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Le Polisario face à l’histoire et à l’impasse géographique – Par Talaâ Saoud Al Atlassi
Après un demi-siècle de surviie, le Polisario apparaît également confronté à une crise politique et sociale dans les camps de Tindouf. Les populations y vivent depuis des décennies dans une situation de dépendance humanitaire prolongée.
Dans une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU après l’attaque contre la ville de Smara, Ibrahim Ghali a dénoncé le fort soutien international exprimé envers le Maroc et la condamnation. Ce courrier intervient dans un contexte marqué par le renforcement des appuis diplomatiques au plan marocain d’autonomie et par une dynamique internationale isolant le Polisario. Talaâ Saoud Al Atlassi revient sur l’évolution historique du mouvement, ses origines marocaines, son basculement dans le séparatisme sous l’influence algérienne et les transformations du rapport de forces autour du dossier du Sahara.

Talaâ Saoud Al Atlassi
Une lettre qui révèle l’isolement du Polisario
Le Polisario a adressé une lettre au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, pour dénoncer la vague de solidarité internationale avec le Maroc après les tirs de projectiles visant la ville de Smara. Ce courrier traduit surtout l’embarras d’un mouvement qui se retrouve aujourd’hui confronté à une évolution diplomatique profonde autour du dossier du Sahara marocain.
En contestant les condamnations internationales consécutives à ces attaques, le Polisario ressert sa litanie sur l’autodétermination et le séparatisme. Il cherche ainsi à perturber les efforts engagés pour parvenir à une solution définitive au conflit dans le cadre fixé par la résolution 2797 du Conseil de sécurité.
La posture du Polisario le place désormais en opposition frontale avec une large partie de la communauté internationale. Les États-Unis, l’Espagne, plusieurs pays européens et de nombreux États arabes soutiennent aujourd’hui l’initiative marocaine d’autonomie comme le cadre du règlement du conflit.
Cette dynamique diplomatique marque un tournant majeur. Plus des deux tiers des États membres des Nations unies soutiennent explicitement l’intégrité territoriale du Maroc ou considèrent le plan d’autonomie comme la solution la plus crédible à un conflit qui dure depuis un demi-siècle.
Le Polisario apparaît ainsi de plus en plus isolé sur la scène internationale, au moment où le Maroc consolide ses partenariats politiques, économiques et stratégiques autour de la question du Sahara.
Des origines marocaines avant le basculement séparatiste
Le Polisario situe officiellement sa naissance au 10 mai 1973. Pourtant, sa fondation effective remonte au congrès de Zouérate, en Mauritanie, tenu le 28 avril de la même année. À cette époque, ce groupe n’avait aucune idée sur le “Sahara occidental”.
Le Front Polisario avait alors pour objectif de lutter contre la présence coloniale espagnole dans les provinces sahariennes marocaines. Il fut créé par une vingtaine de jeunes Sahraouis marocains parmi lesquels figuraient El Ouali Rguibi, Mohamed Abdelaziz, Ibrahim Ghali, Bachir Dkhil, Omar Hadrami et quelques autres.
Ces jeunes militants étaient profondément liés à l’environnement politique et éducatif marocain. Beaucoup avaient étudié à Taroudant et à Rabat avec le soutien de l’Armée de libération marocaine dans le Sud. Plusieurs poursuivirent leurs études à l’Université Mohammed V de Rabat et participèrent à la vie militante nationale à travers l’Union nationale des étudiants du Maroc ainsi que dans différents partis politiques marocains, notamment le Parti de l’Istiqlal et le Parti de la libération et du socialisme.
Le contexte idéologique des années 1960 et 1970 joua également un rôle important dans leur formation politique. Ces militants étaient influencés à la fois par le nationalisme arabe, les idées baasistes, les mouvements révolutionnaires de gauche, notamment palestiniens, et les luttes anticoloniales alors présentes dans plusieurs pays arabes et africains.
Le Polisario des débuts s’inscrivait donc dans une logique de libération nationale marocaine et non dans un projet séparatiste. L’idée d’un État sahraoui distinct n’émergea que progressivement, sous l’effet des rivalités régionales et des transformations géopolitiques du Maghreb.
