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Loukkos, Sebou, Atlas : le pays à l’épreuve des intempéries
Avec l’accalmie temporaire observée durant le week-end, marquée par l’arrêt des pluies et le reflux partiel des eaux, de nombreuses familles ont profité de cette fenêtre météorologique pour quitter leurs habitations devenues inhabitables
Par Hassan Zakariaa avec MAP
Des plaines du Loukkos aux rives du Sebou, en passant par les hauteurs enneigées de Béni Mellal, les citoyens et les autorités marocaines font face à une séquence climatique exceptionnelle marquée par des pluies intenses, des crues soudaines et une vague de froid persistante. À Ksar El Kébir, l’évacuation et l’hébergement d’urgence des familles sinistrées s’organisent à grande échelle, tandis qu’à Sidi Kacem des mesures préventives sont déployées pour protéger les riverains du Sebou. Dans les zones montagneuses de Béni Mellal, le déneigement et le désenclavement mobilisent des moyens importants. Reportage au cœur d’une réponse nationale coordonnée pour protéger les populations et maintenir les services essentiels.
Ksar El Kébir sous la menace du Loukkos
À Ksar El Kébir, la montée rapide des eaux de l’oued Loukkos a plongé plusieurs quartiers dans une situation d’urgence. Les précipitations exceptionnelles enregistrées dans le nord du Royaume au cours des dernières semaines ont provoqué des inondations étendues, affectant des centaines de familles et perturbant le fonctionnement normal de la ville. Sur le terrain, la commission provinciale de veille coordonne une intervention multisectorielle associant autorités locales, forces de sécurité, protection civile, unités militaires et bénévoles associatifs.
Avec l’accalmie temporaire observée durant le week-end, marquée par l’arrêt des pluies et le reflux partiel des eaux, de nombreuses familles ont profité de cette fenêtre météorologique pour quitter leurs habitations devenues inhabitables. Cette amélioration, jugée fragile par les services météorologiques, a permis d’accélérer les opérations d’évacuation préventive, dans un contexte où les prévisions annoncent de nouveaux épisodes pluvieux intenses.
Alerte météorologique et vigilance renforcée
La Direction générale de la météorologie a émis un bulletin d’alerte faisant état de précipitations importantes, avec des cumuls compris entre 50 et 80 mm attendus dans plusieurs provinces du bassin hydraulique du Loukkos, notamment Ouezzane, Chefchaouen et Larache. Cette situation laisse présager une nouvelle montée du niveau de l’oued, d’autant plus préoccupante que certains barrages affichent déjà des taux de remplissage élevés.
Sur le terrain, les autorités ont intensifié les campagnes de sensibilisation, appelant les habitants des quartiers exposés à respecter les consignes de sécurité, à suivre les bulletins d’alerte et à coopérer avec les dispositifs d’évacuation. Des équipes mixtes, composées d’agents d’autorité, de forces auxiliaires et de services de sûreté, sillonnent les zones à risque pour orienter les familles vers des points de regroupement sécurisés.
Centres d’hébergement et assistance humanitaire

Des tentes étanches ont été installées et équipées de lits, couvertures et équipements de première nécessité
Afin d’assurer un hébergement digne aux personnes évacuées, plusieurs centres d’accueil ont été mis en place conformément aux Hautes Instructions Royales. À Ksar El Kébir, deux infrastructures sportives majeures, le stade Abdeslam Laghrissi dans le quartier Nahda et le stade Karim El Ahmadi dans le quartier Essalam, ont été aménagées pour recevoir des centaines de familles.
Des tentes étanches ont été installées et équipées de lits, couvertures et équipements de première nécessité. Les services de base, incluant l’alimentation, l’hygiène et l’assistance médicale, sont assurés en continu. Les Forces Armées Royales ont mobilisé des unités spécialisées dans le secours, le soutien logistique et l’intervention sanitaire, renforçant la capacité d’accueil et la réactivité sur le terrain.
Le Croissant-Rouge marocain joue également un rôle central dans cet effort collectif. Ses volontaires assurent un accompagnement paramédical, en particulier au profit des personnes âgées, des femmes enceintes et des personnes souffrant de maladies chroniques. Des unités de premiers secours sont déployées à proximité des centres d’hébergement afin de répondre rapidement aux situations d’urgence.
Évacuation massive et perturbations de la mobilité
Face à la menace persistante, un nombre croissant d’habitants de Ksar El Kébir a choisi de quitter provisoirement la ville pour rejoindre des zones plus sûres. Pour accompagner ce mouvement, plus de 70 bus ont été mobilisés afin de transporter les familles vers des villes voisines. Cette opération vise à réduire la pression sur les infrastructures locales et à garantir la sécurité des populations dans un contexte d’incertitude météorologique.
Les inondations ont également affecté les principaux axes routiers. Le ministère de l’Équipement et de l’Eau a annoncé l’interruption temporaire de la circulation sur la RN1 reliant Souk Larbaa à Ksar El Kébir ainsi que sur la route régionale 410 reliant Larache à Ksar El Kébir. Ces coupures sont dues à la submersion de la chaussée par les eaux du Loukkos, rendant certains tronçons impraticables.
