La géographie, une belle histoire – Par Hassan Zakariaa

La géographie, une belle histoire – Par Hassan Zakariaa

La géographie, une belle histoire

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Plus de 1100 page, 3 volumes, à la fois ouvrage savant et beau livre, pour 300 dhs. Présentée mardi à Rabat par l’Académie du Royaume, La Nouvelle Géographie du Maroc se donne pour mission de repenser l’espace national à l’aune des mutations sociales, économiques et environnementales de ces vingt dernières années. Ce travail colossal – trois déclinés en 50 chapitres par 34 auteurs – n’est pas une simple somme descriptive. C’est une œuvre intellectuelle ambitieuse, un manifeste de pensée territoriale qui redonne à la géographie toute sa puissance critique, dans un pays en pleine transition. C’est une œuvre qui nous permet de découvrir, pour reprendre la jolie formule de Abdeljlil Lahjomri dans sa préface, que ‘’la géographie est (…) une belle histoire qui se raconte aussi sous forme sérielle’’.

 Par Hassan Zakaiaa

Une encyclopédie du changement

Plus 1113 pages, richement illustrées, La Nouvelle Géographie du Maroc s'impose comme un ouvrage de référence inédit. Fruit d’un effort collectif mené sous la direction du professeur Mohamed Berriane, et coordonné par l’Académie du Royaume du Maroc, il rassemble des chercheurs venus d’horizons disciplinaires et géographiques variés pour livrer une lecture actualisée du pays, de ses territoires et de ses tensions. Il faut le rappeler, les ouvrages d’importance consacrés à la Géographie du Maroc datent : le premier est paru en 1964, le second en 1987 et le plus récent en 2002, tous à la fois dépassés et épuisés.

Le terme « nouvelle » ne renvoie pas ici à un effet de modernité rhétorique, mais à une ambition méthodologique. Comme l’a souligné Abdeljalil Lahjomri, secrétaire perpétuel de l’Académie, cette géographie se veut critique, attentive aux dynamiques du présent et aux basculements de l’avenir. Elle dépasse la simple cartographie des reliefs et distances pour interroger les déséquilibres structurels, les mobilités humaines, les transitions rurales, industrielles, énergétiques, et les défis de la justice spatiale.

Un regard renouvelé sur l’espace et la société

Organisé en trois grandes parties, l’ouvrage explore d’abord les mutations socio-spatiales du Maroc : urbanisation accélérée, révolution des transports, déclin relatif du rural, nouvelles formes de mobilités touristiques et migratoires… Rien n’échappe à l’analyse. Le troisième volume, plus spécifiquement, se concentre sur la géographie régionale revisitée. Il offre une lecture fine des 12 régions du Royaume, non comme simples unités administratives, mais comme réalités vivantes, complexes, contrastées. Les auteurs y identifient des sous-régions et des dynamiques territoriales à même d’éclairer les politiques publiques et les choix d’aménagement.

Cette approche multiscalaire, croisant cartes, données, représentations graphiques et réflexion conceptuelle, permet de lire les territoires dans leurs mouvements internes et leurs ouvertures vers l’extérieur. Loin d’un discours figé, La Nouvelle Géographie du Maroc propose une vision organique et dynamique du pays, en constante recomposition.

Quand la géographie devient conscience politique

Ce projet éditorial est aussi une réponse à une lacune : celle d’un enseignement de la géographie longtemps resté prisonnier de ses cadres fondateurs. Pour Mohamed Berriane, l’ouvrage vise à forger l’esprit critique, sensibiliser aux enjeux des territoires, et favoriser l’identification à des lieux porteurs de sens. Il s’adresse autant aux chercheurs qu’aux décideurs, aux enseignants qu’aux citoyens, dans une optique de transmission et de démocratisation du savoir spatial.

Le geste est politique, au sens noble du terme. Il s’agit de redonner à la géographie sa fonction d’analyse des rapports de pouvoir, des fractures sociales et des déséquilibres environnementaux. D’en faire un outil de compréhension du réel mais aussi un levier d’action, au service de la justice territoriale et du développement durable. En cela, cette œuvre collective marque une étape fondatrice dans la reconquête intellectuelle de l’espace marocain.

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