient à la fois cible et acteur central de la lutte contre le terrorisme. Le Maroc s’interdit dans ce cadre de se positionner comme un donneur de leçons, mais comme un axe de dialogue et de méthode.