Face à un monde où les certitudes s’effondrent, le Roi rappelle qu’il n’y a pas d’ordre viable sans règles

Face à un monde où les certitudes s’effondrent, le Roi rappelle qu’il n’y a pas d’ordre viable sans règles

Le président de l’Institut de Droit International (IDI), Mohamed Bennouna, donnant lecture que le Roi Mohammed VI a adressé à la 82ème session de l’Institut du Droit International – Rabat, 24 août 2025 (Photo MAP)

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Un droit malmené par les crises mondiales

A L’ouverture de la 82ème session de l’Institut du Droit International qui se tient au siège de l’Académie du Royaume du Maroc, le Roi Mohammed VI a livré un discours aussi concis que dense. A travers son intervention, le Souverain a mis en lumière la fragilité actuelle du droit international, réaffirmant par-là la vocation du Maroc à défendre un ordre mondial fondé sur des règles et des valeurs partagées.

Face à un monde où les certitudes se fissurent et les alliances se recomposent, le Roi Mohammed VI, dans un constat lucide, souligne que le droit censé ordonner les relations entre nations, se voit « fortement secoué par les assauts de vents contraire violents ». La session de Rabat, à ce titre, devient un miroir des tensions de l’époque, appelée à se pencher sur les fragilités avec l’urgence de repenser la gouvernance mondiale.

La constance marocaine face aux turbulences

Le Maroc, fidèle à son positionnement légaliste, signe et revendique une diplomatie qui s’enracine dans le respect du droit et des principes de la Charte des Nations Unies. Pour le Souverain, il n’existe pas d’ordre viable sans règles. Et ajoute aussitôt : aucune avancée majeure ne peut se réaliser dans l’isolement. L’appel est clair : les États doivent fonder leurs rapports sur des valeurs partagées, des institutions solides et une coopération active.

En rappelant ce cap, le Maroc se pose comme un artisan de stabilité, un défenseur d’une solidarité internationale qui transcende les rapports de force et s’attache au multilatéralisme.

Le droit, phare dans la brume des incertitudes

Au-delà du constat et des principes, le discours royal est muaussi un souffle d’espoir. En accueillant cette session, le Maroc souhaite offrir un espace d’émulation intellectuelle et de dialogue constructif. Le Roi Mohammed VI appelle à replacer le droit international à sa juste place : non pas comme une utopie déchue, mais comme un phare dans la brume, guidant les nations dans un monde de plus en plus incertain. Dans ce message, il y a à la fois une mise en garde et une espérance qui rappellent que le droit international n’est pas un luxe, mais un impératif vital pour conjurer le chaos qu’augure l’état actuel du monde. Voici par ailleurs l’intégral du discours royal. Naïm Kamal -

Un honneur pour le Maroc et l’Afrique

C’est un grand honneur pour le Royaume du Maroc et pour la ville de Rabat d’accueillir la 82ème session de l’Institut de Droit International.

Il a fallu attendre plus de quatre décennies – depuis la session du Caire en 1987 – pour qu’échoit à nouveau à l’Afrique le privilège d’accueillir vos délibérations. Soyez donc à nouveau les bienvenus sur le continent et les bienvenus au Maroc.

Depuis sa création en 1873, l’Institut de Droit International n’a pas été que le témoin des soubresauts du monde. Il a été un observateur avisé, un analyste pertinent, un initiateur de normes et une voix forte de la conscience juridique universelle et vous vous acquittez de cette mission avec une persévérance qui force juste l’admiration. Votre consécration par le Prix Nobel de la Paix, en 1904, est la reconnaissance d’une œuvre magistrale au service du droit international.

Un droit fragilisé mais nécessaire

Cette session de Rabat se tient à un moment où le droit international se trouve fortement secoué par les assauts des vents contraires violents. Le monde change à vue d’œil, les certitudes s’effondrent, les repères s’ébranlent, les alliances se questionnent et le Droit international – interpellé dans sa capacité même à ordonner les relations internationales – se voit trop souvent malmené.

Face à ces défis votre Institut saura, sans nul doute, consolider sa réputation et confirmer sa vocation.

L’ordre du jour de vos travaux couvre des sujets brûlants, dont la question des Pandémies, ces crises mondiales qui n’éprouvent pas que la santé des populations mais aussi les principes fondamentaux sur lesquels repose l’architecture du monde. À travers les tensions entre souveraineté nationale et coopération internationale, entre impératifs sécuritaires et exigences de solidarité, une crise systémique ne se contente pas de perturber l’ordre établi ; elle en révèle les failles et en accélère les mutations. Il vous revient aujourd’hui de cerner ces transformations, non seulement pour comprendre le passé récent, mais pour esquisser les contours d’un droit international plus résilient et à la hauteur des défis de demain.

La vision du Royaume pour un ordre fondé sur le droit

Le Royaume du Maroc, pour sa part, a toujours inscrit son action extérieure dans une démarche légaliste, structurée, fondée sur le respect du droit international et des principes de la Charte des Nations Unies.

Il n’y a pas d’ordre viable sans règles, et c’est dans cette conviction que s’ancre la diplomatie marocaine. Mais, nous savons aussi qu’aucune grande avancée ne se réalise dans l’isolement. Les dynamiques internationales ne sont pas de simples jeux d’équilibre entre États ; elles s’appuient sur des valeurs, sur des principes consensuels et des institutions capables de structurer la coopération et d’assurer la pérennité de ces principes.

Pour finir nous saluons en votre Institut ce fervent défenseur du règlement pacifique des différends, rivé aux principes de la Charte des Nations Unies. L’Institut a su, au fil du temps, écouter le monde, s’ouvrir à la diversité et intégrer les voix de toutes les cultures et de toutes les sensibilités. Que cette session se tienne au Maroc, sous la présidence d’un marocain fervent défenseur du droit international en est, à nos yeux, la meilleure preuve.

Alors, que le Maroc soit pour vous une source d’inspiration, que Rabat soit ce creuset d’échange et d’émulation, et que ce 82ème congrès soit celui qui remet le droit international à la place qui est la sienne : non pas à la place d’une utopie désenchantée, mais à la place d’un phare dans la brume.

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