Le Maroc trace la voie d’une IA souveraine et éthique : retour sur les premières Assises nationales à Salé

Le Maroc trace la voie d’une IA souveraine et éthique : retour sur les premières Assises nationales à Salé

Moment concret des Assises, la cérémonie de signature de plusieurs protocoles d’accord devrait donner une traduction opérationnelle à la stratégie digitale Maroc 2030

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Sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, les premières Assises nationales de l’Intelligence artificielle devraient marquer un tournant stratégique dans l’ambition numérique du Royaume. Organisées à Salé les 1er et 2 juillet 2025, ces Assises ont posé les bases d’une IA éthique, inclusive et souveraine, en réunissant responsables publics, acteurs privés, chercheurs, diplomates et partenaires internationaux. Retour sur un événement fondateur qui conjugue vision royale, innovations concrètes et diplomatie technologique, et dont le succès dépendra pour de la mise en œuvre de ses recommandations.

Un événement national à dimension stratégique

Organisées par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, ces Assises nationales, placées sous le thème « Une stratégie IA efficiente et éthique au service de notre société », ont rassemblé durant deux jours à Salé un large éventail d’acteurs nationaux et internationaux : ministères, institutions publiques, startups, fonds d’investissement, universités, membres de la diaspora, organisations onusiennes et personnalités académiques.

Structurées autour de 13 « verticales » thématiques, ces Assises ont exploré les potentiels de l’IA dans des secteurs aussi variés que la santé, l’éducation, l’agriculture, la culture, les médias, la sécurité, l’emploi ou encore la gouvernance. Le programme a alterné sessions techniques, démonstrations de startups innovantes, débats politiques de haut niveau et signature de multiples accords bilatéraux.

Pour la ministre déléguée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, cette rencontre pose les fondations d’une stratégie marocaine ambitieuse, alignée sur les orientations royales, capable de faire du Royaume un acteur souverain, efficace et solidaire du numérique global.

Une dynamique nationale fondée sur l’écosystème existant

Dès son intervention inaugurale, la ministre Seghrouchni a souligné la vitalité de l’écosystème national en matière d’IA : startups, chercheurs, entrepreneurs et talents de la diaspora œuvrent déjà à construire une économie numérique innovante. L’enjeu désormais est de structurer cet écosystème à travers une stratégie cohérente, éthique et adaptée aux réalités locales.

« Le Maroc doit tracer sa propre voie, en coopérant avec ses partenaires africains, européens, américains et chinois, tout en renforçant son autonomie numérique », a-t-elle insisté. Cette ambition passe par la mise en réseau des initiatives existantes, la formation de la jeunesse, et la structuration d’une gouvernance souveraine des données et des technologies.

Une coopération internationale fondée sur le multilatéralisme

Au cœur des débats, la question du multilatéralisme dans un monde numérique fragmenté a occupé une place centrale. Intervenant lors de la séance plénière sur la gouvernance mondiale de l’IA, l’ambassadeur marocain auprès de l’ONU Omar Hilale a rappelé le positionnement pionnier du Maroc à l’ONU. Grâce à une diplomatie proactive, le Royaume a coprésenté avec les États-Unis la première résolution onusienne sur l’IA et copréside le Groupe des Amis de l’ONU sur l’IA pour le développement durable.

« Pour le Maroc, l’accès aux outils numériques n’est pas une faveur technologique, mais une exigence de justice et de solidarité », a affirmé M. Hilale. Il a également annoncé que le Maroc était à l’origine d’une nouvelle résolution pour l’Asie centrale sur les usages durables de l’IA, et qu’il porterait en 2025 une résolution continentale africaine inspirée de la Déclaration de Rabat de juin 2024.

Deemah Al Yahya, secrétaire générale de l’Organisation de coopération numérique, a de son côté alerté sur l’inégalité d’accès mondial aux technologies : 2,6 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à Internet. Pour elle, « l’éthique, l’équité et la coopération sont des piliers incontournables d’un numérique réellement inclusif ».

