La résolution 2797 et l’absentéisme algérien – Par Mohamed Benabdelkader

La résolution 2797 et l’absentéisme algérien – Par Mohamed Benabdelkader

Par l'absence de participation au vote sur la résolution 2797, l’Algérie, tout en évitant de paraitre extrêmement isolée dans son opposition à la résolution, fait profile bas pour ne pas aggraver sa crise avec un vote négatif qui l’aurait entrainé dans une opposition frontale avec certains membres du Conseil, notamment les Eats Unis porte-plume de la résolution

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En choisissant de ne pas participer au vote de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, l’Algérie a révélé une posture diplomatique aussi ambiguë que révélatrice. Alors que l’ONU consacre le plan d’autonomie marocain comme solution politique sérieuse et durable, Alger préfère l’éclipse à l’engagement, fuyant le débat pour masquer un isolement croissant. Derrière le prétexte d’un « point technique », se profile, explique Mohamed Benabdelkader, un malaise politique plus profond : celui d’un régime pris entre déni et déconnexion face à une nouvelle donne internationale.

Mohamed Benabdelkader

Le vendredi 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une résolution historique sur le Sahara marocain, reconnaissant explicitement la proposition marocaine d’autonomie comme la base sérieuse et crédible d’une solution politique durable. Cette résolution a obtenu un large soutien avec 11 voix pour, 3 abstentions, et aucune voix contre. Pourtant, l’un des membres non permanents, l’Algérie, a choisi de ne pas participer au vote, une absence lourde de signification politique. Comment comprendre alors cette non-participation algérienne, qui semble moins liée à un texte qu’à un très particulier contexte ?

« Je vais vous livrer un scoop, très honnêtement, l’Algérie était à deux doigts de voter pour la résolution. Dans la nuit précédant le vote, nous avons demandé le retrait de la disposition relative à la souveraineté marocaine inscrite au préambule, et on voterait pour le texte. Mais cette référence n’a pas été supprimée. Techniquement c’est ça ce qui a motivé la décision de l’Algérie de ne pas participer au vote, d’autant plus que les fondamentaux de la question du Sahara occidental son préservés dans le texte… »

Un point technique qui dérange

Si l’on croit le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, l’Algérie allait voter pour le texte, mais elle a boycotté le vote à cause de cette « petite mention » au préambule, alors que la version définitive proposée au vote ne causait plus problème, le problème c’était plutôt un petit point technique, qui souligne l’autonomie sous souveraineté marocaine, ce qui a véritablement dérangé le palais d’El Mouradia.

 

 Donc, si on a bien suivi le raisonnement algérien, l’Algérie  serait en faveur de la résolution 2797 qui mentionne, en bonne et due forme, la proposition marocaine d’autonomie  une fois dans le préambule et deux fois au cœur même du texte. Mais attention, cette autonomie ne serait pas sous souveraineté marocaine ! Peut-être que le chef de la diplomatie algérienne insinuait, subtilement, qu’elle devrait être placée sous la souveraineté d’un État tiers? Comme si l’autonomie catalane, selon la logique algérienne, pourrait être envisagée sous la souveraineté canadienne ! C’est vraiment un scoop. Tout le monde sait pourtant que le Maroc propose une autonomie sous sa propre souveraineté, mais l’Algérie  semble nous vendre une autonomie « indépendante » sans souveraineté marocaine, ce qui défie toute logique diplomatique et juridique. Un véritable chef-d’œuvre d’ambiguïté et de déni !  

Mais l’Algérie, comme elle en a l’habitude, joue les funambules diplomatiques, ménageant une ambiguïté bien dosée qui ne rassure personne, sinon qu’elle signale un véritable coup de théâtre consistant à défendre une autonomie marocaine qui n’en est pas une, voilà qui est un sacré scoop. Un scoop qui ferait sans doute retourner Aristote dans sa tombe, lui qui, s’il voyait une telle contradiction, n’en finirait plus de protester contre cette négation flagrante du principe selon lequel une chose doit être ce qu’elle est, et non son contraire. La rigueur logique d’Aristote faisant référence au principe de non-contradiction, suggère qu’il est impossible que le même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps et sous le même rapport à un même sujet, autrement dit, il est impossible qu'une chose possède simultanément une propriété et son contraire

Prétendre que l’Algérie a boycotté le vote de la résolution 2797 à cause d’un point technique concernant la mention au préambule de la souveraineté marocaine  et que la version définitive à l’exception de ce point, ne cause pour elle aucun problème, revient à dire que l’Algérie était prête à voter pour la proposition marocaine d’autonomie à condition que celle-ci ne soit pas sous souveraineté marocaine . Or, la résolution précise explicitement, par deux fois au cœur du texte et dans le préambule, que l’autonomie en question est bien la proposition marocaine, ce qui implique que les provinces sahariennes restent des provinces marocaines tout en jouissant d’un statut particulier d’autonomie.

