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Etat d’alerte permanent face à l’épreuve climatique autour du Loukkos et du Sebou
Convoi des Forces Armées Royales dans la province de Sidi Kacem où les autorités ont concentré leurs efforts sur les zones proches de l’oued Sebou.
De Tétouan à Ksar El Kébir, en passant par Sidi Kacem autour des bassins du Loukkos et du Sebou, les autorités sont engagées dans une course contre la montre face à un épisode météorologique d’une rare intensité. Pluies diluviennes, crues d’oueds, lâchers préventifs de barrages et évacuations de populations ont déclenché une mobilisation multisectorielle sans précédent. Objectif : protéger les vies humaines, sécuriser les infrastructures et maintenir la continuité des services essentiels dans un contexte marqué par une vigilance maximale.
Une alerte rouge à Tétouan pour un mercredi sous la menace
Depuis le début de la semaine, les provinces du nord du Royaume sont placées sous haute surveillance. À Tétouan, les autorités provinciales ont activé un dispositif renforcé dès la réception des bulletins d’alerte de niveau rouge annonçant des précipitations pouvant atteindre localement 150 millimètres mercredi. Le Comité provincial de veille s’est réuni pour coordonner les interventions et anticiper les risques liés aux fortes pluies et aux vents violents.
Les premières décisions ont porté sur la sécurisation des espaces publics et des axes routiers sensibles. Les canaux d’évacuation des eaux pluviales ont été nettoyés, les points noirs identifiés et surveillés en continu, notamment dans les quartiers bas et les zones sujettes aux accumulations d’eau. En parallèle, les équipes de terrain ont été placées en état d’alerte permanente afin d’intervenir rapidement en cas d’inondation ou de glissement de terrain.
Une force d’intervention déployée sur le terrain
Plus de 900 éléments relevant des forces de sécurité, de la protection civile, de la Promotion nationale et de bénévoles ont été mobilisés dans la province de Tétouan. Ils sont appuyés par un parc logistique de plus de 250 engins, comprenant camions-pompes, bulldozers, véhicules de secours et équipements de drainage.
Selon Mohamed Akka, responsable de la division des affaires économiques et de la coordination provinciale, la priorité absolue reste la protection des populations. Dans cette optique, la suspension des cours dans les établissements scolaires, universitaires et de formation professionnelle a été décidée pour deux jours afin de limiter les déplacements et d’éviter tout risque pour les élèves et les personnels éducatifs.
Les autorités ont également renforcé la coordination avec l’Agence du Bassin Hydraulique du Loukkos pour assurer un suivi précis des débits des barrages et des niveaux des oueds. Les barrages de Kharroub, Nakhla et Charif Al Idrissi font l’objet d’un monitoring permanent afin d’anticiper les lâchers d’eau et de prévenir tout débordement incontrôlé.
Ksar El Kébir, une ville en état d’alerte permanente

Les rues habituellement animées ont vu leur activité s’arrêter, tandis que de nombreux commerces ont baissé leurs rideaux par mesure de précaution. Les quartiers situés en hauteur restent relativement épargnés, mais dans les zones basses, plusieurs quartiers ont été évacués
À Ksar El Kébir, la situation demeure particulièrement sensible en raison de la proximité de l’oued Loukkos. Depuis le week-end, les opérations d’évacuation se poursuivent vers les villes voisines. Plus de 70 bus et plusieurs trains ont été mobilisés pour faciliter le déplacement des habitants des zones exposées.
Cette mobilisation a profondément modifié le quotidien de la ville. Les rues habituellement animées ont vu leur activité ralentir, tandis que de nombreux commerces ont baissé leurs rideaux par mesure de précaution. Les quartiers situés en hauteur restent relativement épargnés, mais dans les zones basses, les habitants s’organisent pour limiter les dégâts.
Des barrières de fortune faites de briques, de ciment et de sacs de sable ont été installées devant les portes des maisons et des boutiques. Youssef, commerçant au marché de Sidi Bouahmed, explique avoir fermé son magasin pour se conformer aux consignes des autorités. Pour lui, la prudence prime face à un épisode climatique qu’il qualifie d’exceptionnel.
À l’inverse, Hassan, chauffeur de taxi résidant dans un quartier non exposé, a choisi de rester en ville. Témoignant d’une solidarité spontanée, il transporte gratuitement les habitants vers les points de rassemblement des bus assurant les liaisons avec l’extérieur.
Le barrage Oued El Makhazine sous surveillance rapprochée
La pression hydrologique est également perceptible au niveau des infrastructures de stockage d’eau. Le barrage Oued El Makhazine a enregistré, en une seule semaine, plus de 518 millions de mètres cubes d’apports hydriques. Depuis le début de la saison hydrologique, ce volume atteint près de 845 millions de mètres cubes, un chiffre largement supérieur aux moyennes habituelles.