Le rôle décisif de l’Algérie et le tournant de 1976
Les premiers contacts entre le Polisario et le colonel libyen Mouammar Kadhafi passèrent par les réseaux de l’opposition armée marocaine autour du fqih Mohamed Basri. Kadhafi voyait alors dans le mouvement un moyen de fragiliser le régime du roi Hassan II et de provoquer une dynamique révolutionnaire dans le sud du Maroc.
Cependant, le dirigeant libyen demeurait attaché à une vision unitaire du monde arabe et ne défendait pas initialement une logique séparatiste. Son hostilité envers le Maroc relevait davantage d’une confrontation politique avec la monarchie marocaine.
Le véritable tournant vint du président algérien Houari Boumédiène. Celui-ci ne cherchait pas uniquement à affaiblir le régime marocain. Son objectif était aussi de réduire l’influence régionale du Maroc et de le couper de sa profondeur africaine en favorisant la création d’un État séparé dans le Sahara en vue de cantonner le Royaume dans une angle fermé du Magrhreb.
Ce projet devait permettre à l’Algérie de renforcer son poids géopolitique en Afrique du Nord et d’obtenir une ouverture stratégique vers l’océan Atlantique. Boumédiène transforma progressivement le Polisario en instrument de cette stratégie régionale.
Le mouvement a été ainsi réorienté vers la revendication indépendantiste tandis que la Libye continuait d’assurer une partie du financement et de l’armement. Cette évolution aboutit à la proclamation de la “République sahraouie” le 27 février 1976.
Cette proclamation intervint quelques mois après la Marche verte lancée par Hassan II en novembre 1975 pour récupérer les provinces sahariennes sous administration espagnole, prenant de court le président algérien. Cette mobilisation populaire renforça considérablement l’unité nationale marocaine et modifia durablement les équilibres régionaux.
La Marche verte constitua également le point de départ d’une nouvelle phase de développement politique et territorial pour le Maroc. Le pays engagea progressivement une dynamique de consolidation institutionnelle, économique et sociale dans les provinces du Sud comme dans l’ensemble du territoire national.
Le conflit face aux nouvelles réalités régionales
Sous le règne du roi Mohammed VI, cette dynamique s’est accélérée à travers une politique de modernisation, d’investissement et d’ouverture diplomatique. Les provinces sahariennes ont connu d’importants projets d’infrastructures et une intégration croissante dans les grands projets nationaux.
Parallèlement, le Maroc a renforcé sa présence diplomatique en Afrique et consolidé ses partenariats internationaux autour du dossier du Sahara. Cette évolution a progressivement déplacé le centre de gravité du conflit.
Le Polisario traverse désormais une phase de marginalisation diplomatique croissante. Plusieurs rencontres internationales récentes ont illustré ce recul, notamment certains sommets internationaux où le mouvement n’a pas été convié.
Après un demi-siècle de survie, le Polisario apparaît également confronté à une crise politique et sociale dans les camps de Tindouf. Les populations y vivent depuis des décennies dans une situation de dépendance humanitaire prolongée.
Le mouvement continue de présenter ces populations comme constituant un “peuple sahraoui” distinct afin de justifier sa représentation politique et de maintenir les soutiens internationaux liés à l’aide humanitaire. Mais cette situation nourrit de plus en plus d’interrogations, y compris dans des médias européens qui ont longtemps évité d’aborder cette réalité. Le Polisario demeure ainsi fortement dépendant du soutien algérien et peine à démontrer une véritable autonomie politique.
Dans ce contexte, l’initiative marocaine d’autonomie apparaît comme une issue politique permettant une intégration dans un cadre institutionnel stable. Elle ouvrirait la voie à une participation politique régionale à travers les mécanismes démocratiques marocains tout en préservant l’unité territoriale du pays.
De nombreux mouvements séparatistes dans le monde ont fini par abandonner leurs projets séparatistes pour rejoindre la vie politique de leurs pays respectifs. Le Polisario se trouve aujourd’hui confronté au même choix : prolonger un conflit sans perspective claire ou revenir à ses origines pour s’inscrire dans une logique régionale tournée vers la coopération et l’intégration maghrébine.