Douanes marocaines : une performance en hausse en 2024 entre recettes, contrôles renforcés et lutte contre la contrebande

Douanes marocaines : une performance en hausse en 2024 entre recettes, contrôles renforcés et lutte contre la contrebande

L’année 2024 a été marquée par une intensification des contrôles des voyageurs.

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Rabat – L’année 2024 aura marqué un tournant pour l’Administration des Douanes et Impôts Indirects (ADII). Avec des recettes budgétaires inédites, un nombre record de déclarations uniques de marchandises, un contrôle accru des flux de devises et un renforcement de la lutte contre les trafics illicites, selon le rapport des Douanes. Ce bilan, détaillé dans le rapport annuel de l’ADII, reflète à la fois la solidité des dispositifs de collecte et l’adaptation continue face aux défis de la mondialisation, de la fraude et des crises conjoncturelles.

Des recettes douanières en hausse

Avec 144,8 milliards de dirhams encaissés en 2024 contre 132,5 MMDH en 2023, les recettes douanières ont atteint un niveau historique, enregistrant une hausse de 9,2%. Cette progression dépasse les prévisions de la Loi de Finances, avec un taux de réalisation de 104,9% en droits payés et de 108,1% en droits constatés.

Le moteur de cette performance réside dans la croissance des recettes de la TVA à l’importation, qui représentent désormais 62% du total. Enregistrant une hausse de 11,9%, elles culminent à 84,9 MMDH, tirées principalement par la progression de 16,1% de la TVA sur les produits hors énergie.

La taxe intérieure de consommation (TIC) suit la même dynamique, avec une hausse de 11,8% sur les produits énergétiques, portée par une progression de 12,6% des recettes issues du gasoil et de 9,6% de celles du supercarburant. Les tabacs manufacturés génèrent 8,4 MMDH, en hausse de 8,3%, traduisant une augmentation des mises à la consommation (+14,8%).

En revanche, la production locale taxée est restée quasi-stable, avec 6,3 MMDH contre 6,28 en 2023, confirmant que la progression s’explique surtout par la dynamique des importations.

La TIC hors énergie et tabacs s’est distinguée par une hausse notable de 21,9% (+650,3 MDH), traduisant un élargissement de la base taxable. Quant au droit d’importation (DI), il s’est accru de 8,5%, atteignant 1,37 MMDH, grâce notamment aux importations d’ovins, de smartphones et d’appareils électriques.

Il convient toutefois de rappeler que l’année 2024 a été marquée par la suspension des droits d’importation sur plusieurs denrées de base (blé, légumineuses, certaines huiles brutes et bovins domestiques), une mesure destinée à protéger le pouvoir d’achat et à stabiliser le marché intérieur.

Les DUM franchissent la barre des deux millions

Le volume d’activité administrative illustre également l’intensité du commerce extérieur marocain. Pour la première fois, le nombre de déclarations uniques de marchandises (DUM) a dépassé les 2 millions en 2024, soit une progression de 7,1% par rapport à 2023.

Cette hausse résulte d’une croissance équilibrée des déclarations à l’import (+7,3%) et à l’export (+7,2%). Les importations simples représentent 32% du total, suivies des exportations simples (22%) et des exportations en suite de régimes économiques en douane (20%).

La répartition régionale confirme le poids prépondérant des zones logistiques stratégiques : la Direction Régionale de Tanger-Tétouan-Al Hoceima concentre 51% des DUM, suivie de Casablanca-Settat (37%).

Les Magasins et Aires de Dédouanement (MEAD) ont contribué à hauteur de 21% au total, avec une hausse des flux de 7,9%. Ces plateformes jouent un rôle décisif dans la décongestion des ports et aéroports, en permettant un dédouanement rapide et une réduction des coûts logistiques. Le bureau de Casablanca-MEAD arrive en tête (45%), suivi de Nouaceur-Fret (32%) et Tanger-ville (20%).

Contrôle des voyageurs : vigilance accrue sur les devises

L’année 2024 a été marquée par une intensification des contrôles des voyageurs. Les services douaniers ont saisi 167 millions de dirhams en devises, contre 105 MDH en 2023, soit une hausse de 59%.

