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Le drame de Kelâa des Sraghna révèle les failles du transport et routes ruraux et semi ruraux
L’accident tragique d’El Kelâa des Sraghna n’est pas un cas isolé. Chaque année, les routes nationales et secondaires voient se multiplier des drames impliquant triporteurs, tracteurs ou autres véhicules de fortune, utilisés faute d’alternatives
Le week-end a été marqué par deux tragiques événements sur les routes marocaines : un accident meurtrier impliquant un triporteur sur la nationale N23 à El Kelâa des Sraghna, et l’interpellation à Tanger d’un conducteur dangereux après un délit de fuite. Deux faits divers qui rappellent non seulement l’urgence d’un sursaut face aux comportements à risque, mais aussi les insuffisances criantes en matière de transport sécurisé dans des régions oubliées du Maroc.
8 morts dans le renversement d’un triporteur sur la nationale N23
El Kelâa des Sraghna a été endeuillée dimanche par un dramatique accident survenu sur la route nationale N23, au niveau de la commune de Sour El Aaz (Caïdat Sahrij). Selon les autorités locales, le bilan de 7 morts dus au renversement d’un triporteur transportant quatorze personnes en route vers un site d’estivage s’élève désormais à 8 passagers.
Alertés, les services de la Gendarmerie royale, de la Protection civile et les autorités locales se sont immédiatement rendus sur place pour prendre les mesures d’urgence. Les sept blessés, dont certains dans un état grave, ont été évacués vers les urgences d’un hôpital provincial.
Le procureur général du Roi près le Tribunal de première instance d’El Kelâa des Sraghna a annoncé dans un communiqué l’ouverture d’une enquête confiée au pôle judiciaire de la Gendarmerie Royale. L’objectif est de déterminer les circonstances précises de l’accident et d’établir d’éventuelles responsabilités.
D’après les premiers éléments recueillis, le conducteur aurait perdu le contrôle du triporteur, provoquant son renversement. Parallèlement, les autorités judiciaires suivent de près l’état de santé des blessés et ont ordonné le transfert des dépouilles des victimes à la morgue de l’hôpital provincial pour faciliter les démarches d’enterrement.
Au-delà de l’émotion suscitée par ce drame, ce type d’accident pose une question de fond : pourquoi des véhicules inadaptés tels que triporteurs ou tracteurs avec remorque continuent-ils à être utilisés pour le transport collectif de personnes sur des axes routiers majeurs ? La réponse est simple : faute de moyens de transport adaptés, les habitants de nombreuses zones rurales ou périphériques n’ont souvent d’autre choix que de recourir à ces solutions précaires et dangereuses. C’est là le révélateur d’un problème de développement inégal du transport public dans les régions délaissées.
À Tanger, un conducteur dangereux interpellé après un délit de fuite
À Tanger, un autre fait divers illustre la dangerosité croissante de certains comportements sur les routes. Samedi soir, la police de la ville a interpellé un individu soupçonné d’avoir provoqué un accident de la circulation avec délit de fuite, suite à une conduite dangereuse en plein centre urbain.
L’intervention rapide des services de la DGSN a été déclenchée après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant le suspect au volant de son véhicule, adoptant une conduite manifestement périlleuse. L’enquête a confirmé que ce comportement avait conduit à un accident causant des dommages matériels, avant que le conducteur ne prenne la fuite.
Grâce à l’exploitation des images et aux investigations menées, le mis en cause a été rapidement identifié, interpellé et son véhicule saisi, puis transféré à la fourrière municipale. Le suspect a été placé en garde à vue dans le cadre d’une enquête judiciaire supervisée par le parquet, en vue de faire toute la lumière sur cette affaire.
Cette interpellation témoigne de la vigilance accrue des forces de l’ordre face aux comportements dangereux, notamment dans les grandes agglomérations où le phénomène des conduites à risque se multiplie, souvent sous l’effet de la recherche de visibilité sur les réseaux sociaux.
Des infrastructures à repenser, une politique de transport à rééquilibrer
Ces deux affaires, aussi différentes soient-elles, mettent en lumière les carences structurelles du système de transport marocain, particulièrement dans les régions rurales et semi-rurales.
L’accident tragique d’El Kelâa des Sraghna n’est pas un cas isolé. Chaque année, les routes nationales et secondaires voient se multiplier des drames impliquant triporteurs, tracteurs ou autres véhicules de fortune, utilisés faute d’alternatives. Derrière chaque surchargement, chaque trajet périlleux, se cache une même réalité : l’absence d’un maillage de transport public fiable et sécurisé dans ces zones.
Tant que ce besoin vital de mobilité ne sera pas pris en compte dans les politiques publiques, ces accidents continueront à endeuiller des familles entières. Le développement économique équilibré du pays passe aussi par une politique cohérente d’aménagement et de désenclavement des territoires.
Quant aux comportements individuels à risque, comme celui observé à Tanger, ils rappellent la nécessité de poursuivre le renforcement des contrôles et de l’éducation à la sécurité routière, en particulier face à l’effet délétère des réseaux sociaux sur certaines conduites.
Face à ces défis multiples, c’est un changement d’échelle qui s’impose : à la fois en matière de prévention, de répression, mais surtout de développement des infrastructures et des solutions de transport. Car sur les routes du Maroc, la modernisation doit aussi rimer avec équité territoriale.