National
La finance islamique face aux défis globaux, le Maroc sur le ‘’bonne voie’’ et le ‘’chemin droit’’
Abdellatif Jouahri, wali Bank Al-Maghrib et le Le Secrétaire général de l’IFSB, Ghiath Shabsigh au 23e forum sur la stabilité financière islamique de l'Islamic Financial Services Board (IFSB), centré sur la réduction des vulnérabilités structurelles, ainsi que des séances de partage d’expériences entre membres de l’IFSB. 03/07/2025 – Rabat
À Rabat, le 23ᵉ Forum sur la Stabilité Financière Islamique a réuni plus de 130 décideurs et experts de la finance islamique venus du monde entier. Entre réformes structurelles, renforcement des normes et développement des marchés des sukuk, les discussions ont révélé une volonté commune : bâtir un système financier islamique résilient, inclusif et adapté aux mutations mondiales. Le Maroc, par son engagement réglementaire et sa vision stratégique, s’y affirme comme un hub régional de référence. Actuellement, la finance participative représente 2 % des actifs bancaires du pays
Le système financier islamique en quête de résilience
Réunis à Rabat en marge des Assemblées Annuelles du Conseil des services financiers islamiques (IFSB), les participants au 23ᵉ Forum sur la Stabilité Financière Islamique ont lancé un appel clair : il est temps d’engager des réformes structurelles ciblées pour renforcer la résilience du système financier islamique, dans un contexte mondial instable.
Organisé sous le thème « Surmonter les difficultés : remédier aux vulnérabilités structurelles et renforcer la résilience face aux chocs futurs », ce forum a mis en avant des priorités structurantes : le développement de marchés des sukuk plus liquides en monnaie locale, l’élargissement de la base d’investisseurs, ainsi que la réduction des lacunes juridiques et réglementaires.
Les échanges ont également souligné l’importance de renforcer les segments non bancaires de la finance islamique – assurance, fonds d’investissement, marché des capitaux – pour construire un système globalement plus solide.
Vers des approches prospectives et inclusives
Face à la montée des incertitudes économiques, les panélistes ont plaidé pour l’adoption d’approches prudentielles anticipatives. Ces approches permettraient d’identifier en amont les vulnérabilités et d’améliorer la surveillance, notamment dans les pays où la finance islamique connaît une croissance rapide.
Le rôle des autorités nationales a été particulièrement mis en avant : celles-ci doivent non seulement soutenir les marchés mais aussi assurer une application effective des normes de l’IFSB. Dans ce sens, la coordination transfrontalière apparaît comme un levier essentiel pour préserver la stabilité du système islamique à l’échelle mondiale.
Les discussions ont également porté sur le Plan stratégique 2025-2027 de l’IFSB, axé sur la révision des normes internationales, la création de cadres pour les filets de sécurité financière, l’inclusion financière, la prise en compte des risques climatiques et le déploiement d’une assistance technique renforcée.
Une norme adoptée et un consensus renforcé
Le Forum a validé l’adoption d’une nouvelle norme, l’IFSB-31, qui établit les principes directeurs pour une supervision efficace de la gouvernance conforme à la charia. Ce jalon marque une étape cruciale dans l’harmonisation des pratiques et la consolidation du cadre normatif du secteur.
Créé en 2003 et basé à Kuala Lumpur, l’IFSB s’impose comme l’un des piliers de la finance islamique internationale. Il œuvre à aligner les efforts des régulateurs avec les normes mondiales et à assurer un développement durable de la finance islamique.
Jouahri : « Coopération internationale renforcée »
Prenant la parole lors du Forum, le Wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a insisté sur la nécessité d’une coopération internationale renforcée. Selon lui, quatre défis majeurs se posent aujourd’hui à la finance islamique : la conformité à la charia, la gestion de la liquidité, le financement durable et les risques liés à la digitalisation.
Le Maroc, a-t-il rappelé, a adopté une approche « principle-based » permettant d’adapter les normes aux spécificités locales. Cela s’est traduit par la mise en place d’un système centralisé de fatwas, en collaboration avec le Conseil supérieur des oulémas, garantissant la conformité religieuse et renforçant la confiance des citoyens. Le Maroc est ainsi non seulement sur ‘’le bonne voie’’ mais également sur le ‘’chemin droit’’.
Depuis 2015, le Royaume a bâti un cadre institutionnel et fiscal favorable, avec l’implication de toutes les parties prenantes. Résultat : la finance participative représente aujourd’hui 2 % des actifs bancaires du pays. Une dynamique saluée par M. Jouahri, qui a également souligné le rôle de l’IFSB dans l’accompagnement technique de Bank Al-Maghrib.
Le Maroc, hub régional de la finance islamique
Le Secrétaire général de l’IFSB, Ghiath Shabsigh, a de son côté mis en vant le rôle croissant du Maroc dans l’architecture financière islamique. Sa position stratégique, entre l’Afrique et l’Europe, en fait un hub naturel pour la finance islamique, a-t-il affirmé.
Il a salué les avancées du Royaume, notamment en matière de réglementation et d’interprétation opérationnelle de la charia. Le développement de l’éducation financière est, selon lui, un autre pilier essentiel pour consolider les acquis.
Ghiath Shabsigh a également noté l’intérêt du Maroc pour les marchés de capitaux, notamment à travers l’introduction des sukuk souverains. Il a recommandé de structurer en priorité un marché domestique dynamique en dirhams, afin d’envisager, dans un second temps, des émissions internationales plus crédibles et mieux valorisées.
Un moment stratégique pour la finance islamique
Les Assemblées Annuelles de l’IFSB, tenues du 1er au 3 juillet 2025 à Rabat, ont rassemblé plus de 130 représentants d’institutions internationales, d’autorités monétaires et de banques centrales. Elles ont été marquées par la 46ᵉ réunion du Conseil, la 23ᵉ Assemblée générale et le 23ᵉ Forum sur la Stabilité Financière.
Dans un monde financier en mutation, la finance islamique est confrontée à l’exigence d’adapter ses mécanismes aux défis de demain. Le Forum de Rabat aura permis de jeter les bases d’une nouvelle phase : plus intégrée, plus normative, plus inclusive. Et le Maroc, fort de son expérience et de sa vision, s’y affirme comme un acteur incontournable de cette dynamique.