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Le Nord et le Gharb sous les eaux: évacuations massives et solidarité nationale face aux crues
Les Forces Armées Royales, appuyées par la Protection civile, ont déployé zodiacs, camions tout-terrain et unités du génie militaire
De Tanger à Taounate, en passant par Ksar El Kébir et Sidi Slimane, le nord du Maroc affronte une séquence météorologique d’une intensité rare. Crues des oueds Loukkos et Sebou, routes submergées, habitations fragilisées: la montée brutale des eaux a contraint des dizaines de milliers d’habitants à quitter leurs foyers. Les opérations d’évacuation des habitants des communes exposées aux risques d’inondations ont permis, à ce jour, de transporter et d’évacuer un total de 143.164 personnes, réparties sur plusieurs provinces, dans le cadre des interventions préventives visant à protéger les vies et garantir la sécurité des citoyens, selon des données actualisées du ministère de l’Intérieur. Ainsi, le nombre de personnes évacuées a atteint 110.941 dans la province de Larache, 16.914 personnes dans la province de Kénitra, 11.696 personnes dans la province de Sidi Kacem et 3.613 personnes dans la province de Sidi Slimane.
Face à l’urgence, une vaste mobilisation des autorités civiles et militaires s’est déployée pour évacuer, héberger et secourir les populations touchées. Derrière les chiffres impressionnants, c’est toute une chaîne de solidarité qui s’organise pour préserver des vies et maintenir un minimum de normalité dans des circonstances exceptionnelles.
Tanger, refuge provisoire pour les sinistrés

Le Centre national d’estivage s’est transformé en véritable havre d’accueil. Depuis mardi, près de 400 habitants de Ksar El Kébir y ont trouvé refuge, après avoir été évacués des zones menacées
À la lisière de la forêt diplomatique de Tanger, le Centre national d’estivage s’est transformé en véritable havre d’accueil. Depuis mardi, près de 400 habitants de Ksar El Kébir y ont trouvé refuge, après avoir été évacués des zones menacées par la montée de l’oued Loukkos. Le site, conçu pour accueillir jusqu’à 600 personnes, a été réorganisé en urgence afin de garantir des conditions de séjour dignes.
Deux pavillons distincts ont été aménagés : l’un réservé aux femmes et aux enfants, l’autre aux hommes. À l’intérieur, couvertures, vêtements, repas chauds et produits de première nécessité sont distribués quotidiennement. Malgré la pluie persistante qui s’abat également sur Tanger, l’organisation fonctionne avec régularité grâce à la coordination entre autorités locales, forces de sécurité et bénévoles.
Un dépôt logistique centralise les dons et les équipements avant leur distribution aux familles. Un centre médical et une pharmacie assurent quant à eux un suivi sanitaire continu, avec une attention particulière portée aux personnes âgées et aux malades chroniques. Les soins courants sont effectués sur place, tandis que les cas plus graves sont transférés vers le Centre hospitalier universitaire Mohammed VI situé à proximité.
Au-delà de l’assistance matérielle, l’accompagnement psychologique occupe une place essentielle. Les équipes du Croissant-Rouge marocain, spécialisées dans la gestion des catastrophes, interviennent pour apaiser l’angoisse et restaurer un sentiment de sécurité. Pour de nombreux sinistrés, cette prise en charge globale atténue la brutalité du déracinement temporaire.
Ksar El Kébir, une ville presque à l’arrêt

Mobilisation militaire et civile pour secourir les populations de Douar Lebhara face aux intempéries
Dans la cité du Loukkos, l’ampleur de la crue a bouleversé le quotidien. Sous des pluies orageuses et des rafales soutenues, l’eau a envahi quartiers et axes routiers, forçant une évacuation massive. Jusqu’à 80 000 habitants ont quitté la ville vers Tanger, Larache ou Fnideq, dans le cadre d’une opération d’une ampleur rarement observée.
Aux sorties de la ville, les patrouilles de la Gendarmerie Royale orientent la circulation et empêchent l’accès aux routes submergées. Des autobus gratuits transportent les familles depuis les zones encore accessibles vers des centres d’accueil sécurisés. L’objectif est clair: éviter toute prise de risque inutile face à la montée imprévisible des eaux.
La situation est aggravée par les apports hydriques exceptionnels au barrage Oued El Makhazine, nécessitant des lâchers contrôlés sous surveillance permanente. Cette gestion technique, indispensable pour préserver l’ouvrage, accentue temporairement la crue du Loukkos en aval.
Dans les rues désormais désertes, seules quelques équipes d’intervention circulent. Les habitants, eux, reconnaissent la nécessité de ces mesures préventives, conscientes que la priorité reste la protection des vies humaines.
Sidi Slimane, sauvetages au cœur des eaux

Plus au sud, au Douar Lebhara, la montée rapide du Sebou a surpris les riverains. Les habitations se sont retrouvées encerclées en quelques heures. L’évacuation s’est alors faite par voie nautique.
Les Forces Armées Royales, appuyées par la Protection civile, ont déployé zodiacs, camions tout-terrain et unités du génie militaire. Les rotations se succèdent pour extraire les habitants bloqués et transporter vivres et couvertures vers les zones sinistrées.
Des unités de sauvetage aquatique et des ambulances médicalisées assurent la prise en charge immédiate des personnes fragiles. La coordination civilo-militaire permet d’optimiser chaque intervention et d’éviter toute panique.
Parmi les évacués, les témoignages traduisent le soulagement. Certains habitants affirment qu’ils seraient restés prisonniers des eaux sans l’arrivée rapide des secours. La précision et la rapidité des opérations illustrent le niveau de préparation face aux catastrophes naturelles.
Taounate, vigilance et réparations en continu
Dans la province de Taounate, la menace se manifeste autrement. Les pluies ont fragilisé les sols, provoquant effondrements et coupures routières. Plusieurs habitations en terre ont cédé sous l’effet de l’érosion.
Le comité provincial de veille s’est réuni en urgence pour coordonner les interventions. Les autorités ont lancé des visites quotidiennes dans les zones à risque afin d’anticiper glissements de terrain et inondations.
Les équipes techniques s’emploient à rouvrir les axes stratégiques. Routes régionales rechargées en gravier, pistes rurales réparées, boue évacuée et chaussées consolidées : les travaux se succèdent pour maintenir la circulation et l’accès aux villages isolés.
Parallèlement, des familles dont les maisons se sont effondrées ont été relogées et assistées. Dans certains douars, des opérations de pompage ont permis de sauver des habitations inondées. La mobilisation permanente vise à limiter les dégâts matériels tout en garantissant la sécurité des habitants.
Une mobilisation nationale coordonnée
Ces interventions dispersées sur plusieurs provinces obéissent à une même logique: anticiper plutôt que subir. L’activation du plan national de gestion des risques climatiques a permis de mobiliser rapidement les moyens humains et logistiques.
Autorités locales, forces armées, sécurité civile, services de santé et associations humanitaires travaillent de concert. La surveillance hydrologique en temps réel oriente les décisions, qu’il s’agisse d’évacuer, de fermer une route ou de renforcer un barrage.
Au-delà de l’urgence, cette crise rappelle la vulnérabilité des territoires face aux événements climatiques extrêmes. Mais elle révèle aussi la capacité d’organisation collective et la solidarité institutionnelle mobilisée pour protéger les populations.
Dans les centres d’accueil comme sur les zones d’intervention, un même objectif domine: préserver la vie, restaurer la sécurité et préparer le retour progressif à la normale dès que les conditions météorologiques le permettront.