Eau et climat : l’IMIS appelle à repenser les incitations agricoles en faveur de cultures adaptées au stress hydrique

Eau et climat : l’IMIS appelle à repenser les incitations agricoles en faveur de cultures adaptées au stress hydrique

Pour relever le défi, le rapport propose dix leviers concrets

1
Partager :

Le Royaume est aujourd'hui confronté à des défis hydriques majeurs, aggravés par le changement climatique, la surexploitation des ressources et la hausse des besoins agricoles. À Rabat, l’Institut marocain d’intelligence stratégique (IMIS) a présenté un rapport détaillant les enjeux à l’horizon 2030-2050 ainsi que des recommandations concrètes pour construire un modèle de gestion de l'eau plus résilient et durable.

Une réflexion stratégique à long terme

À l’heure où la question de l'eau devient cruciale pour l’action publique marocaine, l’Institut marocain d’intelligence stratégique (IMIS) a dévoilé lundi à Rabat un rapport majeur intitulé « Eau et climat : le Maroc à la croisée des chemins ? ». L’intitulé n’est pas original, mais ce travail, repose, selon ses auteurs, sur quatre mois de recherche pluridisciplinaire coordonnée par Me Ghalia Mokhtari, spécialiste des infrastructures, et mené par une équipe d’experts indépendants parmi lesquels figurent Ahmed Azirar, Yasmine El Khamlichi et Meryem Benhida.

Ce document a une double ambition : analyser ‘’en profondeur’’ la crise hydrique que traverse le Royaume et proposer des recommandations opérationnelles à l’horizon 2030-2050. Il a été présenté lors d’une rencontre où le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a longuement échangé avec le président de l’IMIS, Abdelmalek Alaoui.

Les origines d'une crise multidimensionnelle

Le rapport, construit en trois volets, détaille d’abord l’origine de la crise hydrique du pays : baisse des ressources renouvelables, surexploitation des nappes, effets du dérèglement climatique et poids du modèle agro-exportateur. Ce diagnostic repose sur une lecture précise du contexte marocain, où la ressource en eau devient un élément structurant de la stabilité économique et sociale.

Une Vision royale comme socle de la stratégie

Le deuxième volet met en lumière la Vision du Roi Mohammed VI, qui a fait de l'eau une priorité nationale majeure. Trois axes définissent la feuille de route royale : l’élargissement de l’accès à l'eau potable, notamment en milieu rural ; le renforcement de la productivité agricole grâce à une maîtrise de l’irrigation ; ainsi que des investissements massifs pour moderniser les infrastructures hydrauliques.

Dessalement, réutilisation des eaux usées : des leviers pour l’avenir

Le troisième volet du rapport décrypte le modèle historique de mobilisation de la ressource en eau ainsi que ses limites : envasement des barrages, retards des transferts interbassins, faible taux de réutilisation des eaux usées. Pour répondre à la hausse des besoins, le Royaume mise désormais sur le dessalement, avec un objectif de 50 % des besoins en eau potable couverts d’ici 2030.

Les leviers d’action proposés par l’IMIS

Jusque-là, que des constats connus, mais c’est au niveau des propositions que probablement l’étude apporte des pistes. Pour relever le défi, le rapport propose dix leviers concrets. Il suggère la création d’un système national unifié des données hydriques, ainsi qu’une tarification de l'eau plus juste. L’IMIS appelle à repenser les incitations agricoles en faveur de cultures adaptées au stress hydrique, à intensifier la télésurveillance des forages, à contractualiser la gestion des nappes et à accélérer le recours au dessalement ainsi qu’au recyclage des eaux usées via des modèles de financement public-privé et des instruments de dette verte.

Pour garantir une gestion durable de la ressource, le document suggère d’imposer l’empreinte hydrique comme critère d’investissement obligatoire, de créer une "Académie de l'eau" pour accompagner le changement des mentalités ainsi qu’un observatoire pluridisciplinaire du nexus eau-énergie-agriculture-écosystèmes.

Une réflexion nourrie par l’expérience internationale

Selon ses auteurs, ce travail s’appuie également sur une étude comparative de modèles étrangers tels que la Jordanie, l’Espagne et le Chili, illustrant des alternatives possibles pour le Royaume.

L’IMIS es un Think Tank  qui apporte au débat public es réflexions et recommandations pour accompagner le Maroc sur le chemin d’une croissance durable, résiliente et maîtrisée.

lire aussi