Selon Yassine Wahby, responsable au sein de l’Agence du Bassin Hydraulique du Loukkos, ces apports exceptionnels sont liés à des précipitations qui ont parfois dépassé 200 millimètres en 24 heures. Face à cette situation, un lâcher préventif partiel est en cours depuis le 24 janvier afin de réduire la pression sur l’ouvrage et d’anticiper les crues en aval.
Les équipes techniques assurent un suivi permanent de l’état du barrage. Aucun dysfonctionnement n’a été signalé, et l’ouvrage est jugé en bon état structurel. Toutefois, un plan spécifique a été activé pour faire face à l’épisode climatique annoncé, avec un objectif clair : garantir la sécurité des populations riveraines.
Sidi Kacem, évacuations et hébergement d’urgence

Dans la province de Sidi Kacem, le douar El Kabarta, partiellement inondé, a fait l’objet d’une opération d’évacuation progressive
Dans la province de Sidi Kacem, les autorités ont concentré leurs efforts sur les zones proches de l’oued Sebou. Le douar El Kabarta, partiellement inondé, a fait l’objet d’une opération d’évacuation progressive. Les habitants ont été transférés vers des zones jugées sûres, notamment Mechraâ Erradm et Al Mrifek.
Au total, plus de 175 familles, représentant environ 750 personnes, ont été hébergées dans différents centres d’accueil. Ces structures ont été équipées de matelas, de couvertures, de tentes supplémentaires et de stocks alimentaires afin de garantir des conditions d’hébergement dignes.
Le président de la commune de Dar El Aslouji, Younesse Boudane, souligne que ces mesures s’inscrivent dans un plan préventif d’urgence activé en coordination avec les autorités provinciales et centrales. L’opération ne s’est pas limitée à l’évacuation des habitants : une école située dans une zone à risque a également été vidée de ses équipements afin de les protéger contre d’éventuels dégâts.
Les comités de veille restent mobilisés jour et nuit pour surveiller l’évolution des oueds Sebou et Ouergha, sécuriser le cheptel et intervenir rapidement en cas de besoin.
Une vigilance accrue sur les routes
Face à l’ampleur des précipitations annoncées, le ministère de l’Équipement et de l’Eau a appelé les usagers de la route à une vigilance maximale. Plusieurs provinces sont concernées par des risques de perturbation du trafic en raison des pluies intenses et des chutes de neige sur les reliefs dépassant 1500 mètres.
Les autorités recommandent d’éviter les déplacements nocturnes, de vérifier l’état mécanique des véhicules avant tout voyage et de respecter scrupuleusement la signalisation routière. Une attention particulière est demandée aux conducteurs aux abords des oueds, des radiers submersibles et des points bas susceptibles d’être inondés.
Le ministère insiste également sur le respect des consignes émises par les équipes de terrain et met à disposition un centre de permanence pour informer les automobilistes en temps réel sur l’état du réseau routier.
Une coordination interinstitutionnelle à l’épreuve
L’épisode météorologique en cours met en lumière l’importance de la coordination entre les différents acteurs institutionnels. Gouverneurs, collectivités territoriales, forces de sécurité, protection civile, agences hydrauliques et services techniques travaillent de concert pour anticiper les risques et limiter l’impact des intempéries.
À Tétouan comme à Ksar El Kébir et Sidi Kacem, les autorités affirment que les investissements réalisés ces dernières années dans les infrastructures de protection contre les inondations ont permis de réduire la vulnérabilité de plusieurs quartiers autrefois exposés.
Cependant, la répétition de phénomènes climatiques extrêmes pose la question de l’adaptation à long terme. L’intensité des précipitations, la saturation rapide des bassins versants et la pression sur les barrages rappellent la nécessité d’une planification hydrologique renforcée et d’une modernisation continue des systèmes d’alerte et de prévention.
Entre résilience locale et défi climatique
Sur le terrain, la mobilisation ne se limite pas aux autorités. Les citoyens participent activement à la protection de leurs quartiers, que ce soit en renforçant les accès aux habitations, en aidant les personnes vulnérables ou en relayant les consignes de sécurité.
Cette dynamique de solidarité, observée notamment à Ksar El Kébir et dans les zones rurales de Sidi Kacem, illustre la capacité de résilience des communautés face aux aléas naturels. Elle souligne également l’importance de la communication publique et de la confiance entre les institutions et les citoyens dans la gestion des crises.
Alors que les prévisions météorologiques annoncent encore des perturbations importantes dans les prochains jours, les autorités maintiennent un niveau d’alerte élevé. L’objectif reste inchangé : préserver les vies humaines, sécuriser les infrastructures stratégiques et accompagner les populations affectées jusqu’au retour à des conditions climatiques plus stables.