La peu innocente fascination de Bolton pour le Polisarion - Par Talaâ Saoud Al Atlassi

La peu innocente fascination de Bolton pour le Polisarion  - Par Talaâ Saoud Al Atlassi

Peu soucieux de sa cohérence, Bolton défend aujourd’hui un groupe séparatiste, manipulé par des stratégies hégémoniques et hostiles au Maroc d’un État voisin. Pourtant M. Bolton, tout comme Alger, ne peut être sans savoir « le peuple sahraoui aspirant à l’indépendance » n’est qu’une prescription illusionniste qui dépassé sa date péremption depuis a plus de trente ans…

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Talaâ Saoud Al Atlassi revient sur les positions de John Bolton sur la question du Sahara marocain et les replace dans le contexte des évolutions géopolitiques internationales, des choix stratégiques américains et de la dynamique des reconnaissances internationales en faveur de la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud.

Talaâ Saoud Al Atlassi

Une figure néoconservatrice au verbe offensif

John Bolton, 78 ans, est une personnalité américaine qui a traversé le centre du pouvoir à Washington en dirigeant la mission de son pays auprès des Nations unies pendant une année, entre 2005 et 2006, après avoir brièvement occupé le poste de sous-secrétaire d’État…

L’homme est un avocat réputé, membre d’un grand cabinet à Washington. Pendant des années, il a circulé en portant l’étiquette d’acteur influent parmi les « néoconservateurs », même s’il refuse lui-même de se définir comme « conservateur ». Il a été actif dans des centres de réflexion et des cercles de formulation des politiques conservatrices. En 2012, il a soutenu le candidat républicain à la présidentielle américaine Mitt Romney, dont il fut conseiller en politique étrangère. Fort de cette expérience, il sera choisi par Donald Trump, durant son premier mandat, comme conseiller à la sécurité nationale, fonction qu’il occupera pendant environ un an et demi, entre 2018 et 2019.

Le souffle de M. Bolton est court dans les responsabilités qu’il a exercées, mais sa langue est longue et sa voix forte lorsqu’il s’agit d’exprimer des opinions extrêmement conservatrices. Cela apparaît dans son soutien absolu à Israël, dans sa conviction que le recours de l’administration américaine à l’approche diplomatique est un signe de faiblesse, et que la force militaire reste le moyen le plus efficace pour imposer les choix américains. Il l’a démontré avec enthousiasme en soutenant l’invasion américaine de l’Irak, tout comme dans ses appels à renverser, par la force et l’intervention extérieure, les régimes que l’administration américaine considère comme non démocratiques.

Le Sahara marocain comme terrain d’opposition à Trump

Depuis que le président Trump l’a éloigné de son cercle rapproché, il s’est activé à exprimer son opposition aux politiques du président et à ses orientations extérieures. Et pour des raisons inavouées, M. Bolton a trouvé dans la question du Sahara marocain son terrain privilégié pour exercer cette opposition. À plusieurs reprises, il a affirmé que la reconnaissance par M. Trump de la marocanité du Sahara était une erreur. Il ignore systématiquement que cette reconnaissance engage l’ensemble de l’administration américaine, de Trump au président Joe Biden, ce qui signifie que les deux partis, républicain et démocrate, soutiennent cette reconnaissance et admettent cette réalité.

M.Bolton ne lit pas les faits qui se déroulent sous ses yeux, notamment le flux qualitatif et diversifié des reconnaissances internationales de la marocanité du Sahara au cours des dernières années, ainsi que du bien-fondé de la proposition d’autonomie comme solution au conflit du Sahara. Peu lui importe que ces évolutions aient conduit à l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui a tracé une voie vers la mise en œuvre de « l’autonomie » dans les provinces sahariennes marocaines.

Pourtant, il est diplomate et acteur politique engagé dans les affaires du monde, ses conflits et ses fluctuations géostratégiques, dont la matière première est constituée de faits et de données. Mais dans le « dossier » du Sahara marocain, il semble préférer l’approcher depuis la position de l’avocat dont le seul souci est de satisfaire son « client » et de percevoir ses honoraires…

La vérité est que l’avocat John Bolton, depuis 2020, ne cesse de répéter son rejet de la reconnaissance par l’administration américaine de la marocanité du Sahara. Mais la vérité est aussi que, durant toutes ces années, aucun responsable de l’administration américaine n’a a prêté la moindre attention à son refus. Et M. John Bolton est censé savoir mieux que quiconque que cette reconnaissance n’est ni un simple « caprice » ni une complaisance personnelle d’un président américain.

L’architecture du fonctionnement politique américain repose sur l’idée que les grandes décisions de l’administration sont purgées des improvisations présidentielles. Elles émanent de la raison politique de l’État américain, après avoir traversé les laboratoires d’évaluation minutieuse des intérêts des États-Unis.

