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L’Afrique bleue scelle à Tanger le pacte d’un avenir durable pour l’Atlantique
« Nous sommes à Tanger, ville des vents et des mémoires, pour sceller une ambition collective : donner à l’Atlantique africain un avenir durable » (Abdeljlil Lahjomri)
La 3e édition du Blue Africa Summit, organisée à Tanger né à l’initiative de l’Académie du Royaume du Maroc, la Saison Bleue et le Forum mondial de la mer, a consacré l’ambition d’un continent tourné vers un « avenir durable » pour son espace maritime. Décideurs africains, chercheurs et acteurs économiques y ont esquissé les contours d’un Pacte pour une Afrique bleue durable, appelant à replacer l’océan au cœur du développement, de la gouvernance et de la spiritualité du continent.
Tanger, carrefour des ambitions atlantiques
C’est à Tanger, ville symbole des échanges et des passages, que s’est ouverte la troisième édition du Blue Africa Summit, grand rendez-vous panafricain dédié aux enjeux maritimes. Devant un parterre d’experts, d’acteurs publics et privés, Abdeljalil Lahjomri, secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume du Maroc, a donné le ton : « Nous sommes à Tanger, ville des vents et des mémoires, pour sceller une ambition collective : donner à l’Atlantique africain un avenir durable ».
Ce pacte, a-t-il poursuivi, ne vise pas à multiplier les déclarations mais à tracer des pistes concrètes de coopération et d’action autour de la mer. L’Atlantique africain, longtemps perçu comme une frontière, doit devenir un espace de liens, d’échanges et de créativité.
- Lahjomri a ainsi proposé la création d’un Observatoire africain de la gouvernance maritime, adossé à une plateforme numérique ouverte, Blue Data Africa, pour connecter ports, universités, institutions et ONG. Objectif : mutualiser les données, croiser les expériences et bâtir une intelligence maritime collective.
Entre science, tradition et innovation
La réflexion s’est également orientée vers le cœur vivant des littoraux africains : la pêche durable. Lahjomri a plaidé pour une alliance entre le savoir ancestral des pêcheurs et les avancées scientifiques, dans « un équilibre entre tradition et innovation ». Cette approche, fondée sur la complémentarité, serait le socle d’une économie bleue qui conjugue innovation technologique et responsabilité écologique.
Les initiatives locales fleurissent déjà sur le continent : drones de surveillance côtière, énergies solaires flottantes, bioplastiques à base d’algues ou tourisme côtier à faible impact. Un réseau d’échange baptisé Blue Innovation Hub Africa pourrait, selon lui, relier ces projets et en amplifier la portée à l’échelle du continent.
Sur le plan scientifique, il a suggéré la création d’une Haute autorité des mythes et savoirs africains sur l’eau ainsi que de laboratoires transnationaux ouverts à la jeunesse, offrant bourses et formations dans les domaines de la mer et de la durabilité.
- Lahjomri a enfin proposé la mise en place d’un Parc africain des énergies marines et du vivant, lieu d’expérimentation et d’éducation, où chercheurs, ingénieurs et étudiants travailleraient côte à côte, dans un espace associant science, pédagogie et émerveillement.
L’engagement royal du Maroc
Pour Zakia Driouich, secrétaire d’État chargée de la Pêche maritime, le Maroc incarne cette ambition africaine. Sous la vision du Roi Mohammed VI, le Royaume a su faire de son littoral atlantique un pont entre l’Afrique, l’Europe et les Amériques. « Le Maroc a placé l’océan et la durabilité de ses usages au cœur de ses stratégies », a-t-elle affirmé, citant la stratégie Halieutis lancée en 2009, la création d’aires marines protégées, la planification spatiale maritime, la lutte contre la pêche illicite et la feuille de route nationale pour l’économie bleue.
Mme Driouich a souligné que l’Afrique bleue, malgré son patrimoine maritime exceptionnel, reste souvent sous-exploitée et fragilisée par la pollution, le changement climatique et l’absence d’infrastructures adaptées. Le Pacte pour une Afrique bleue durable, présenté à Nice lors de la conférence des Nations Unies sur l’océan (UNOC 3), vise à donner au continent une voix unifiée et crédible dans la gouvernance mondiale des océans. Cette dynamique, a-t-elle insisté, transforme les défis en opportunités et les menaces en leviers de prospérité et d’innovation.
Vers une Afrique bleue unie et responsable
La présidente de la Saison Bleue, Rym Benzina, a rappelé que cette édition du sommet marque une étape fondatrice : le lancement officiel des travaux de rédaction du premier Pacte pour une Afrique bleue durable. Quatre collèges d’experts – « Gouvernance et sécurité », « Sciences et éducation », « Société civile » et « Économie et finance bleues » – réunissent des représentants de nombreux pays africains afin d’élaborer une vision commune.
Ces réflexions, a-t-elle précisé, alimenteront un processus collectif qui se poursuivra jusqu’à la remise du Pacte lors de la 4e édition du Blue Africa Summit prévue fin 2026. Elle a salué le rôle moteur du Maroc, qui a su éveiller à l’échelle continentale une conscience nouvelle des enjeux océaniques, notamment à travers la consultation africaine préparatoire à l’UNOC 3, le sommet « L’Afrique pour l’océan », et la ratification par le Royaume du traité sur la haute mer (BBNJ).
Pascal Lamy, président du Forum mondial de la Mer-Bizerte, a pour sa part salué « l’agenda commun » tissé entre l’Afrique et l’Europe autour de la restauration des écosystèmes hydrosphériques et du développement d’une économie bleue équitable et durable. Ces « pactes océans », a-t-il noté, représentent une approche systémique qui fédère États, entreprises, chercheurs et citoyens autour d’un même horizon.
En visioconférence, Peter Thomson, envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU pour l’océan, a rappelé que l’Objectif de développement durable n°14 (ODD14) – consacré à la vie aquatique – constitue « la voie la plus sûre pour rétablir une relation harmonieuse entre l’humanité et l’océan ». Il a invité les pays africains à construire une gouvernance fondée sur l’équilibre entre ce que l’on prélève et ce que l’on préserve.
Un pacte pour la mer, un pacte pour la vie
Au-delà des échanges, c’est une vision holistique qui s’affirme : celle d’un pacte africain de l’océan, mais aussi, plus profondément, d’un pacte de l’eau. Comme l’a rappelé Lahjomri, « l’Afrique n’est pas seulement maritime par ses côtes, mais aussi par ses fleuves, ses lacs, ses étangs et ses zones humides, autant d’axes de vie, de commerce et de culture ».
La mer, dans cette perspective, devient non seulement une ressource économique, mais aussi un espace spirituel et identitaire, un miroir du rapport de l’homme africain à la nature et au sacré. Ce Blue Africa Summit 2025, par la richesse de ses débats et la force de ses engagements, s’impose ainsi comme un tournant majeur : celui où l’Afrique, forte de son héritage et de sa jeunesse, prend la mer pour tracer le cap de son avenir durable.