Cette position révèle une contradiction flagrante : comment soutenir une autonomie marocaine sans reconnaître la souveraineté marocaine, alors que le projet marocain inscrit clairement cette autonomie sous sa souveraineté ? C’est un non-sens logique, diplomatique et juridique qui semble vouloir nier l’évidence, ce qui ne peut que souligner le décalage entre le discours algérien et la réalité onusienne.

Le texte ou le contexte ?

D’abord, faut-il rappeler que dans le système de votation du Conseil de sécurité de l'ONU, la différence entre "abstention" et "non-participation" au vote tient au fait que l'abstention est le fait pour un pays membre présent, de décider volontairement de ne pas exprimer un vote ni "pour" ni "contre" un projet. Ce choix est comptabilisé et signifie une réserve ou une neutralité vis-à-vis de la décision prise. L'abstention ne fait pas obstacle à l'adoption d'une décision puisque ce n'est pas un vote négatif, mais elle exprime un choix actif de non-soutien sans opposition, ce qui constitue en réalité le véritable sens de l’abstention de la Russie, la Chine et le Pakistan. Alors que la non-participation ou absence au vote signifie que le membre ne prend pas part au vote, parce qu'il choisit de ne pas participer au scrutin. Cela ne correspond pas à un vote ni exprimé ni comptabilisé. La non-participation peut être considérée comme une forme d'inaction ou de retrait temporaire du processus décisionnel.

Dans la pratique au Conseil de sécurité, l'abstention est enregistrée et reconnue, alors que la non-participation peut correspondre à une absence ou un refus de voter. Les deux ont en commun de ne pas bloquer une décision, sauf que l'abstention est un acte délibéré de réserve alors que la non-participation est un retrait ou absence de vote (sans expression d'opinion explicite). Ainsi, l'abstention est un vote neutre, la non-participation est une non-action au vote. Cette distinction est importante car, dans certaines circonstances, l'abstention d'un membre permanent ne bloque pas la décision (contrairement au veto), tandis que la non-participation correspond souvent à une absence de l'acte de voter lui-même.

Peut-on estimer que l’Algérie a voulu marquer une position davantage en fonction du contexte géopolitique et diplomatique que du contenu précis de la résolution, et que cette posture traduit une stratégie diplomatique pour masquer son isolement face à un consensus international désormais consolidé autour de la proposition marocaine ? Cette question soulève des enjeux majeurs dans la compréhension des dynamiques régionales et internationales qui entourent la résolution d’un différend vieux de plusieurs décennies.

L'absence de participation de l'Algérie au vote sur cette résolution, peut s'interpréter de plusieurs manières, notamment en tenant compte de son contexte politique, diplomatique et stratégique. ​ Cette absence de vote actif peut refléter une position de réserve, une volonté de ne pas prendre part à la décision, tout en évitant une opposition explicite qui pourrait être perçue comme un isolement sévère. Un vote négatif de l’Algérie dans ce contexte, où la majorité claire (11 membres) a voté pour la résolution et seulement 3 se sont abstenus, aurait en effet montré l’Algérie comme une voix ultra minoritaire, voire isolée (1 sur 15 membres). Ce positionnement aurait pu réduire son poids politique et la visibilité de son opposition, en la cantonnant à un rôle marginal dans la prise de décision.

 En s'abstenant de participer, l'Algérie aurait probablement voulu éviter d’acter, ou rejeter la nouvelle dynamique régissant cette résolution, ce qui peut constituer une forme de protestation silencieuse contre la manière dont elle a été adoptée. ​Cette stratégie complexe de non-participation peut aussi servir pour l’Algérie, à maintenir une certaine ligne de conduite pour préserver ses cartes diplomatiques et politiques, tout en évitant de paraitre isolé dans son opposition à la résolution, mais aussi d'aggraver la crise avec un vote négatif qui l’aurait entrainé dans une opposition frontale avec certains membres du Conseil, notamment les Eats Unis ​porte-plume de la résolution. D’un autre côté, s’abstenir aurait pu donner l’image d’une neutralité ou d’un manque d’engagement, ce qui ne correspondrait pas non plus à la volonté de l’Algérie d’affirmer une position ferme contre la proposition d’autonomie sous souveraineté marocaine.

 Cette stratégie politique consisterait pour l’Algérie à ne pas s'engager dans un vote négatif qui risquerait de montrer un isolement visible dans un Conseil de sécurité où la majorité écrasante soutient clairement la résolution, tout en exprimant un désaccord plus large, marqué par une non-participation au vote. Cette posture permet ainsi de manifester une distance critique plus à l'égard du contexte global que du texte lui-même, sans s'exposer à une marginalisation diplomatique évidente.

Mais qu’est-ce ce qui caractérise essentiellement ce contexte global diplomatique et géopolitique, entourant la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui explique l’insistance de l’Algérie à afficher une démarcation claire et ferme par son absence de participation au vote ?