Des accords concrets pour une IA au service des territoires

Moment concret des Assises, la cérémonie de signature de plusieurs protocoles d’accord devrait donner une traduction opérationnelle à la vision d’un Maroc intégrant les évolutions de l’IA. Parmi les initiatives notables :

Éducation et jeunesse : un accord entre Mme Seghrouchni et Mohamed Saad Berrada (ministre de l’Éducation nationale) prévoit l’intégration du numérique dans les programmes scolaires, la création de contenus digitaux, et la formation des enseignants à l’IA. Un levier clé de la « souveraineté cognitive » marocaine.

Inclusion rurale et agricole : un partenariat avec le Crédit Agricole du Maroc cible la digitalisation des TPE agricoles, l’innovation rurale et le déploiement de relais numériques en zones reculées. Une concrétisation de la justice territoriale numérique.

Emploi et compétences : un mémorandum d’entente avec le ministère de l’Inclusion économique prévoit la création de plateformes d’analyse du marché du travail, le soutien aux TPME, et des mécanismes de reconversion assistés par l’IA.

Recherche et territoires : la création du centre d’excellence « Al Jazari Institute » à Nador, en partenariat avec le ministère de l’Enseignement supérieur et les autorités locales, vise à territorialiser l’innovation IA. Il proposera formations certifiantes, accompagnement de startups et recherche appliquée.

Souveraineté informationnelle : un accord avec l’UM6P prévoit le développement de centres de données durables, souverains, écoénergétiques, et alignés avec les standards internationaux de sécurité.

Transition verte : un protocole avec le ministère de la Transition énergétique promeut la construction de data centers circulaires, bas carbone et alimentés par les énergies renouvelables.

Rayonnement international : un mémorandum signé avec le PNUD inscrit le Maroc dans l’initiativeDigital for Sustainable Development, visant à faire du Royaume un hub numérique régional.

Médias, IA et démocratie : la fabrique de l’information sous pression

L’impact de l’IA sur les médias a fait l’objet d’une table ronde spécifique dans la verticale « Médias et démocratie ». Plusieurs experts y ont alerté sur les transformations rapides de la production journalistique : automatisation de contenus, synthèse vocale, générateurs de textes et avatars numériques bouleversent les pratiques éditoriales.

Le professeur Salah Baïna a notamment pointé les risques de standardisation des récits, de biais algorithmiques et d’effacement de la diversité culturelle. Il a plaidé pour une IA ancrée dans les spécificités linguistiques marocaines, et respectueuse de la souveraineté narrative.

Le journaliste Adnane Benchekroun a, lui, dénoncé la « triple crise » de la presse : défiance du public, précarité économique, et désarroi professionnel face à des outils mal maîtrisés.

Quant à Mohamed Senoussi, il a insisté sur la nécessité d’une régulation nationale proactive afin d’éviter que les logiques de rentabilité ne prennent le pas sur les valeurs d’indépendance et de rigueur journalistique. Tous ont appelé à une instance de veille contre la désinformation et à une mutualisation des ressources éditoriales autour d’une IA éthique.

Le Maroc, acteur normatif dans la gouvernance mondiale de l’IA

Au-delà des accords nationaux, le partenariat avec l’initiative internationale Current AI symbolise l’ambition du Maroc de participer activement à la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle. Ce partenariat vise à soutenir des projets pilotes dans la santé, la diversité linguistique et la gouvernance algorithmique.

La mise en œuvre du programme We-Elevate, pour accompagner les PME vers le commerce numérique mondial, et l’initiative Green Cloud Morocco (trois usines d’IA et un centre de données vert), témoignent de la volonté du Royaume de conjuguer performance, inclusion et durabilité.

 Enfin, à travers la stratégie digitale Maroc 2030, la mobilisation de 11 milliards de dirhams, la création de hubs technologiques (Dakhla, UM6P), et les initiatives diplomatiques, le Royaume ambitionne d’abriter le Sommet mondial de l’IA en 2027.

Les Assises nationales de Salé en sont le prélude. Elles ont ancré l’IA dans les territoires, l’ont articulée aux grands enjeux de durabilité, et ont positionné le Maroc comme une puissance africaine montante de la révolution numérique.

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