Les mutations géopolitiques et le repositionnement du Maroc

La reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara n’a rien d’exceptionnel dans le traitement international de la question de ce dossier. Elle a été précédée par des reconnaissances importantes, puis suivie par d’autres, retentissantes, comme celles de l’Espagne, de la France et de plusieurs pays européens et africains dont le poids compte dans les équilibres internationaux.

Ces évolutions sont le fruit de transformations profondes dans la situation géostratégique mondiale. Des mutations qui ont traversé les articulations du monde au fil d’un demi-siècle, soit près de deux générations, avec leurs secousses et leurs recompositions dans les rapports de force internationaux. Elles ont vu l’ascension de nouvelles puissances et le recul d’autres. Certaines alliances se sont consolidées tandis que des États ont été fragmentés ou livrés aux ingérences. Des guerres sont tombées dans l’oubli quand d’autres se sont embrasées. Plusieurs illusions séparatistes se sont effondrées sur trois continents.

Dans ce contexte, le Maroc a réussi à conquérir une position active dans son environnement géographique et dans son réseau de relations extérieures. Il l’a fait en s’appuyant sur la solidité de sa volonté nationale pour préserver l’unité de son territoire. C’est également dans ce cadre qu’il a affronté d’importants défis de développement, en construisant de puissants leviers politiques, économiques et sociaux dans le cadre d’un projet de modernisation global et stratégique. Un projet qu’il continue de faire avancer tout en accumulant les réalisations.

Et surtout, le Maroc a acquis une conscience critique qui accompagne son parcours de développement, afin de l’évaluer, d’en corriger les orientations et d’en élaguer les aspérités de la mise en œuvre.

Les faits géopolitiques face à l’obsession de Bolton

John Bolton a survolé plus d'un demi-siècle marqué par les échecs et les déceptions du Polisario aux confins du Sahara marocain, pour se laisser « séduire » par le slogan de l'autodétermination, qui enchante le Polisario plus que quiconque.

M.Bolton, dans un entretien accordé à une radio espagnole il y a quelques jours, a appelé à un retour à la « voie d’une solution au conflit par le biais d’un référendum conduisant à l’autodétermination », telle que réclamée par le Polisario et encadrée par le plan de règlement de 1991.

Cet homme a oublié que trente-cinq ans se sont écoulés depuis ce plan, et que c’est son compatriote américain, James Baker (alors envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies), qui a acté l’impossibilité d’organiser le référendum visé par ce plan, en 2001 puis en 2003… C’est ce même M. Baker qui a proposé un plan alternatif comprenant une solution par étapes, commençant par une autonomie transitoire…

L’autonomie dans le cadre d’une solution durable, réaliste, pacifique et consensuelle, c’est ce que proposera le roi Mohammed VI en 2007, fort de son penchant pour la paix et de sa vision stratégique… La proposition a relégué aux oubliettes le mot « référendum » et ses dérivés, ainsi que ses implications, et s’est inscrite dans le courant de la décision internationale, y creusant sa place avec patience et grâce à l’efficacité diplomatique marocaine. La prise de conscience internationale de la proposition qui en a découlée s’est élargie aboutissant à la résolution 2797 du Conseil de sécurité, qui a élevé et consacré l’autonomie , mettant fin aux tentatives antérieures, y compris aux illusions, pour résoudre un conflit qui durait depuis un demi-siècle… Une proposition qui a fait l’unanimité en tant que solution possible, réaliste et durable.

M.Bolton, qui s'est intéressé tardivement à la dimension politique du conflit du Sahara marocain, s'est pendant des années consacré à la défense « acharnée » d'Israël, refusant au peuple palestinien son droit national à l'autodétermination et à la création de son État national, projet historiquement légitime, objet d’un soutien international incessant à travers des dizaines de résolutions de l'Assemblée générale des Nations unies, ainsi que par des résolutions du Conseil de sécurité, un droit également intégré dans accords d’Oslo entre les Palestiniens et Israël, sous l’égide des États-Unis, il y a plus de trente ans…

Mais peu soucieux de sa cohérence, il défend aujourd’hui un groupe séparatiste, manipulé par des stratégies hégémoniques et hostiles au Maroc d’un État voisin. Pourtant M. Bolton, tout comme Alger, ne peut être sans savoir que « le peuple sahraoui aspirant à l’indépendance » n’est qu’une prescription illusionniste qui dépassé sa date péremption depuis a plus de trente ans.

John Bolton affirme, dans cette même interview… et dans toutes ses interventions précédentes, que le Front Polisario n’est pas un groupe terroriste, une absolution qu’il n’applique pas aux factions palestiniennes luttant pour le droit national du peuple palestinien

Le Polisario « n'est pas terroriste », signe et persiste M. Bolton, bien que plusieurs pays, dont l'administration américaine, aient récemment condamné les manœuvres terroristes menées par le Polisario contre la ville marocaine de Smara et contre le processus de mise en œuvre pacifique de la résolution du Conseil de sécurité...

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