Un changement du paradigme

La réponse à cette question sur la spécificité du contexte qui aurait poussé l'Algérie à ne pas participer au vote, se trouve dans le discours du Roi Mohammed VI adressé à la Nation à la suite du vote du Conseil de sécurité en faveur du plan marocain d’autonomie du Sahara. Le discours Royal n’a pas manqué de saisir la dimension historique et le poids symbolique de cet évènement en soulignant que « Nous vivons une étape charnière et un tournant décisif dans l’Histoire du Maroc moderne : Désormais, il y aura un avant et un après 31 octobre 2025 ». Cette rupture historique était bien évidement déjà dans l’air, on la ressentait venir, la résolution est venue juste pour acter une reconfiguration stratégique et formaliser un changement du paradigme.

La réunion du Conseil de sécurité de ce vendredi soir était donc un événement majeur dans la mesure où elle a constitué un moment historique, provoquant une transformation décisive et une nouvelle orientation dans la situation du conflit du Sahara. C’est dans ce sens que le discours Royal souligne la consécration onusienne du plan d’autonomie marocain, perçue par la presse internationale sérieuse comme symbolisant une nouvelle approche dans le processus de règlement de ce conflit géopolitique, qui modifie profondément le cours des choses et ouvre la voie à une nouvelle phase, à un « avant et un après » tel qu’exprimé par SM le Roi.

Concrètement, en parlant d’un « avant » et d’un « après », le Souverain souligne que la dernière résolution du Conseil de sécurité, constitue un moment fondateur qui change les règles du jeu diplomatique, redéfinie les enjeux géopolitiques de ce conflit, et légitime la proposition marocaine d’autonomie au niveau multilatéral. C’est une nouvelle phase qui ouvre la voie à une solution durable et sérieuse, validée par la communauté internationale.

Pour la première fois depuis plus de 50 ans, soit depuis le début du conflit en 1975, et 18 ans après la présentation de la proposition marocaine d'autonomie en 2007, cette dernière est inscrite de manière officielle et multilatérale dans un texte onusien, matérialisant un changement de paradigme majeur, qui consiste à inscrire la marocanité du Sahara occidental dans la légitimité internationale, dépassant ainsi les soutiens bilatéraux habituels, tout en écartant définitivement la thèse séparatiste promue par  l’Algérie.

Lorsque la résolution 2797 consacre explicitement le plan d’autonomie marocain comme référence centrale pour la résolution de ce conflit, elle aligne l’approche onusienne sur une résolution pragmatique inscrite dans un cadre territorial marocain plutôt que sur un processus d'autodétermination via un référendum, ce qui oriente désormais les négociations exclusivement autour du plan marocain, et change complètement la dynamique politique du conflit.

Les fables de Juha !

Historiquement, le régime algérien a toujours refusé de reconnaître le plan marocain, le qualifiant de « fables de Juha » et prétendant qu’il ne respecte pas le droit à l’autodétermination. Le président Tebboune affirme dans ce contexte, que « seule la légitimité internationale compte » et que « l’Algérie assumera et obéira à toute décision de l’ONU (سمعا وطاعة) »,  pourtant, cette même Algérie se trouve aujourd’hui confrontée  à une contradiction majeure en rejetant le plan d'autonomie, désormais consacré par cette légitimité internationale, incarnant ainsi une impasse diplomatique difficile à surmonter. La résolution 2797 du Conseil de sécurité contraint donc l’Algérie à respecter la légitimité internationale qu’elle a elle-même revendiquée criant sur tous les toits sans relâche depuis un demi-siècle, ce qui rend difficile la perpétuation d’un discours démagogique, opportuniste et usé, centré sur la revendication répétée de légitimité internationale.

Il convient de rappeler que l’Algérie, non seulement a brillé par son absence  lors du vote de la résolution 2797 en octobre 2025, ainsi que de la résolution 2756 en octobre 2024, mais elle a longtemps fui les tables rondes que les Nations Unies ont patiemment dressées en vue d’aboutir à une solution durable au conflit du Sahara. Par cette fuite prolongée, elle a préféré échapper aux responsabilités et aux enjeux d’un présent géopolitique incontournable.

Comme un élève paresseux qui bascule dans l’absentéisme scolaire et se trouve bloqué entre la reprise difficile des cours, et le décrochage définitif, voire la déperdition scolaire entrainant chômage et précarité, l’Algérie se retrouve aujourd’hui totalement déboussolée, prise au piège de son absentéisme chronique, elle vacille entre l’envie de revenir à la table du dialogue et l’incapacité à reprendre pied dans le contexte géopolitique actuel, à la manière de cet élève qui, trop longtemps sorti des rangs, peine à réintégrer une classe devenue étrangère. Ce spectacle déconcertant laisse entrevoir un régime perdu dans son propre labyrinthe d’absences répétées et d’un absentéisme politique, désignant au sens métaphorique du terme, le retrait et l’isolement, ainsi que la déconnexion du monde réel et du contexte géopolitique contemporain.

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