En coordination avec l’Office national des chemins de fer, des solutions alternatives ont été mises en place pour assurer le transport des citoyens vers des destinations sûres. Plusieurs familles ont ainsi pu quitter la zone sinistrée par train, en attendant l’amélioration des conditions climatiques.
Sidi Kacem en alerte face à la crue du Sebou
Plus au sud, dans la province de Sidi Kacem, la montée du niveau de l’oued Sebou a conduit les autorités à activer un dispositif préventif d’hébergement des populations riveraines. À Dar Taliba, dans la commune rurale d’Al Haouafate, près de 75 personnes originaires des douars voisins ont été accueillies dans des conditions jugées satisfaisantes.
Cette opération, menée en étroite coordination avec les autorités locales, vise à éloigner les habitants des zones basses particulièrement exposées au risque d’inondation. L’établissement a été équipé en denrées alimentaires, literie et couvertures, tandis que les installations existantes, notamment la cuisine et les salles communes, ont été mises à disposition des familles accueillies.
Une prise en charge sanitaire renforcée
Au-delà de l’hébergement, un dispositif médical a été déployé sur place. Un staff infirmier assure des consultations de base, la prise de la tension artérielle et la distribution de médicaments. Une attention particulière est accordée aux personnes vulnérables, notamment les personnes âgées et celles atteintes de maladies chroniques. Cette approche intégrée vise à prévenir les complications sanitaires liées au stress, à l’humidité et aux conditions de vie temporaires.
Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie globale de gestion des risques naturels, centrée sur la prévention, la protection des vies humaines et la réduction de l’impact social des catastrophes climatiques.
Infrastructures sous pression et interventions d’urgence

Sur le réseau routier, plusieurs axes ont été temporairement fermés
La direction provinciale de l’Équipement et de l’Eau à Sidi Kacem a lancé une série d’interventions d’urgence afin d’anticiper les répercussions de la montée des eaux du Sebou. Selon les responsables régionaux, la hausse du niveau du fleuve est liée aux fortes précipitations enregistrées dans le bassin du Sebou et à l’augmentation du niveau de la retenue du barrage Al Wahda, qui a nécessité des opérations de vidange progressive pour garantir la sécurité de l’ouvrage.
Sur le réseau routier, plusieurs axes ont été temporairement fermés, notamment la RN418 reliant Dar Gueddari à Sidi Allal Tazi et la RN27 reliant Sidi Kacem à Souk El Arbaa du Gharb via Mechraâ Bel Ksiri. Des équipes techniques ont été mobilisées pour installer une signalisation appropriée, avertir les usagers et sécuriser les zones inondées, tout en travaillant à la réouverture progressive des tronçons touchés.
Béni Mellal face à la vague de froid et à l’isolement des zones montagneuses
Dans la région de Béni Mellal-Khénifra, un autre défi mobilise les autorités : la vague de froid accompagnée de chutes de neige importantes dans plusieurs communes montagneuses, notamment Tizi N’isly et Aghbala. Ces conditions climatiques ont entraîné l’isolement de plusieurs douars, nécessitant des opérations intensives de déneigement et de désenclavement.
Les équipes de la direction régionale de l’Équipement, du Transport et de la Logistique travaillent sans relâche pour rouvrir les routes classées et non classées. Les engins lourds sont mobilisés jour et nuit afin de dégager les axes stratégiques, rétablir la circulation et permettre l’acheminement des secours et des denrées de première nécessité.
Une coordination renforcée sur le terrain
Le wali de la région Béni Mellal-Khénifra s’est rendu sur le terrain pour superviser les opérations et s’enquérir de l’avancement des travaux. Cette visite a permis de constater l’ampleur des efforts déployés et la coordination étroite entre les autorités locales, les services techniques et les équipes sanitaires.
Des caravanes médicales ont été organisées pour assurer la continuité des soins dans les zones les plus isolées. Les services de santé indiquent que la situation sanitaire reste maîtrisée, grâce à l’ouverture progressive des routes et à la mobilisation rapide des équipes médicales pour les cas urgents.
Une réponse nationale face à des défis climatiques récurrents
De Ksar El Kébir à Béni Mellal, en passant par Sidi Kacem, la séquence actuelle met en lumière la vulnérabilité croissante de certaines régions face aux phénomènes climatiques extrêmes. Inondations soudaines, crues fluviales, vagues de froid et chutes de neige exceptionnelles s’inscrivent désormais dans une dynamique plus large liée aux dérèglements climatiques.
La réponse des autorités repose sur plusieurs piliers : anticipation, coordination intersectorielle, mobilisation logistique et communication avec les populations. Si ces efforts permettent de limiter les pertes humaines et matérielles, ils soulignent également la nécessité d’investir durablement dans les infrastructures de prévention, les systèmes d’alerte précoce et l’aménagement du territoire.
À court terme, la priorité demeure la protection des citoyens et la restauration progressive des conditions normales de vie. À moyen et long terme, ces épisodes rappellent l’urgence de renforcer la résilience des territoires face aux aléas climatiques, afin que les prochaines saisons pluvieuses ou hivernales ne se traduisent plus systématiquement par des situations d’urgence.