Cette performance découle du renforcement des brigades spécialisées, de formations ciblées et d’une meilleure coordination avec les services de sécurité et de renseignement. Les profils à risque ont été mieux identifiés, permettant d’accroître l’efficacité des interceptions.

En parallèle, le nombre de déclarations de devises a progressé de manière significative : 15.572 en 2024 contre 12.515 en 2023, pour une contre-valeur dépassant 2,5 milliards de dirhams. Cette évolution traduit une meilleure sensibilisation des voyageurs et un respect accru de la réglementation.

 Automobile : 151.755 voitures de tourisme dédouanées

En 2024, 151.755 voitures de tourisme ont été dédouanées, en hausse de 6% par rapport à 2023. Cette progression est portée à la fois par les véhicules neufs (+5%) et d’occasion (+15%).

Les recettes générées par ce segment atteignent 7 milliards de dirhams, en hausse de 12%, grâce notamment à la fiscalité appliquée aux véhicules neufs.

La répartition régionale souligne le rôle dominant de Casablanca-Settat, avec 63% des véhicules dédouanés (+8%), suivie de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (26%, +6%). Ces deux pôles concentrent près de 90% de l’activité automobile, confirmant leur rôle de hubs logistiques.

Contrebande et contrefaçon : un front sous contrôle

La valeur des marchandises de contrebande saisies s’élève à 284 MDH en 2024, en hausse de 7,74%. Cette progression modérée traduit une baisse générale de l’activité de contrebande, sous l’effet d’un renforcement du renseignement, d’une meilleure synergie interservices et de l’intensification des contrôles aléatoires et ciblés.

En matière de protection de la propriété intellectuelle, 746 demandes de suspension ont été enregistrées (+9,38%), témoignant d’une plus grande vigilance des titulaires de droits et d’une simplification des procédures. Les interceptions effectives de contrefaçons, en revanche, sont en recul : 82 suspensions contre 97 en 2023, avec 1,15 million d’articles concernés (-42%). Cette tendance traduit une meilleure dissuasion auprès des importateurs potentiels.

Cigarettes de contrebande : une chute spectaculaire

Les saisies de cigarettes de contrebande ont connu une baisse spectaculaire de 58%, passant de 600.000 unités environ à 254.388 en 2024. Le taux de pénétration pondéré de ces produits sur le marché national est tombé à 1,04%, contre 1,85% en 2023 et 2,81% en 2022.

Cette tendance témoigne de l’efficacité des mesures dissuasives, de la coopération avec les forces de sécurité et du renforcement de la surveillance aux frontières.

En revanche, les saisies de stupéfiants ont explosé. La douane a intercepté 38 tonnes de chira contre 21 tonnes en 2023, ainsi que 750 kg de cocaïne et drogues dures contre 261 kg l’année précédente. Ces résultats traduisent une vigilance accrue face aux réseaux de trafic international.

Sacs plastiques : un recul net des saisies

L’application stricte de la loi interdisant les sacs plastiques continue de porter ses fruits. En 2024, les saisies ont chuté de 76%, passant de 283 tonnes en 2021 à seulement 64 tonnes.

La baisse touche également les granulés plastiques (96 tonnes contre 115 en 2023). Cette tendance confirme l’efficacité des contrôles ciblés et des opérations menées dans les entrepôts et zones industrielles, qui ont réduit la production clandestine.

Une administration au cœur de la souveraineté économique

Au-delà des chiffres, le rapport de l’ADII illustre le rôle central de la douane dans la consolidation de la souveraineté économique et sécuritaire du Royaume. En garantissant la collecte des recettes, elle alimente directement le budget de l’État et soutient la réalisation des grands projets nationaux. En luttant contre la contrebande, la fraude et le trafic de devises, elle protège l’économie nationale et les citoyens.

Les défis demeurent nombreux : digitalisation complète des procédures, fluidification des flux commerciaux, amélioration de la logistique et anticipation des nouvelles menaces liées au commerce électronique et aux trafics transnationaux.

Mais le bilan 2024 démontre que la douane marocaine a su conjuguer efficacité budgétaire, rigueur sécuritaire et accompagnement des opérateurs économiques, inscrivant son action dans une dynamique de modernisation et de performance.

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