Maroc : le collectif GenZ 212 maintient la pression dans le calme pour le huitième jour consécutif

Maroc : le collectif GenZ 212 maintient la pression dans le calme pour le huitième jour consécutif

Manifestation des GenZ212 à Casablanca, 4 octobre 2025

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Pour leur huitième journée, les GenZ 212 ont manifesté dans plusieurs villes du royaume pour réclamer de meilleurs services publics et une lutte plus résolue contre la corruption. Ces rassemblements, dont le nombre des manifestants s’est réduit, se distinguent par leur discipline et leur attachement à la non-violence, rapporte Hassan Zakariaa. Tandis que le Conseil national des droits de l’Homme salue la maturité des manifestants et des autorités, la justice reste vigilante face aux débordements isolés survenus à Sidi Taibi, alors que les rumeurs d’un décès à Marrakech ont été officiellement démenties.

Par Hassan Zakariaa

Une mobilisation qui cherche à s’inscrir dans la durée

Le Maroc a connu, samedi, une nouvelle vague de manifestations organisées par le collectif GenZ 212, qui les a reconduit pour la fin d’après-midi de dimanche pour marquant le neuvième jour consécutif de mobilisation. De Tétouan à Casablanca, en passant par Rabat et Agadir, les jeunes ont fait entendre leur voix dans un climat pacifique et apaisé.

À Tétouan, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées autour de slogans réclamant « la fin de la corruption », « la justice sociale » et « la dignité ». À Casablanca, les manifestants ont insisté sur les priorités du moment : « Le peuple veut l’éducation et la santé ». Dans la capitale, une soixantaine de jeunes se sont réunis devant le Parlement, symbolisant une contestation à la fois dispersée et cohérente, unie par les mêmes revendications sociales.

Le collectif GenZ 212, composé de jeunes qui se présentent comme des « citoyens libres » sans affiliation politique, insiste sur le caractère pacifique de ses actions. Dans ses communiqués relayés sur les réseaux sociaux, il rejette catégoriquement toute forme de violence, d’émeute ou de destruction, et appelle à un dialogue constructif, même s’il rend ce dialogue impossible en restant son état-major restant tapi dans l’anonymat.

Ces rassemblements s’inscrivent dans un contexte de malaise social alimenté par les difficultés économiques et la perception d’un fossé croissant entre les élites et la jeunesse. Toutefois, contrairement à d’autres mouvements du passé, GenZ 212 s’appuie sur les outils numériques et la viralité en ligne pour diffuser ses messages, incarnant une nouvelle forme d’engagement civique et connecté.

Un climat maîtrisé salué par le Conseil national des droits de l’Homme

Le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) a rendu public un communiqué saluant la conduite pacifique des manifestations observées ces derniers jours. L’institution a souligné que les protestations se sont déroulées dans « une atmosphère sereine, sans aucun comportement de nature à transgresser le droit au rassemblement pacifique ».

Le CNDH estime que cette attitude témoigne d’une responsabilité partagée entre les manifestants et les forces de l’ordre, aboutissant à un équilibre rare entre maintien de l’ordre public et respect des libertés fondamentales. « Les manifestations ont illustré de bonnes pratiques tant de la part des organisateurs que des autorités chargées d’appliquer la loi », précise le communiqué.

Le Conseil note également l’émergence de formes d’expression numérique pacifiques, participant à renforcer la culture démocratique au Maroc. Ces pratiques, selon l’institution, constituent un progrès significatif dans la consolidation de l’État de droit et des libertés publiques.

Cette reconnaissance publique du caractère pacifique du mouvement renforce la légitimité du collectif GenZ 212, qui a su jusqu’ici maintenir un équilibre délicat entre contestation et responsabilité. Elle traduit aussi la maturité institutionnelle d’un pays où l’expression citoyenne s’affirme de plus en plus dans le respect du cadre légal.

Vigilance judiciaire et démentis officiels

Si les rassemblements de ces derniers jours se sont déroulés sans incident majeur, la justice poursuit néanmoins les enquêtes liées aux actes isolés enregistrés à Sidi Taibi, dans la province de Kénitra.

Selon un communiqué du procureur général du Roi près la Cour d’appel de Kénitra, 17 individus ont été déférés samedi devant la justice pour leur implication présumée dans des actes de pillage, de violence et de destruction de biens publics et privés. Parmi eux, huit majeurs placés en garde à vue et neuf mineurs faisant l’objet d’une procédure de rétention. Le parquet a ordonné le placement en détention provisoire de l’ensemble des suspects, le temps de mener à bien les investigations. Les recherches se poursuivent pour interpeller les autres personnes impliquées.

Dans un autre communiqué, le parquet général du Roi près la Cour d’appel de Marrakech a, pour sa part, fermement démenti les informations relayées par certaines sources affirmant le décès d’un manifestant dans le quartier de Sidi Youssef Ben Ali.

Selon l’enquête, il s’agit en réalité d’un vendeur ambulant victime d’un malaise cardiaque, loin du lieu de la manifestation. L’homme, transporté à l’hôpital Charifa, est décédé avant son admission. Son père, entendu par la police judiciaire, a confirmé qu’il n’existait aucun lien entre la mort de son fils et les rassemblements. Le parquet a qualifié ces allégations de « totalement infondées ».

Ces précisions visent à apaiser les tensions et à préserver le climat de confiance qui s’est instauré entre manifestants, autorités et citoyens. Le contraste entre les incidents localisés et la large majorité de rassemblements pacifiques souligne l’évolution du rapport entre la rue et les institutions.

Une jeunesse qui trace les lignes d’un nouveau dialogue social

Derrière la régularité de ces mobilisations se dessine un mouvement plus profond : celui d’une jeunesse qui réclame non pas la rupture, mais la reconnaissance. En appelant à la dignité, à la transparence et à la fin de la corruption, les jeunes du collectif GenZ 212 expriment une aspiration à l’équité et à la participation, dans un Maroc engagé sur la voie du développement mais encore confronté à des inégalités persistantes.

Leur usage du numérique, de la vidéo et du témoignage en direct traduit une révolution dans la manière de manifester. Ils ne brandissent pas de banderoles mais des smartphones ; ils filment, diffusent, documentent. Cette génération, connectée et informée, transforme chaque rassemblement en espace d’expression civique et en laboratoire social.

Rabat, de son côté, semble avoir pris la mesure de cette nouvelle donne. Le maintien du dialogue, la gestion mesurée des forces de l’ordre et la transparence institutionnelle autour des enquêtes judiciaires traduisent une approche plus équilibrée et responsable.

Si les revendications de GenZ 212 persistent, elles s’inscrivent désormais dans une dynamique de dialogue pacifique, où le respect des droits et la volonté d’écoute deviennent les fondements d’une modernisation politique en profondeur.

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